Series II Band 2 · No. 284.
CLAUDE NICAISE AN LEIBNIZ
Villey sur Tille, 12. September 1694. [276.289.]
Villey sur Tille le 12. 7bre 1694
Vos lettres monsieur ne me donnent pas moins de joye que celles de monsr de Spanheim; je vous exhorte aussi bien que luy [de] m'en continuer les faveurs; je voudrois pouvoir les meriter en vous faisant part de quelques choses dignes de vostre curiosité; j'ay faict part à quelques uns de nos amis de vostre conjecture sur le mot de Germains qui me paroist bien imaginée; je vous en diray leur sentiment lors qu'ils me l'auront dict; je suis du vostre touchant le nouveau Petrone que j'ay lû en nostre campagne; il fault attendre que le pape ayt ouvert la bouche aux cardinaux qu'il fera dans sa premiere promotion pour vous dire des nouvelles du p. Noris; c'est ce que j'escrivois il n'i a que deux jours à Florence à monsr l'abbé de Gondy secretaire d'etat de monsr le Grand Dûc: pour lors monsieur on pourra luy parler de vostre correction ou explication du Kalendrier Gregorien. Deffunct monsr Ouvrard nostre bon et ancien amy en avoit faict imprimer un à Tours sous le nom de Catholicopoli qu'il dedioit au pape et que j'envoyay à un cardinal de mes amis qui estoit monseigr Sluze pour scavoir s'il seroit agreé; il me manda qu'il ne falloit point toucher cette chorde, et qu'il n'avoit eu garde d'en parler; car le livre auroit esté mis à l'Index expurgatorius. La rep. des lettres a beaucoup perdu en monsr Ouvrard et surtout la musique. Monsr Arnaud faisoit une estime particuliere de son merite. Je me souviens qu'il m'a invité autrefois par ses lettres à l'exhorter de quitter toutes ses autres études pour se donner uniquement à celle de la musique et nous donner son histoire à laquelle il travailloit, et qu'il ne scavoit personne au monde plus capable que luy pour cela; l'abbé Berthet est mort il y a environ un an. Les scavants meurent aussi bien que les autres, la parque n'épargne personne; il fault monsr vous faire part de la reflexion de monsr l'abbé de la Trappe sur la mort de mr Arnaud.
Enfin voilà monsr Arnaud mort après avoir poussé sa carriêre le plus loing qu'il a pû; il a *fallû qu'elle se soit terminée; quoy qu'on en dise voilà bien des questions finies: son erudition et son authorité estoient d'un grand poids pour le party; heureux qui n'en a point d'autre que celluy de J.C. et qui mettant à part tout ce qui pourroit l'en separer, ou l'en distraire même pour un moment, s'y attache avec tant de fermeté, que rien ne soit capable de l'en deprendre* etc.
Il fault monsr vous faire part ancore d'une petite reflexion qu'il faict sur ce que je luy avois mandé d'un de nos amis homme d'un grand merite et de capacité qui se degouste de la cour et qui medite une retraicte pour travailler avec plus de tranquillité à ses études.
Je n'ay pû lire (m'escript il) la pensée de vostre amy sans en estre touché; j'ay de la joye *quand je voys des gens de capacité et de merite qui ne content le monde que pour ce qu'il vault, et qui preferent l'avantage d'une vie retirée aux faux plaisirs, et aux vaines occupations que les hommes y recherchent par une seduction que l'on ne sçauroit trop deplorer* etc.
Il faut monsieur finir cette lettre par les complimens que monsr Lantin vous faict sur le ressouvenir que vous avés de luy et de son histoire des plaisirs, que nous ne verrons jamais; monsr l'abbé Boisôt pense plus à vostre Code diplomatique, voicy monsr comme il m'escript sur ce chapitre.
*Je vous prie de faire mes complimens à monsr Leibniz, il peut disposer de tout ce que j'ay:
mais pour ne pas le charger de port inutilement il seroit bon de scavoir s'il n'a point déja le
traicté de paix que Charles V. fit avec Muley Assen; et le contract de mariage de Marguerite
d'Austriche avec Alexandre de Medicis que je luy envoyeray volontiers. Je suis bien asseuré
qu'il n'a pas la promesse faicte par Marie de Bourgogne au Duc de Calabre, dont j'ay une
copie authentique faicte en ce têms là; s'il croit que cela puisse servir de quelque chose en son
Code diplomatique, il l'aura au premier signe qu'il vous fera~~ etc.
~~Je suis monsieur avec tout l'estime et la sincerité possible vre tres humble et tres obeisst serviteur
Nicaise
Je faicts monsr presentement ma plus grande residence dans l'un des plus agreables lieu[x] de la province à demie lieüe d'Is sur Tille où vous pourrés faire l'adresse de vos lettres; les couriers y passent.
A Monsieur Monsieur Leibniz prés de Monseigneur le Duc d'Hanovre. Hanovre