Series II Band 2 · No. 285.
LEIBNIZ AN KURFÜRSTIN SOPHIE
Hannover, 3. (13.) September 1694. [197.]
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[ ... ] Mais je passe à l'autre livre dont le sujet est plus etendu, puisqu'il contient les principes de la Theologie de M. van Helmont, mis en ordre par M. Buchius. J'ay esté ravi de voir qu'on reprend dans la preface, ceux qui separent la Theologie d'avec la Philosophie. Cela justifie assez Mons. van Helmont contre ceux qui l'accusent de donner dans l'enthousiasme. Car les Enth[o]usiastes ont cela de commun avec les Libertins, qu'ils disent des injures à la raison.
Je
Je demeure encor d'accord que toutes les substances durent tousjours et ne sçauroient
perir. Ce
Je suis fort de son sentiment lors qu'il refute ceux qui croyent que nostre ame se perd dans l'esprit universel. Il semble que c'est l'opinion de quelques Mystiques et Quietistes. Mais c'est une chimere qui n'a point de sens; outre qu'elle est contraire à l'immortalité.
Lors qu'il compose tout de feu et d'eau, et les prend pour des principes spirituels, je crois qu'il les entend allegoriquement, et qu'il a voulu signifier par là le principe Actif et le principe passif.
J'approuve
de Vostre Altesse Electorale tres humble et tres fidelle serviteur
à Hanover ce 3 de Septembr. 1694 Leibniz
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[ ... ] Je passe à l'autre livre dont le sujet est plus étendu puisqu'il contient les principes de la Theologie de M. van Helmont mis en ordre par M. Buchius. J'ay esté ravi de voir qu'on reprend dans la preface ceux qui separent la Theologie d'avec la philosophie. Cela justifie assez Mons. van Helmont contre ceux qui l'accusent de donner dans l'enthousiasme. Car les Enth[o]usiastes ont cela de commun avec les Libertins, qu'ils disent des injures à la raison.
Je suis encor du sentiment de M. van Helmont lors qu'il reprend ceux qui s'attachent uniquement au materiel, comme font les Cartesiens et les Gassendistes, car il est necessaire d'employer encor un principe de vie ou de Force dans le quel consiste pour ainsi dire la connexion des chose[s] spirituelles et corporelles. Car les loix de la nature et les principes de la physique ne sçauroient estre expliqués qu'en employant des principes superieurs dont on a besoin pour bien entendre ce que c'est que la force d'agir.
On demeure encor d'accord que toutes les substances durent, et ne sçauroient perir. Il y a des anciens qui ont deja crû qu'il n'y a point de production ny extinction prise à la rigueur, mais seulement des transformations, comme celles des vers à soye, selon que les substances sont plus ou moins developpées. Cependant pour ce qui est de l'homme et de son ame, il est difficile d'entrer dans le detail de ce qui luy doit arriver, par les seuls principes de la raison; et si M. van Helmont nous donne des lumieres là dessus, on luy en aura bien de l'obligation.
Je suis fort de son sentiment lors qu'il refute ceux qui croyent que nostre ame se perd dans l'esprit universel. Il semble que c'est même l'opinion de quelques Mystiques et Quietistes. Mais c'est une chimere qui n'a point de sens, outre qu'elle est contraire à l'immortalité.
Lors qu'il compose tout de feu et d'eau, et les prend pour les principes spirituels, je crois qu'il l'entend allegoriquement, et qu'il a voulu signifier par là le principe Actif et le principe passif.
Son sentiment de l'infinité des choses n'est pas à mépriser. Car chaque partie ayant des parties à l'infini il n'y a point de petite portion de la matiere qui ne contienne une infinité actuelle de creatures et apparemment de creatures vivantes, c'est par là que la nature porte par tout le caractere de son createur. Quant à la perfection des choses, en ne considerant que la raison toute seule, on peut douter si le monde avance tousjours en perfection ou s'il avance et recule par periodes ou s'il ne se maintient pas plus tost dans la même perfection à l'egard du tout, quoyqu'il semble que les parties font un echange entre elles, et que tantost les unes, tantost les autres sont plus ou moins parfaites. On peut donc mettre en question si toutes les creatures avancent toujours, au moins au bout de leur periodes, ou s'il y en a qui perdent et reculent tousjours, ou enfin s'il y en a qui font toujours des periodes au bout des quels ils trouvent de n'avoir point gagné ny perdu; de même qu'il y a des lignes qui avancent toujours comme la droite, d'autres qui tournent sans avancer ou reculer comme la circulaire, d'autres qui tournent et avancent en même temps comme la spirale, d'autres enfin qui reculent après avoir avancé ou avancent après avoir reculé comme les ovales.
Il parle encor de l'enveloppement des choses dans le premier homme, de la propre humanité individuelle d'Adam unie au Messie; de nostre dependance encor presente d'Adam, de sa formation du sang de la terre ou de la vie terrestre; item qu'Adam et Eve ont esté chacun homme et femme et par consequent quatre en tout, et que c'est pour cela que le Messie est venu au bout de quatre mille ans dans la plenitude des temps. Et que les hommes seront tous reunis dans Adam, lorsqu'à la consommation du siecle chacun sera venu à sa perfection et aura spiritualisé et perfectionné encor avec luy les creatures corporelles qui luy sont attachées; pour ne rien dire des revolutions des mondes suivans. Quant à tout cela, et quantité d'autres pensées extraordinaires, et peut estre allegoriques que M. van Helmont nous donne; il semble qu'une partie de ces dogmes est plustost fondée sur les traditions des Juifs caballistes, que sur des demonstrations. On ne doit point mépriser tout à fait ces anciennes traditions, mais je ne sçay aussi si on y doit trop deferer. Les demonstrations tirées de la raison valent bien mieux, et si Mons. Helmont en a, il faut le prier de nous en faire part. En tout cas avant que d'en juger il faudra attendre de lui des plus grands éclaircissemens, en l'asseurant de nostre docilité en tout ce qui n'est point contraire à la raison ny à l'écriture ny à la tradition perpetuelle de l'Eglise. Pour moy je me contente de sçavoir en general qu'à cause de la sagesse et bonté immense de l'auteur des choses tout est si bien ordonné, et ira si bien même après cette vie, pour ceux qui aiment Dieu, qu'ils ne sçauroient rien souhaiter de plus. Mais si M. van Helmont nous en peut apprendre d'avantage, nous en serons ravi. Et je ne doute point qu'il ne juge v. D. E. aussi digne que qui que ce soit dans l'univers d'estre instruite dans ces mistere. Je suis avec devotion