FrenchMonseigneur.
En Am Kopf in L von Leibniz' Hand: nicht also abgangen und am Kopf in l von Leibniz' Hand: A M. l'Eveque de Meaux und ist nicht abgangen attendant ce que Mons. l'Abbé de Loccum m'a promis de nouveau, dont j'espere que
vous aurés quelque satisfaction; je vous envoye ces Meditations Philosophiques, que je sousmets
à Vostre jugement, qui est des plus eclairés, mais aussi des plus equitables. Si vous ne les
trouvés pas entierement rebutables, Monseigneur, je crois que M. le President Cousin les
recevant de vostre part, les mettroit bien dans son Journal des Sçavans. Mais je voudrois qu'on
n'y mist pas mon nom, pour sonder un peu le guay. D'autant que des Pensées de cette nature,
déplaisent pour le moins à neuf dixiêmes des Lecteurs; et leur déplairoient quand elles seroient
les plus solides du monde. Le petit nombre de ceux qui les pourra gouter et qui daignera de
s'informer de l'auteur, le connoistra aisément par les circomstances. Une partie des fondemens
de mes dynamiques y est contenue. Vous serés surpris peutestre vous même de la rehabilitation
de la philosophie reçue que j'entreprends en quelque façon. Mais vous verrés, Monseigneur,
que ce n'est pas à la legere, ny d'une maniere qui fasse tort aux nouvelles decouvertes. En
effect, je trouve que souvent il suffit de bien expliquer les anciens, sans qu'on ait besoin de
renverser les dogmes receus. Mais j'ay crû qu'il me seroit permis de bastir quelque chose de
nouveau sur leur fondemens. Et c'est ainsi que je crois avoir terminé le grand probleme de
l'origine des formes ou ames, en monstrant qu'il faut dire d'elles ce que les Gassendistes disent
de leur Atomes, sçavoir qu'elles ont esté créées avec le monde, ou du moins qu'elles ne
sçauroient commencer ny finir que par miracle, c'est à dire par creation ou annihilation. Cela se
doit dire de toute Substance qui a une veritable unité. Mais quoyqu'il me paroisse ainsi que les
ames ou formes enfoncées dans la matiere ont tousjours esté dans leur animal, qui n'est que
transformé par ce que nous appellons generation ou mort; j'ay un tout autre sentiment des
esprits et de nostre ame, qui en est un, qu'il faut exempter des revolutions de la matiere; Dieu
gouvernant les Esprits par des loix particulieres, ou plustost tout le reste de l'univers n'estant
fait que pour l'amour d'eux. Enfin je crois avoir resolu le grand probleme de l'union de l'ame et
du corps. On prendra mon explication pour une Hypothese, mais je la tiens pour demonstrée, il
auroit fallu trop remonter, pour donner cette demonstration. Je suis avec zele et attachement
/ Monseigneur vostre tres humble et tres obeissant serviteur
/ à Hanover 3 juillet 1694 Leibniz
P. S. Je demande pardon de ce que mes meditations cyjointes ne sont pas assez mises au
net. Je me suis avisé des additions, quand tout estoit déjà copié, et alors je n'avois pas à la main
un homme propre à les copier de nouveau.