Series II Band 2 · No. 271.

LEIBNIZ AN JACQUES-BENIGNE BOSSUET

Hannover, 3. Juli 1694. [242.273.]

French

Monseigneur.

En Am Kopf in L von Leibniz' Hand: nicht also abgangen und am Kopf in l von Leibniz' Hand: A M. l'Eveque de Meaux und ist nicht abgangen attendant ce que Mons. l'Abbé de Loccum m'a promis de nouveau, dont j'espere que vous aurés quelque satisfaction; je vous envoye ces Meditations Philosophiques, que je sousmets à Vostre jugement, qui est des plus eclairés, mais aussi des plus equitables. Si vous ne les trouvés pas entierement rebutables, Monseigneur, je crois que M. le President Cousin les recevant de vostre part, les mettroit bien dans son Journal des Sçavans. Mais je voudrois qu'on n'y mist pas mon nom, pour sonder un peu le guay. D'autant que des Pensées de cette nature, déplaisent pour le moins à neuf dixiêmes des Lecteurs; et leur déplairoient quand elles seroient les plus solides du monde. Le petit nombre de ceux qui les pourra gouter et qui daignera de s'informer de l'auteur, le connoistra aisément par les circomstances. Une partie des fondemens de mes dynamiques y est contenue. Vous serés surpris peutestre vous même de la rehabilitation de la philosophie reçue que j'entreprends en quelque façon. Mais vous verrés, Monseigneur, que ce n'est pas à la legere, ny d'une maniere qui fasse tort aux nouvelles decouvertes. En effect, je trouve que souvent il suffit de bien expliquer les anciens, sans qu'on ait besoin de renverser les dogmes receus. Mais j'ay crû qu'il me seroit permis de bastir quelque chose de nouveau sur leur fondemens. Et c'est ainsi que je crois avoir terminé le grand probleme de l'origine des formes ou ames, en monstrant qu'il faut dire d'elles ce que les Gassendistes disent de leur Atomes, sçavoir qu'elles ont esté créées avec le monde, ou du moins qu'elles ne sçauroient commencer ny finir que par miracle, c'est à dire par creation ou annihilation. Cela se doit dire de toute Substance qui a une veritable unité. Mais quoyqu'il me paroisse ainsi que les ames ou formes enfoncées dans la matiere ont tousjours esté dans leur animal, qui n'est que transformé par ce que nous appellons generation ou mort; j'ay un tout autre sentiment des esprits et de nostre ame, qui en est un, qu'il faut exempter des revolutions de la matiere; Dieu gouvernant les Esprits par des loix particulieres, ou plustost tout le reste de l'univers n'estant fait que pour l'amour d'eux. Enfin je crois avoir resolu le grand probleme de l'union de l'ame et du corps. On prendra mon explication pour une Hypothese, mais je la tiens pour demonstrée, il auroit fallu trop remonter, pour donner cette demonstration. Je suis avec zele et attachement / Monseigneur vostre tres humble et tres obeissant serviteur / à Hanover 3 juillet 1694 Leibniz

P. S. Je demande pardon de ce que mes meditations cyjointes ne sont pas assez mises au net. Je me suis avisé des additions, quand tout estoit déjà copié, et alors je n'avois pas à la main un homme propre à les copier de nouveau.