Series II Band 2 · No. 245.
LEIBNIZ FÜR JACQUES L'ENFANT
[5. Dezember 1693.] [244.]
Les expressions de Mons. l'Enfant sont si obligeantes et si justes, qu'on reçoit ses objections avec autant de plaisir que de profit. Si tout le monde en usoit de même, on iroit bien loin. Il paroist, qu'il n'est pas entesté des opinions qui sont en vogue. J'aurois tort de pretendre qu'il se rende facilement aux miennes, et je ne me flatte pas assez pour esperer de le satisfaire entierement sur ses objections. Cependant mon devoir veut que je fasse là dessus ce qui depend de moy.
Ad 1.) Je croirois plustost que la notion de la Force est anterieure à celle de l'Etendue; parce que l'Etendue signifie un amas ou aggregé de plusieurs substances, au lieu que la force se doit trouver même dans un sujet qui n'est qu'une seule substance, or l'unité est anterieure à la multitude. On peut même dire que la force est le constitutif des substances comme l'Action (qui est l'exercice de la Force) en est le caractére. Car les Actions ne conviennent qu'aux Substances, et conviennent tousjours à toutes les substances.
Ad 2.) Lors qu'il s'agit de l'idée de la Force, je ne sçaurois faire autre chose, que d'en donner la definition, comme j'ay fait. Les proprietés qu'on en tirera la feront d'autant mieux connoistre. Son idée n'est pas du nombre de celles qu'on puisse atteindre par l'imagination. Et on ne doit rien chercher icy, qui la puisse frapper.
Ad 3.) Mon axiome n'est pas seulement, quod Effectus integer respondeat causae plenae, mais: quod effectus integer sit ~~aequalis~~ causae plenae~~. Et je ne l'employe pas pour rendre~~ ~~*raison de la force primitive, qui n'en a point besoin, mais pour expliquer les phenomenes de la force secondaire. Car il me fournit des Equations dans la mecanique, comme l'axiome vulgaire, que le tout est egal à ses parties prises ensemble, nous en fournit dans la Geometrie.
Ad 4.) Je n'ay garde de dire que la controverse de la presence reelle est terminée par ce que j'ay proposé. Mais il me semble au moins que cette presence est incompatible avec l'opinion de ceux qui font consister l'essence du corps dans l'étendue. L'impenetrabilité naturelle des corps ne vient que de leur resistence, qui doit obëir à la volonté de Dieu.
Ad 5.) Ce que j'ay repondu à la premiere difficulté servira encor icy. Et puisque tout ce
qu'on conçoit dans les substances se reduit à leur Actions et passions, et aux dispositions
qu'elles ont pour cet effect, je ne voy pas comment on y puisse trouver quelque chose de plus
primitive, que le principe de tout cela, c'est à dire, que la Force. Il est bien manifeste aussi, que
la force d'agir des corps est quelque chose de distinct et d'independant de tout ce qu'on y
conçoit d'ailleurs. Tout le reste y estant comme mort sans elle, et incapable de produire quelque
changement. La faculté qui faisoit du bruit dans les écoles n'est rien qu'une possibilité
prochaine pour agir. Mais la force d'agir est une entelechie, ou bien un acte positiv, et c'est
ce qu'on demande. La seule Possibilité ne produit rien, si on ne la met en acte; mais la force
produit tout. Elle est portée d'elle même à l'action et on n'a point besoin de l'aider; il suffit
qu'on ne l'empeche point.
La