Series II Band 2 · No. 238.

LEIBNIZ AN CLAUDE NICAISE

Hannover, 29. September / 9. Oktober 1693. [232.260.]

French

Hanover ce 29. septembr. / 9 d'octobr. 1693.

Je n'ay point manqué, Monsieur, d'envoyer vostre lettre à M. de Spanheim, et comme elle est belle et instructive, c'est à dire comme Elle vient de Vous, je vous remercie tres humblement de m'en avoir voulu accorder la lecture.

Ce Mons. Bourdelot, qui m'a favorisé à vostre recommendation, auprés de M. le Chancelier et de Messieurs les Conseillers d'Estat au sujet de mon Code Diplomatique, est ce un parent de l'illustre Bourdelot, si fameux par l'estime de la Reine de Suede, et du public, ou quelque autre habile homme du même nom, qui marche sur les traces du premier? Quel qu'il puisse estre je luy ay bien de l'obligation, et vous supplie Monsieur, de le luy témoigner dans l'occasion.

Vous m'avés rejoui aussi en me faisant esperer du secours du costé de Mons. l'Abbé Boisot. C'est un grand tresor, que le sien, et des petites liberalités à l'égard de celuy qui les fera, seront tres grandes pour moy. Ce qui n'est presque point regardé d'un grand, peut faire la fortune d'un pauvre.

Mons. de Spanheim desireroit toutes les pieces du proces entre les Peres Noris, Hardouin, Messieurs Toinard et Vaillant. Aussi bien que les dernieres pieces du P. Hardouin. Il n'a pas même l'appendix De Epochis Syromacedonum, qui a donné occasion à la contestation de la medaille de Cesarée. J'ay écrit à Paris pour cela. Mais on doute, qu'il soit aisé d'y reussir.

Mons. Baillet est asseurement un tres sçavant homme. Je m'imagine que ce qu'il aura dit des honneurs dûs à la Ste Vierge, sera raisonnable, et qu'il se sera souvenu qu'il y a incomparablement moins de mal, à ne penser à elle que peu, qu'à luy attribuer ce que Dieu s'est reservé. Le meilleur est de se renfermer là dessus dans les bornes de la primitive Eglise, lors que le luxe et le typhe du siecle n'y regnoient pas encor, et n'avoient point encor donné atteinte à la simplicité Apostolique. Le Cardinal Bellarmin reduit tout le pouvoir des saints, à une simple intercession. Cela estant, on ne deuvroit dire que cela, sans se servir des termes qui donnent plus à penser, qu'ils ne deuvroient.

Je m'etonne que vos Sirenes ne sont pas encor arrivées en Hollande. On les aura arrestées pour les punir de leur charmes qui arrestent les gens. Si je puis servir dans le commerce literaire, je vous supplie Monsieur, de me donner des ordres. Mons. Brosseau nostre Resident m'envoye des lettres de temps en temps et quelques fois il trouve occasion pour des petits paquets.

Si l'occasion se presente, faites mes baisemains Monsieur, à l'illustre M. Lantin.

Le discours de fide veterum instrumentorum, s'il a esté fait par un habile homme, sera de consequence.

Un sçavant Theologien protestant a revû le Texte Hebreu avec ses points et accens, avec le plus grand soin du monde. Si quelque libraire en vouloit faire la depense, il souhaitteroit de le faire graver, plus tost qu'imprimer; la gravûre pouvant estre plus correcte.

Comme la guerre avec les Turcs nous a apporté quantité de beaux Ms. de l'Alcoran, plusieurs sçavans hommes s'attachent à le nous donner, au moins par parties, nous en verrons le succes.

Vous sçavés sans doute, Monsieur, que M. Cuperus a receu de l'Asie des belles inscriptions Greques. Pour les livres de M. Junius de pictura veterum qui paroistront bien tost tres augmentés, et où il y aura une seconde partie qui traitera de antiquorum artificum operibus; il me semble que vous avés contribué à cette edition.

J'espere que l'illustre Eveque d'Avranches continuera à enrichir le public. Il le peut sans aucun prejudice de sa charge, et sans faire tort à l'Eglise. Car il entend merveilleusement le secret de faire servir l'Erudition profane à la sacrée. Après Grotius et Bochart, il y a peu des gens qui l'ayent bien sçû, et je ne sçay s'il y en a aujourdhuy qui le sçachent comme luy.

Vejelius, sçavant Theologien protestant, a donné un discours sçavant à l'egard de Georges Prince d'Anhalt, qui est un de ceux qui ont le plus contribué à la Reforme d'Allemagne. Ce prince estoit cadet et chanoine, d'une vie sans reproche, et d'une erudition peu commune. Et a dit bien des bonnes choses. M. Vejelius à cette occasion remarque bien des choses à la louange de l'Eglise de France, dont les Theologiens luy paroissent plus portés à aimer la verité et à la produire, que quelques autres qui ont l'esprit et les mains plus liées. Un Theologien de Hambourg a même donné quelque discours, de la France discrete en matiere de religion.

J'espere comme Dijon nous donne la vie de M. Saumaise, qu'il nous donnera aussi les pretieux restes de ce grand homme.

On m'a mandé que M. Lantin a fait des decouvertes sur les nombres. Et je ne doute point qu'il n'ait plusieurs meditations de consequence, qu'il faut conserver.

Mons. Hugens en m'envoyant quelque chose pour estre inseré dans les Actes de Leipzig, me fait l'honneur de dire dans sa lettre, et même dans ce memoire qui doit estre imprimé, qu'il a commencé à gouster mon nouveau calcul, et reconnoist même que sans luy on auroit bien de la peine à arriver à certaines recherches profondes. Absque eo, inquit, vix est ut ad ista admitteremur. C'est en user avec beaucoup de sincerité et de modestie, sur tout pour un Mathematicien qui est allé si avant luy même, et qui est un des plus grands dont nous ayions memoire.

Je suis avec zele Monsieur vostre tres humble et tres obeissant serviteur Leibniz

Nostre illustre M. Huet avoit autres fois un Ms. Astrologique de Vettius Valens. Je trouve que Camerarius en a publié quelques fragmens à Nurenberg 1532 sous le titre d'Astrologica. In L2 auf Bl. 24 ro notiert sich Leibniz zu diesem Titel: Vettii Valentis gr. et lat. de Nat. plan. Joach. Camerar. interp. 4o. Auf Bl. 25 vo notiert sich Leibniz zum Inhalt: Vettii Valentis Antiochei ex primo libro floridorum. de natura solis de lunae natura de saturni natura de natura jovis de martis natura de natura veneris de natura mercuris de ratione effectionum à pag. 48 ad 53. inclusive. Haec extant latine edita a Joach. Camerario sub tit. Astrologica Norib. apud Joh. Petre- jum 1532 4o. Praefatio Camerarii graeca praemittitur ad Jac. Milichium, sed nihil in ea de Valente.

J'avois coustume de dire à mes amis: sanitas sanitatum et omnia sanitas, sans avoir sçeu que M. Ménage s'en servoit aussi, comme j'ay appris par les Menagiana. Cela me donne occasion, Monsieur, de m'informer de vostre santé, qui sera bonne, comme j'espere et souhaitte.