Series II Band 2 · No. 232.

CLAUDE NICAISE AN LEIBNIZ

Dijon, 1. August 1693. [218.238.]

French

Dijon le 1er aoüst 1693

Je n'ay point voulu monsieur vous ecrire que je ne scûsse prealablement que monsr le president Cousin eût executé ce que je luy avois mandé à vostre egard. Il a esté plus exact à le faire ce coup icy que du passé comme vous le verrés par la copie de la lettre de monsr Bourdelot que j'envoye à monsr de Spanheim. Vostre Codex juris gentium diplomaticus a esté admiré de monsr le chancelier et de tous messrs les conseillers d'etat ausquels il a esté monstré; je ne vous repete pas ce que cet amy m'escript et dont je faicts part à monsr de Spanheim parceque je laisse sa lettre ouverte pourque vous l'y voyiés. J'ay donné une copie du project de vostre Codex à nostre amy l'abbé Boisot qui a esté icy pendant six semaines à la sollicitation d'un procés; il m'a promis qu'il jetteroit les yeux sur ses 80 vol. in fol. de receüils mss. et qu'il vous envoyeroit ce qu'il y trouveroit de propre à estre mis dans ce livre; je croy que monsr Bouhier et monsr de la Mare pourront y fournir quelques choses, je leur en ay parlé et leur ay faict voir vostre project; nostre chambre des comptes pourra bien aussi y contribuer. Monsr Baillet m'a envoyé sa devotion à la ste vierge que j'ay mise entre les mains de quelques messrs de Geneve qui sont en cette ville aussi bien que de quelques de nos religieux qui en sont egalement edifiés, les uns avoüants qu'ils sont trop avares à l'egard de ce culte et les autres trop prodigues, et qu'il peut y avoir un milieu. La rumeur a esté grande sur ce livre à Paris; mais tout commence à s'appaiser à ce que mr Baillet m'escript; monsr Bayle va mettre sous la presse son dictionnaire critique et historique. Monsr Baudelot de Paris et monsr Graverol de Nismes veullent (à ce qu'on me mande de Paris) arracher les aisles à nos sirenes (comme firent autrefois les muses) et leur donner des aislerons pour les faire arriver plutost en Hollande. Car elles volent si lentement que depuis deux ans et demy que je les y ay envoyé elles n'i sont pas ancore arrivées; c'est ce qui m'a obligé d'ecrire à nos amis en leur mandant cette nouvelle que citius adnatabunt ad vos Sirenes cum pinnis, quam cum pennis advolabunt.

Je suis monsieur avec tout le respect et la sincerité possible vre tres humble et tres obeissant serviteur

Nicaise

Je tacheray à deterrer icy un traité mss. de fide veterum instrumentorum.