Series II Band 2 · No. 226.
LEIBNIZ AN SIMON FOUCHER
[Wolfenbüttel, Ende Juni 1693.] [225.230.]
On doit estre bien aise, Monsieur, que vous donnés un sens raisonnable aux doutes des
Academiciens. C'est la meilleure Apologie, que vous pouviez faire pour eux. Je seray ravi
de voir un jour leur sentimens digerés et éclaircis par vos soins. Mais vous serés obligé de
temps en temps de leur prester quelque rayon de vos lumieres, comme vous avés commencé.
Il est vray que j'avois fait deux petits discours, il y a vingt ans, l'un de la Theorie du
mouvement abstrait, où je l'avois consideré hors du systeme comme si c'estoit une chose
purement mathematique; l'autre de l'Hypothese du mouvement concret et systematique, tel
qu'il se rencontre effectivement dans la nature. Ils peuvent avoir quelque chose de bon, puisque
vous le jugés ainsi, Monsieur, avec d'autres. Cependant il y a plusieurs endroits sur les quels je
crois d'estre mieux instruit presentement; et entre autres, je m'explique tout autrement aujourdhuy
sur les indivisibles. C'estoit l'essay d'un jeune homme, qui n'avoit pas encor approfondi
les mathematiques. Les loix du mouvement abstrait, que j'avois données alors, deuvroient avoir
lieu effectivement, si dans le corps il n'y avoit autre chose, que ce qu'on y conçoit selon des
Cartes, et même selon Gassendi. Mais comme j'ay trouvé que la nature en use tout autrement à
l'egard du mouvement, c'est un de mes argumens contre la notion receue de la nature du corps.
Comme j'ay indiqué dans le journal.
Quant aux indivisibles, lorsqu'on entend par là les simples extremités du temps ou de
la ligne, on n'y sçauroit concevoir [de] nouvelles extremités, ny des parties, actuelles ny
potentielles. Ainsi les points sont ny gros ny petits, et il ne faut point de saut pour les passer.
Cependant le continu, quoyqu'il ait partout [de] tels indivisibles, n'en est point composé,
comme il semble que les objections des Sceptiques le supposent, qui, à mon avis, n'ont rien
d'insurmontable, comme on trouvera en les redigeant en forme. Le P. Gregoire de S. Vincent a
fort bien monstré par le calcul même de la divisibilité à l'infini, l'endroit où Achille doit
[attraper] la tortue, qui le devance, selon la proportion des vistesses. Ainsi la Geometrie sert à
dissiper ces difficultés apparentes.
Je suis tellement pour l'infini actuel, qu'au lieu d'admettre que la nature l'abhorre,
comme l'on dit vulgairement, je tiens qu'elle l'affecte partout, pour mieux marquer les perfections
de son auteur. Ainsi je crois qu'il n'y a aucune partie de la matiere, qui ne soit, je ne dis
pas divisible mais actuellement divisée, et par consequent la moindre particelle doit estre
considerée comme un monde plein d'une infinité de creatures differentes.