Series II Band 2 · No. 219.
SIMON FOUCHER AN LEIBNIZ
Paris, 30. Mai 1693. [212.225.]
de Paris le 30 may 1693.
Une de vos lettres que vous m'aviez ecrite a esté perduë, et c'est celle que vous aviez
addressée à feu Mr Pelisson. J'ay pourtant vu un fragment entre les mains de Mr l'Abbé du
Hamel, où vous raportez un trait de Socrates tiré de Platon et où vous repondez au P. Malebranche
et à Mr l'Abbé Catelan. Vos deux petites pieces ont esté inserées dans le journal,
scavoir, celle que vous avez envoyée à Mr Pelisson pour repondre sur l'essence de la matiere et
celle que vous avez envoyée à Mr l'Abbé Nicaise le quel m'a ecrit de Dijon me priant d'en
parler à Mr le president Cousin, ce que j'ay fait et elle a esté inserée dans un journal après avoir
esté gardée six mois. Cette piece contient vostre jugement des ouvrages de Mr Descartes. Vous
m'en avez écrit un mot dans vostre derniere et je suis bien aise de ce qu'elle n'a point esté
perduë. Je vous ay repondu dans le journal du 17 mars de cette année sur vos axiomes de
Physique et sur le doute universel qu'on attribuë faussement aux Academiciens. Si vous
souhaitez me repondre là dessus et faire mettre vostre reponse dans le journal, je vous offre
pour cela mon service. Cela se fera fidelement. Je voudrois avancer ma Philosophie des
Academiciens mais le tems est peu favorable aux libraires à cause qu'ils ne scauroient avoir
commerce dans les pays etrangers, au reste la Philosophie, qui est assurement le genre d'estude
le plus important et le meilleur, n'a pas tant d'aprobateurs en cette ville que les belles lettres et
la polimatie. Les Menagiana viennent de paroistre et on en espere bientost un second volume.
Quand vous me faites l'honneur de m'ecrire, Monsieur, ecrivez je vous prie à vostre maniere
ordinaire, car je lis fort bien vostre ecriture laquelle renferme beaucoup en peu d'espace. Je
l'aime mieux que de gros caracteres en lettres d'or. Je n'ay point encor vu la critique de la vie
de Mr Descartes ecrite par Mr Baillet. Je crois que vous avez vu le livre de Mr d'Avranches
intitulé Memoires pour servir à l'histoire du Cartesianisme. C'est un dialogue addressé à Mr
Regis. Il ne contient que 5 fueilles au plus assurement. Il est ecrit d'une maniere adroite et
pleine d'esprit mais je ne voudrois pas qu'elle tournasse la Philosophie en ridicule et je ne
pense pas que l'Auteur regarde autrement ce livre que comme un roman ingenieux. On en
pourroit faire une infinité de cette maniere, et pour dire vray il n'y a rien que l'on ne puisse
tourner en ridicule parce que dans le monde il y a des esprits de toutes sortes de caracteres.
Vous vous accordez assez avec Mr d'Avranches au sujet des ouvrages de Mr Descartes et je
demeure d'accord avec vous que sa metaphysique est le moindre et neanmoins j'avouë avec
vous et avec plusieurs personnes d'esprit qu'on est obligé à ce grandhomme de ce qu'il a mis
les esprits en meilleur train qu'ils n'estoient pour philosopher.