Series II Band 2 · No. 217.

EHRENFRIED WALTHER VON TSCHIRNHAUS AN LEIBNIZ

Leipzig, 7. (17.) Mai 1693. [206.227.]

French

[ ... ] melde also mitt wenigen vor diesesmahl; daß die Kabalam nur schertzweise angeführet; als Eine der größesten wießenschafften, dadurch man ohne mühe zu den verborgensten geheimnüßen gelangen kan, weil die Juden solches vorgeben: Ich aber auff solche weise interpretire; Cabala ist so viel als traditio; da gelehrte leute einander was Sie mitt vieler mühe erfunden, und manchmahl, wegen der so vielen Ignoranten, die doch große leute sein wollen; nicht eben so publick machen, einander oretenus, und ohne alle ambages communiciren, und zweyfele nicht; daß wan die hohe Ehre, und satzsahmen faveur des Glückes haben sollen, deßen wertiste persohn alhie zu sehen: Ich würde dieser Cabalae so große effecta verspühret haben: das Sie nicht unbillich allen bieshero erlernten würde mitt recht vorziehen können. [ ... ] 218. LEIBNIZ AN CLAUDE NICAISE

Hanover ce 15/25 de May 1693.

Voicy, Am Kopf des Briefes von Leibniz' Hand: Mons. l'Abbé Nicaise Monsieur, une lettre de Mons. de Spanhem, que j'ay attendue depuis plus d'un mois, suivant la promesse qu'il m'en avoit faite, mais dont l'execution avoit esté differée par ses distractions. Il temoigne d'estre estrangement surpris de la hardiesse avec la quelle le R.P. Hardouin semble revoquer en doute les ouvrages de Josephe. Quand il estoit icy, il me marquoit bien des choses qu'il trouvoit encor à dire à la derniere lettre de ce Pere, quoyqu'il ne soit pas pour cela d'accord en tout point, avec M. Vaillant. Mais je ne doute point, qu'il ne vous en dise quelque chose luy même.

Tout le monde est convaincu maintenant de la fourberie de Jaques Aymar, depuis la declaration que M. le Prince en a fait faire dans le Journal des Sçavans. Mais sans cela, j'en ay tousjours esté persuadé. Nous avons des semblables devins à baguette dans le pays de nos mines, qui se mêlent de decouvrir les veines sousterraines des metaux, par leur baguettes sympathetiques. La plus part des auteurs en parlent comme d'une chose seure; mais nous avons reconnu par plusieurs experiences, que tout cela n'est rien; et quand on leur bandoit les yeux, leur baguette ne marquoit pas les veines connues, quoyque fort grandes. Je m'étonne fort que Messieurs les Cartesiens, ou au moins quelques uns entre eux, ont donné là dedans. Car qu'[y] at-il de commun entre leur philosophie, et ces pretendues sympathies. Ils devroient s'asseurer du fait, avant que d'en chercher la raison.

Je n'ay encor lû que l'abregé de la vie de des Cartes fait par M. Baillet, l'ouvrage entier n'estant pas encor venu à nous. On ne doit pas blamer le soin de M. Baillet d'embellir la matiere, et de tout tourner à l'avantage de son Heros. Cependant j'y ay fait plusieurs remarques, où je crois que le fait en est un peu autrement, que M. Baillet ne l'a trouvé dans les lettres de Mons. des Cartes aux quelles on ne se doit point fier au prejudice d'un tiers. Car M. des Cartes avoit la coustume de defigurer d'une estrange façon, ceux qui luy faisoient ombrage.

J'attends avec impatience ce que le R.P. Pezron nous donnera sur les propheties. Et je croy fort probable ce qu'il doit avoir avancé de l'irruption des Scythes dans la Palestine. Herodote et autres Grecs parlent des irruptions des Scythes, des Cimmeriens, des Treres, et autres peuples septentrionaux dans l'Asie mineure et dans la Syrie, où apparemment la Palestine n'aura pas esté épargnée. Il y a un homme fort sçavant dans la langue Ebraique, qui s'attache à faire voir par des explications fondées sur la proprieté de la langue, que nous n'avons pas tousjours le veritable sens de l'ecriture, et que nous avons quelque fois cherché le merveilleux et l'extraordinaire où il n'y en a point. Par exemple lors qu'il est dit que la femme de Loth regardant derriere elle, fut changée en statue de sel; il fait voir suivant la maniere de parler figurée des Orientaux, que cela ne veut dire autre chose, si non que la femme de Lot estant retournée pour sauver quelque chose de l'incendie fut couverte du feu et de bitume. Car ^%(/alw signifie non seulement sel, mais encor bitume, et l'Hebreu n'est pas moins equivoque, ou peutestre plus. Ainsi estant couverte de ces matieres, on peut dire, qu'elle estoit devenue comme une statue de bitume. Il dit aussi des choses curieuses de columna ignis et nubis, et de pinnaculo templi, de maledictione Canaan, et de quantité de passages semblables.

Il sera bon de conforter le R.P. Noris, à ne point abandonner Rome, car dans le poste où il est, il peut obliger les sçavans, et rendre service au public, tant par les ouvrages qu'il pourra faire, encor plus enrichis qu'auparavant, de ce qu'il pourra tirer des tresors du Vatican; que par les communications dont il peut favoriser les autres. Il seroit bon d'avoir par son moyen le Catalogue des Ms. de la Reine Christine, qui ont esté mis dans le Vatican.

Je crois tousjours que M. l'Abbé de la Trappe, aussi bien que le R.P. Dom Mabillon ont raison tous deux, et plus qu'ils ne pensent, et qu'ainsi ils pourront finir leur dispute quand ils voudront.

Je croyois d'avoir satisfait à la demande de M. l'Abbé Baudrand. Les Eglises Cathedrales de la haute Saxe ont esté ou sont: Meissen, Mersbourg, Naumbourg, Brandebourg, Havelberg, Camin; de la Basse Saxe: Breme, Magdebourg, Hildesheim, Halberstat, Lubec, Suerin et Razebourg. Tous ces Eveschés sont entre les mains des Protestans, excepté Hildesheim. Et Breme, Magdebourg, Halberstat et Camin, Schwerin et Razebourg ne portent plus le nom d'Evechés; estant devenus des principautés seculieres. Mais les Chanoines des Eglises Cathedrales ne laissent pas de subsister. Pour Meissen, Mersbourg et Naumbourg, aussi bien que Lubec, ils ont encor des Eveques ou Administrateurs. Brandebourg et Havelberg ne sont plus rien que des villes. Je ne sçay pas s'il y a encor des chanoines. Je ne parle pas d'Osnabruc, Padeborne, Munster, Verde, Minden, car ils sont du cercle de Westphalie. Minden est entierement secularisé, et devenu principauté, appartenant à l'Electeur de Brandebourg, comme Magdebourg, Halberstat et Camin. Et Verde est aussi une principauté qui appartient à la Suede comme Breme. Les Ducs de Meclenbourg s'appellent Princes de Suerin et Racebourg. Je parle encor moins du reste des Evechés du cercle de Westphalie, comme de Liege, Utrecht, et Cambray. J'ay oublié de dire qu'Osnabruc est encor un Eveché, dont l'Eveque est maintenant Electeur de Bronsvic. Il y a des protestans aussi bien que des Catholiques parmy les Chanoines des Eglises Cathedrales d'Osnabruc, Minde, et Lubec, et dans la derniere le nombre des Protestans prevaut.

Je viens de publier un Tome de mon recueil, intitulé Codex juris gentium diplomaticus. Il y a des Actes publics de toute sorte, la plus part non imprimés encor. Ce premier Tome finit à l'an 1500 ou environ. Le second Tome sera pour le siecle superieur, le troisiême pour le nostre; si Dieu me donne la grace de l'achever. J'ay vû le Catalogue des traités que M. Leonard donne au public, mais j'en ay plusieurs de la France même qu'il n'a pas. Comme je ne prends que des pieces choisies de toute part, sans m'attacher ny aux traités, ny à quelque Nation particuliere, mon ouvrage ne fera point de tort à Mons. Leonard, ny le sien au mien, comme je m'imagine. Je vous dis cecy Monsieur, tant pour implorer vostre faveur et celle de vos amis, si quelque chose de curieux se presente sans prendre trop de peine à le chercher; que pour vous supplier à reiterer vos instances auprés de M. le Prieur Boissot, qui a tant de tresors dont seront remplis les papiers du feu Cardinal de Granvelle. Je ne luy demande que quelques petites miettes, qui ne luy feront point de tort, et qui me serviront.

J'adresse cellecy toute ouverte à Mons. Toinard, esperant que ce sera avec vostre permission, pour ne pas écrire deux fois les mêmes choses.

Dans une des pieces de mon recueil, je trouve un traité entre la France et la Castille, où le Roy de France promet d'assister le Castillan contra Regem Bellimarini. J'ay remarqué dans quelques chroniques Ms. que c'estoit un Roy des Maures, et comme je croy d'Afrique. Mais je tiens que M. Baudrand nous en pourroit dire d'avantage.

Je m'etonne que les nouveaux supplemens de Petrone ont pû trouver des approbateurs. Qui est ce M. Nodotius, qui les a publiés? Il devoit nous indiquer ce seigneur d'Allemagne qui luy a donné le premier avis de son Petrone. Des sçavans hommes ont remarqué autres fois, qu'il y avoit dans Sarisberiensis des lambeaux d'un Petrone plus entier que le nostre. Mais je n'ay pas envie de les y chercher.

Mons. Bernard a repris son Josephe. Il sera surpris quand il apprendra la pretension du P. Hardouin, qui fait le procés à son auteur, mais je m'imagine qu'il n'en sera gueres allarmé. M. Oudin, autres fois le P. Oudin, est maintenant à Hambourg. Si tous les proselytes [des] protestans estoient semblables à luy, vous auriés sujet de les regretter.

Voicy un distique sur l'Electrice de Brandebourg:

Electoris eras conjux, nunc filia facta es.

Sera precor fias ut soror atque parens.

Je suis avec zele Monsieur vostre treshumble et tresobeissant serviteur Leibniz

P. S. Je vous supplie Mons. de faire mes treshumbles recommendations à Mons. l'Eveque d'Avranche, si l'occasion s'en presente. Pour moins charger le paquet je me suis ravisé, et j'ay envoyé par avance la lettre de Mons. de Spanheim.