Series II Band 2 · No. 214.
LEIBNIZ AN JACQUES-BENIGNE BOSSUET
Hannover, 29. März 1693. [195.222.]
[ ... ] L'autre Question estoit, si on n'a pas receu quelques fois des sentiments comme de foy, qui n'estoient pas establis auparavant. J'avois apporté l'exemple de la condemnation des Monothelites. Vous repondés, Monseigneur, qu'accordant, que Jesus Christ a veritablement la nature humaine, aussi bien que la divine, il falloit accorder qu'il a deux volontés. Mais voilà une autre question sur la consequence, de la quelle des plus habiles gens de ce temps là ne demeuroient point d'accord. Il s'agit du dogme même, s'il estoit establi. De plus la consequence souffre bien des difficultés, et depend d'une discussion profonde de Metaphysique, et je suis comme persuadé, que si la chose n'avoit esté décidée, les scholastiques se seroient trouvés partagés sur cette question. Il ne s'agit pas de la volonté in actu primo, qui est une faculté inseparable de la nature humaine, mais de l'action de vouloir, quae potest indigere *complemento a sustentante verbo, ita ut ab utroque resultet unica actio, cum dici soleat actiones esse suppositorum*. [ ... ]
Quant à l'essence du corps et le sujet de l'etendue, il semble que ce sujet contient quelque chose dont la repetition même est ce qui fait l'etendue; et il paroist, que vous ne vous eloignés pas de ce sentiment.
La dynamique est d'une plus grande discussion. Je crois d'avoir demonstré que si la meme quantité de mouvement se conserve la meme force ne se conservera pas tousjours, c'est à dire l'effect sera inegal à sa cause. Au lieu que je suppose qu'estans pris entiers ils seront tousjours egaux, c'est à dire que si l'estat precedent estoit capable de faire monter tant de poids à tant de hauteur, l'estat suivant ne pourra faire plus ny moins. Ce sujet contient les principes de tout ce qu'on luy peut attribuer, et le principe des operations est ce que j'appelle la force primitive, mais il n'est pas si aisé de satisfaire là dessus ceux qui sont accoustumés aux idées seules de Gassendi ou de Descartes, et il faudroit prendre la chose de plus haut. Mons. Pellisson m'envoya quelques objections, contre ce que j'avois dit de la force et de la nature du corps. Je tachay d'y satisfaire. Il me disoit qu'elles venoient d'une personne de grande consideration, sans s'expliquer d'avantage. Y ayant pensé depuis, j'ay du panchant à croire, qu'elles estoient venues de Mons. Arnaud, car j'ay remarqué depuis, qu'il y avoit quelque chose, qui ne pouvoit presque estre sçû que de luy, à cause des lettres que nous avions echangées autres fois sur des matieres approchantes. Je ne sçay, Monseigneur si vous avés veu cette objection et ma reponse, aussi bien que ce que j'ay donné depuis peu, et autres fois dans le Journal des sçavans touchant l'inertie naturelle des corps.
Je voudrois, Monseigneur, que Vous eussiés vû, ce que j'avois envoyé à feu M. Pellisson, sur ce qu'il avoit trouvé bon, de faire communiquer mes raisonnemens de dynamique à l'Academie Royale des sciences. Mais ce papier ayant esté mis au net, et envoyé à l'Academie, y demeura là, et on me dit maintenant, qu'il est sous le scellé de feu M. Thevenot. Il est vray que M. Thevenot me manda que l'Academie l'ayant consideré, avoit temoigné de l'estime, mais qu'on n'avoit pû convenir du sens de quelques endroits. Je demanday qu'on me marquât ces endroits ou ces doutes; mais Mons. Thevenot mourut là dessus. Je ne sçay si M. Pellisson en a gardé une copie, il me semble qu'il la vouloit donner à lire à Mons. de la Loubere; si Mons. de la Loubere l'a, il vous en pourroit informer à fonds; il me semble aussi que Mons. des Billettes, qui estoit des amis de M. Pellisson, et qui l'est particulierement de Mons. le Duc de Roannez, avoit lû, ou peutestre eu, mon memoire. Mais en tout cas, je le pourrois tirer derechef de mon brouillon. Car comme vous estes juge competent de tout cela, je souhaitterois, que vous fussiés informé du procés. Mons. Pellisson avoit parlé de cela avec Mons. l'Abbé Bignon qui a l'intendance de l'Academie de la part de Mons. de Pont Chartrain, mais la mort de M. Thevenot a arresté nostre dessein. On m'a mandé, que Mons. l'Abbé Bignon a un excellent dessein, qui est d'établir une Academie des Arts. Cela sera d'importance. Mais il sera bon, qu'il y ait de l'intelligence entre la soeur aînée et la cadette. [ ... ]