Series II Band 2 · No. 213.

LEIBNIZ AN CHRISTIAAN HUYGENS

Hannover, 10./20. März 1693. [201.240.]

French

[ ... ] Je viens à nostre controverse des Atomes, elle est si ancienne, et les esprits y sont si partagés, que je m'etonne nullement, si nous ne tombons pas d'accord là dessus. Cependant comme je croy, que parmy tous ceux, qui ont jamais soutenu les atomes, personne [ne] l'a faict avec plus de connoissance de cause, et y a apporté plus de lumieres, que vous, Monsieur, et que de mon costé j'ay taché d'y joindre des considerations assez particulieres, je continue de profiter de vos eclaircissemens. Si l'on devoit supposer des consistences primitives, la question est, s'il seroit plus raisonnable d'aller d'abord à une dureté parfaite et infinie, que d'admettre toute sorte de degrés de fermeté, Huygens unterstreicht sorte de degrés de fermeté und merkt dazu an: s'il y a toute sorte de fermeté cela empechera la vitesse de la lumière. mais tousjours meslés de quelque fluidité, ou mollesse; en sorte que la matiere ait par tout quelque union ou connexion, et que neantmoins elle soit encor divisible par tout. Et qu'ainsi le même corps puisse estre appellé ferme, roide, dur; et encor fluide, mol, flexible diverso respectu et comparativement, selon l'action qui tache de le flechir, ou de le diviser. Vous jugés, Monsieur, qu'il seroit plus difficile de concevoir les raisons de ces differentes fermetés; mais si les fermetés sont primitives, on n'en doit pas chercher la raison. J'avoue que la matiere seroit heterogene en quelque façon, ou plustost dans une varieté perpetuelle, Huygens merkt am Rande an: mon hypothese est plus simple. en sorte qu'on ne trouveroit pas la moindre particelle uniforme dans ses parties, au lieu que les Atomes sont homogenes. Mais en recompense la matiere selon mon hypothese seroit divisible par tout, et plus ou moins facilement, avec une variation qui seroit insensible dans le passage d'un endroit à un autre endroit voisin, au lieu que selon les Atomes, on faict un saut d'une extremité à l'autre et d'une parfaite incohaesion, qui est dans l'endroict de l'attouchement, on passe à une dureté infinie dans tous les autres endroits. Et ces sauts Huygens merkt am Rande an: ce n'est pas un saut. sont sans exemple dans la nature. D'où il s'ensuit aussi, que selon moy la subtilité et varieté va à l'infini dans les Creatures, ce qui est conforme à la raison et à l'ordre (car je suis pour un axiome tout opposé à cet axiome volgaire, qui dit naturam abhorrere ab infinito). Mais selon les Atomes le progrès de la subtilité et de la variation se borne à la grandeur de l'atome, Huygens unterstreicht la grandeur de l'atome und merkt dazu an: cette borne estoit necessaire, ou il faloit un progres continuel. ce qui est aussi peu raisonnable, que cette autre maniere de borner les choses par des extremités en enfermant le monde dans une boule. Quant à la difficulté des surfaces plattes, par lesquelles les Atomes s'attacheroient, vous repondés, Monsieur, qu'il seroit plustost un grand postulatum de vouloir, qu'il y en ait, que de vouloir, qu'il n'y en ait point; puisqu'il faut bien de l'exactitude pour en former. Je reponds qu'il faudra tousjours une entiere exactitude pour former quelque Huygens unterstreicht quelque und merkt dazu an: il est bien plus facile de former quelque surface indeterminée, comme en cassant un corps, que d'en former une exactement platte. surface que ce soit. [Quelle qu'elle] puisse estre, elle sera exacte. Or la surface platte, estant des plus simples, il semble que ce qui est cause de l'existence des atomes, seroit encor cause de l'existence des plus simples atomes, à moins que cette cause n'ait eu des raisons particulieres de les eviter, qui ne sçauroient estre prises qu'a fine, pour eviter la cohesion. Mais ce seroit assez postuler, que de raisonner ainsi. Vous adjoutés, Monsieur, quand même on admettroit un grand nombre d'Atomes Cubiques, qu'ils ne s'attacheroient pas aisement ensemble pour composer des nouveaux corps inseparables, par ce que le plus souvent ils ne reposeroient pas durant quelque temps dans l'attouchement, Huygens unterstreicht durant quelque temps dans l'attouchement. et ne demeureroient qu'un moment dans le même estat, car c'est ainsi que j'entends ce que Vous dites, que leur application juste consisteroit in indivisibili. Huygens merkt am Rande an: je dis que la position de deux surfaces plattes pour estre appliquées l'une à l'autre consiste in indivisibili. Mais je croy, qu'il est assez etrange, que cela se peut faire quelques fois, sçavoir qu'ils s'attachent en sorte qu'ils deviennent Atomes, Huygens merkt am Rande an: ils ne s'attachent pas pour devenir atomes. et qu'ils soyent desormais inseparables à toute eternité.

J'avois crû, que ma raison contre les Atomes prise des loix du mouvement estoit une des plus fortes. Cependant puisque vous promettés Darüber von Huygens' Hand: «Prouvez». d'expliquer un jour comment un corps inflexible peut rejallir, Huygens merkt am Rande an: voir nos lettres sur cecy. je ne doute point, que vous n'ayés à dire là dessus des choses tres considerables à vostre ordinaire. Vous trouvés aussi, que la difficulté pourroit estre retorquée contre moy, puisque les corps à ressort sont composés, et que par consequent les derniers petits corps estans sans ressort seront aussi incapables de rejallissement. Mais je reponds, qu'il n'y a point de dernier petit corps, Huygens unterstreicht point de dernier petit corps und merkt dazu an: mais qu'est ce que le ressort à vostre opinion? et je conçois, qu'une particelle de la matiere, quelque petite qu'elle soit, est comme un monde entier, plein d'une infinité de Creatures encor plus petites; et cela à proportion d'un autre corps fut il aussi grand, que le globe de la terre.

Comme il semble qu'on ne sçauroit rendre aucune raison, pourquoy les parties d'un atome sont inseparables, que parce qu'elles se touchent une fois parfaitement, par leur surfaces, durant quelque temps; c'est pour cela, que j'ay dit, que dans l'Hypothese des Atomes l'attouchement Huygens merkt am Rande an: cet attouchement fait l'unité, rien n'estant entre deux. fait l'office d'un gluten. Il semble aussi, que si l'attouchement par surfaces fait une connexion infiniment forte; l'attouchement par lignes et par points deuvrait aussi faire des connexions, mais surmontables, Huygens merkt am Rande an: consequence sans fondement. en sorte que deux corps se touchant par des lignes plus grandes, seroient [moins] aisés à separer, et des corps se touchant par plus de points auroient plus de connexion, que ceux qui se toucheroient par moins de points caeteris paribus. Et mêmes, point contre point, et ligne contre ligne, il semble que contactus osculi deuvroit donner plus de connexion que simplex contactus. De plus, si un attouchement superficiel durable faict un attachement insurmontable, il semble qu'un attouchement [momentané] feroit une connexion surmontable, Huygens unterstreicht connexion surmontable und merkt dazu an: plustost point de connexion. mais plus forte, selon que le corps, qui rase l'autre en le touchant, a moins de vistesse. Enfin quoy que j'aye parlé cy dessus des fermetés ou consistences primitives; j'ay tousjours du panchant à croire, qu'il n'y en a aucune primitive, et que le seul mouvement fait de la diversité dans la matiere, Huygens unterstreicht de la diversité dans la matiere und merkt dazu an: je ne comprens point cette idée. et par consequent la cohesion. Et tant que le contraire n'est pas encor demontré, il me semble, qu'on doit eviter la supposition d'une telle nouvelle qualité inexplicable, laquelle estant accordée, on passeroit bientost à d'autres suppositions semblables, comme à la pesanteur d'Aristote, à l'attraction de Mons. Neuton, à des sympathies, ou antipathies, et à mille autres attributs semblables. [ ... ]