Series II Band 2 · No. 201.

CHRISTIAAN HUYGENS AN LEIBNIZ

Den Haag, 12. Januar 1693. [174.213.]

French

[ ... ] Croiez je vous prie Monsieur que je ne me pique nullement de soutenir les opinions que j'ay une fois embrassées, mais que je ne cherche uniquement que quelques raions de verité, si nos disputes en pourroient mettre en evidence. J'ay fort consideré ce que vous dites au sujet de mes atomes de dureté infinie, sçavoir que vous avouez bien, qu'il y auroit de l'absurdité à donner à tous les corps primitifs un certain degré de fermeté ou resistence à estre rompus, mais qu'il n'y a point d'absurdité de supposer de differents degrez dans plusieurs corps; s'entend primitifs, car c'est de quoy il s'agit. Il me semble pourtant qu'il est plus aisé d'accorder la dureté parfaite et infinie pour tous, que cette varieté de forces pour differents corps. Car il est plus difficile de concevoir les raisons de ces differentes duretez, que d'en admettre une seule infinie. Ce seroit imaginer plusieurs especes de matiere premiere, au lieu que je n'en ay besoin que d'une.

Vous alleguez après cela comme une difficulté contre les atomes, l'adhesion qui se feroit par leurs surfaces plattes. Je repons qu'elles devroient avoir estez faites expres ces surfaces, ce que je ne vois pas pourquoy il auroit plustost lieu là, que dans le sable de la mer, où l'on n'en trouve point. Et il ne me semble point du tout que ce soit un grand Postulatum de vouloir qu'il n'y ait point d'atomes avec des surfaces plattes, mais qu'il le seroit d'avantage d'en supposer, puisqu'il faut une direction et intention expresse pour former une surface platte avec la derniere exactitude. Mais quand la dixieme partie des atomes seroient des cubes parfaits, l'application juste de leurs surfaces consistant in indivisibili, et ces corps estant en grand mouvement, je n'apprehenderois pas encore qu'ils s'allassent joindre à composer des masses.

Vous trouvez encore un inconvenient en ce que les atomes ne seroient pas susceptibles des loix du mouvement, parce que deux egaux, concourant directement avec forces égales, devroient perdre leur mouvement, puisqu'il n'y a que le ressort, dites vous, qui fasse rejaillir les corps. Mais c'est ce que je ne crois nullement pour des raisons que je publieray un jour; et quelque explication que vous vouliez donner de la cause du ressort, vous seriez bien embarassé, en posant que les derniers petits corps (car ceux qui font ressort sont composez) ne rejalissent point en se rencontrant, mais qu'ils demeurent joints; car de là s'en suivroit la perte de tout mouvement relatif dans la Matiere de l'univers.

Den folgenden kleingedruckten Text aus dem Konzept K1 hat Huygens nicht in die Abfertigung übernommen: <+6>

Ce qui me fait à moy le plus de peine dans la supposition des atomes, c'est que je suis obligé de leur attribuer à chacun quelque figure. Et quelle sera la cause de la varieté infinie de ces figures? Mais quelle est la cause des differentes figures du sable de la mer, lequel j'admire toutes les fois que je le regarde avec le microscope, chaque grain estant un caillou de cristal, qui ne croit ni ne diminue et a esté tel qui sçait par combien de siecles? C'est que le Createur les a fait une fois naitre telles, et de mesmes pour les atomes.

Au reste vous ne deviez pas m'attribuer que je conçois que le seul attouchement fait l'office d'un gluten, à rendre les corps composez fermes et durs, puis que j'avois ecrit dans ma lettre precedente, que j'expliquois la cohesion des corps par une pression de dehors, et par quelqu'autre chose. Laquelle pression je vois que vous emploiez de mesme. Ce que vous adjoutez du mouvement conspirant m'est tout à fait inintelligible.

J'ay Am Kopf der ersten Seite von K1 die durchgestrichene Notiz: Je rendray ses remarques sur des Cartes. Et marqueray en quoy je ne suis pas de vostre avis, après avoir cherché mes annotations. rendu à Mr de Beauval vos notes sur des Cartes. Je pourray une autre fois vous parler des endroits où je ne suis pas d'accord avec vous. [ ... ]