FrenchMonsieur
Vous Leibniz hat am Kopf des Briefes bemerkt: C'est la main de Mons. Huetius connu par ses ouvrages, maintenant Evéque d'Avranches. m'avez sensiblement obligé en m'envoyant un extrait de la lettre de Mr Leibnitz sur
le sujet de la Philosophie Cartesienne. J'avois déja leu quelques unes des choses qu'il vous a
ecrites, dans les lettres qu'il a ecrites à Mr de Pellisson. Ce ne m'est pas un petit sujet de joye et
de gloire, de voir le jugement que j'ay fait de Mr des Cartes et de sa doctrine, confirmé par
celuy d'un aussi excellent homme que Mr Leibnitz. Car je ne l'ay pas moins loüé, et je ne
l'estime pas moins, que Mr Leibnitz le loüe et l'estime. Mais toute cette estime ne m'a pas si
fort aveuglé que je n'aye reconnu plusieurs defauts de sa Methode et de sa Philosophie. Si des
employs plus importants ne me detournoient pas de ces estudes, je prendrois plaisir à faire voir
la pauvreté et la foiblesse des reponses que l'on a opposées à ma Censure. Mr Leibnitz le fera
mieux que moy, et vous rendrez un grand service à la Rep. des lettres, si vous pouvez l'y
engager. Je vous supplie, Monsieur, de le saluer de ma part, et de l'assurer que ny l'eloignement
ny le tems ne changent rien aux sentimens d'estime, n'y au desir d'avoir part à sa
bienveillance, que je luy ay fait paroistre autrefois. Je crois enfin que les exemplaires de mon
livre du Paradis terrestre sont arrivez en Hollande. Une des personnes qui avoit part à la
distribution m'a mandé qu'elle a receu le sien. Je vous demande en grace de savoir de Mr
Leibnitz s'il a receu l'exemplaire qui luy estoit destiné. Je vous felicite sur l'agrement de vostre
demeure, et de vos estudes. Je suis sur mon depart pour aller en un pays, où je trouveray des
occupations bien differentes des vostres, et qui me rendent le secours de vos prieres bien
necessaire. Ne me les refusez pas, ny la grace de me croire
Monsieur Vostre très humble et très obeissant serviteur
P. Daniel Ev. d'Avranches
A Paris le 12. 7bre 1692