Series II Band 2 · No. 178.

LEIBNIZ FÜR JACQUES-BENIGNE BOSSUET

[Hannover, 11. Oktober 1692.] [157.184.]

French

Sur les Monothelites

Je crois que sans la decision de l'Eglise les Scholastiques disputeroient jusqu'au jour du jugement, s'il y a deux differentes actions completes dans la personne de Jesus Christ, ou s'il n'y en a qu'une. Je sçay par experience que des personnes de bon esprit et d'ailleurs instruites sur la foy, quand on leur a proposé cette question, si les deux Volontés sçavoir la divine et l'humaine exercent ensemble un seul acte, ou deux, sans leur rien dire de ce qui s'est passé là dessus dans l'Eglise, se sont trouvé[e]s embarrassé[e]s. Il ne s'agit (dit-on) que de sçavoir, s'il y a une ame humaine en J[esus] C[hrist]. Mais les Monothelites ne le sçavoient ils pas? Les facultés (dit-on) sont données pour l'acte. Mais les adversaires en pouvoient demeurer d'accord, car ils pouvoient dire, que la faculté de l'ame concourt à l'acte commun des deux natures.

Plusieurs Scholastiques ont soutenu qu'il n'est pas vray que la matiere ou que la forme agisse, mais que l'action appartient au composé; et ils l'ont entendu de même à l'egard du corps et de l'ame dans l'estat de l'union naturelle.

Les Adversaires pouvoient dire aussi, qu'en vertu de l'union personnelle (qui fait que la nature humaine n'a pas sa propre subsistence, qu'elle auroit sans cela naturellement), on doit juger que des actions naturelles de l'ame humaine n'auront pas en elles ce qui les rend completes, non plus que la nature qui est leur principe; et que ce complement tant du suppost que de son action, se trouve dans le verbe. Et si les actions ne se doivent attribuer in concreto, qu'au suppost, ils diront que l'action, qui s'attribue proprement à une nature abstraite, est incomplete, et qu'ils n'entendent parler que de celle qui s'attribue proprement in concreto, lorsqu'ils n'en admettent qu'une; que sans cela on viole l'union des natures, et qu'on établit le Nestorianisme par consequence, et sans y penser. Aussi sçait-on que les Monothelites imputoient autant le Nestorianisme à leur adversaires, que ceux-cy leur imputoient l'Eutychianisme. Je tiens que les Monothelites ne raisonnoient pas exactement dans le fonds, mais je tiens aussi qu'ils ne manquoient point d'apparences tres plausibles, ny même d'autorités, qu'on sçait, qu'ils alleguoient. Car il est ordinaire qu'avant une question emüe et éclaircie les auteurs n'en parlent pas avec toute l'exactitude qui seroit à desirer; témoin le Pelagianisme et autres erreurs. ll y a mille difficultés chez les Philosophes à l'égard du concours de Dieu avec les creatures. Quelques uns ont crû que la creature n'agissoit point du tout, d'autres ont crû que l'action de Dieu devenoit celle des creatures par leur reception, et y trouvoit sa limitation. On a douté aussi quel Estre pouvoit estre l'action de Dieu, si c'estoit un Estre créé ou incréé; ou si ce n'estoit pas l'action même de la creature, en tant qu'elle depend de Dieu. Et la difficulté devient encor plus grande lorsque Dieu concourt avec une creature qui luy est unie personnellement, et qui n'a qu'en luy sa subsistance ou son suppost.