Series II Band 2 · No. 174.

LEIBNIZ AN CHRISTIAAN HUYGENS

Hannover, 16./26. September 1692. [156.201.]

French

[ ... ] Je viens à nostre different du Vuide et des Atomes, qu'il sera difficile de vuider. Vous supposés, Monsieur que dans les corps il y a une certaine fermeté primitive, et cela estant, vous jugés qu'il la faut supposer infinie, car il n'y a point de raison de la supposer d'un certain degré. Je demeure d'accord, qu'il y auroit de l'absurdité à donner à tous les corps un certain degré de fermeté, car rien ne nous determine plustost à un tel degré qu'à tout autre. Mais il n'y a point d'absurdité de donner differens degrés de fermeté à des corps differens; Huygens unterstreicht corps differens und merkt dazu an: Appellez vous differens ceux qui n'ont qu'une mesme matiere? autrement on prouveroit par la même raison que les corps doivent avoir une vistesse nulle ou infinie. Cela posé, que la nature doit varier, la raison veut qu'il n'y ait point d'atomes ou corps d'une fermeté infinie, autrement ils le seroient tous, ce qui n'est point necessaire. Huygens unterstreicht ce qui n'est point necessaire und merkt dazu an: cela est probable. Il ne semble pas aussi que vous satisfaites assés à la difficulté des atomes qui se toucheroient par quelque surface, et par cela même demeureroient pris et attachés ensemble inseparablement. Car de nier que les atomes ont des surfaces plattes ou autrement congruentes entre elles en la moindre partie, c'est un grand postulatum. Mais quand on l'accorderoit je crois que dans ces sortes de raisonnemens on doit avoir egard non seulement à ce qui est, mais encor à ce qui est possible. Huygens unterstreicht encor à ce qui est possible und merkt dazu an: Pourquoy? Supposons donc une chose possible, sçavoir que tous les Atomes n'ayent que des surfaces plattes, il est visible qu'alors cet inconvenient arriveroit et par consequent l'hypothese de la parfaite dureté n'est point raisonnable. Il y a encor d'autres inconveniens dans les Atomes. Par exemple ils ne sçauroient estre susceptibles des loix du mouvement, et la force de deux atomes egaux, qui concoureroient directement avec une vistesse egale, se deuvroit perdre, car il paroist qu'il n'y a que le ressort qui fait que les corps rejallissent. Huygens unterstreicht qui fait que les corps rejallissent und merkt dazu an: nullement. Mais quand il n'y auroit aucun inconvenient, il semble qu'on ne doit pas admettre une qualité sans raison, telle qu'est la fermeté primitive; on ne voit rien qui attache deux masses ensemble, et je ne voy pas comment vous concevés, Monsieur, que le seul attouchement fait l'office d'un gluten. Huygens unterstreicht fait l'office d'un gluten und merkt dazu an: j'en suis fort eloigné. Or puis qu'il n'y a aucune connexion naturelle entre l'attouchement et l'attachement, il faudra bien que si de l'attouchement suit l'adhesion, cela arrive par un miracle perpetuel. Mais si la fermeté est une qualité explicable, il faut bien qu'elle vienne du mouvement, puisqu'il n'y a que le mouvement qui diversifie les corps. Huygens merkt am Rande an: il faut premierement que ce soient des corps. Cela posé tout ce que je puis dire de la connexion originaire des corps revient à cecy, qu'il faut de la force pour detacher une partie de la matiere de l'autre lors que ce detachement change le mouvement et le cours present des corps. Tout mouvement est conspirant dans une masse autant qu'il y a quelque regle ou loy en comparant les parties mouvantes entre elles, et il est troublé à mesure que cette regle devient plus composée. Huygens unterstreicht les parties mouvantes ... composée und merkt dazu an: obscur. Aussi peut on dire, que tout corps a un certain degré Huygens unterstreicht tout corps a un certain degré und merkt dazu an: tout corps composé d'un grand nombre d'assemblés. de fermeté et de flexibilité. Cependant quand il s'agit de quelque barre de fer ou autre corps grossier on n'a pas besoin de recourir d'abord à l'origine primitive de la fermeté non plus qu'aux atomes, il suffit de se servir des petits corps, dont chacun a deja en luy même sa fermeté mais dont l'un demeure attaché à l'autre, à peu prés comme deux tables qui se touchent par leurs surfaces plattes et unies, que la pression de l'ambiant Huygens unterstreicht que la pression de l'ambiant und merkt dazu an: cela est vray. defend de separer tout d'un coup.

Je n'ay point d'empressement à donner au public les remarques sur la partie generale de la Philosophie de Des Cartes. Mons. de Beauval sembloit s'offrir de les porter avec soy en Hollande. Puisque Vous avés pris la peine de les voir, je souhaitterois que vous eussiés marqué les endroits dont vous ne convenés pas, outre ceux qui regardent le vuide et la fermeté, je voudrois qu'ils fussent encor vûs par quelque habile Cartesien, mais capable de raison pour apprendre ce qu'il diroit à l'encontre. J'en ay écrit à Mons. de Beauval. Je souhaitte de voir un jour ce que Vous donnerés sur le mouvement. J'avois examiné les regles de Des Cartes par un principe general de Convenance, qui ne manque pas à ce que je crois et qui m'a paru utile, à refuter les erreurs par interim en attendant la pure verité. Et j'estois bien aise de montrer comment par le moyen de ce principe les regles Cartesiennes se refutent elles mêmes. Mon dessein dans ces remarques n'estant que de faire des animadversions sur des Cartes, sans pretendre d'y donner la veritable Philosophie. [ ... ]