Series II Band 2 · No. 154.
CLAUDE NICAISE AN LEIBNIZ
Paris, 19. Juni 1692. [153.181.]
Paris le 19. Juin 1692
Vous
Pour ce qui regarde monsr Ausoult et ses livres je croy que toutes choses ont esté remises entre les mains de monsr le prieur Michel qui n'a pas ancore vendu ses livres à Rome; il a remis les mss. à monsr l'abbé Nazari qui prepare un monument de ce grand homme à la posterité; monsr le cardinal Barbarigo nostre ancien patron dont j'ay recû deux lettres depuis peu, veult faire imprimer un Vitruve à Padoüe et y mettre les notes et les corrections de monsr Ausoult et y joindre le Frontin; il seroit à souhaitter qu'on nous donnast tout ce qu'on trouvera de luy. L'affaire de sa succession m'a donné de la peine; elle est maintenant en état d'estre terminée par le dernier acte et l'accord des heritiers entr'eux. Je faict«s» estat monsr de partir dans deux jours de Paris pour aller en province retablir un peû ma santé qui est alterée depuis quelque têms. Je verray là monsr Lantin le bon amy de monsr Ausoult et le nostre. Je prendray monsieur la liberté avec vostre permission de vous importuner quelquefois des miennes pour m'attirer les vostres si utiles et si agreables. Je donnay hier vostre lettre à monsr Toinard du moment que je la recevois. J'ecriray à monsr Sparvenfeld touchant ce que vous souhaittés par un amy qu'il a icy et à qui il escript de Rome où il est presentement. Il est vray que le p. Hardoüin a du merite, il fault le dire avec monsr Ausoult; mais il est bien gasté par la pedanterie du college et par l'excés de la bile qui domine en luy. Vous le reconnoistrés monsieur par la feüille imprimé que je vous envoye, et qu'il n'ose approuver quoy qu'il en soit l'auteur, il se trouve meme obligé d'avoüer qu'il y a bien de l'emportement. Monsr le President Cousin y est mal traicté; mais il s'en est bien vangé dans le dernier Journal. Le p. Hardoüyn m'a un peu espargné dans cette lettre au p. Noris, il n'a rien dict de moy comme il a faict des autres; c'est qu'il scait monsieur qu'en envoyant des types de medaigle au p. Noris soit du Cabinet du Roy, soit des autres, je ne luy ay faict aucune explication de ces types comme l'ont faict quelquefois monsr Toinard et monsr Vaillant, crainte que j'avois de luy en donner de fausses, car c'est une science fort conjecturale que celle des medailles pour la pluspart; l'exemplaire que je vous envoye m'a esté envoyé par ce petit pere Jesuite que je fûs remercier il y a cinq ou six jours, je croy que ni luy ni Eumenius ne seront pas trop bons marchands de cette piêce et qu'il s'est voüé à fortes parties pour en estre quitte à bon marché. Je vous scay bon gré monsieur d'exciter nostre amy monsr Toinard à nous donner ses ouvrages. On ne sçauroit l'en trop presser, car comme dict nostre pere Noris et qu'il luy a dict à luy mesme, Elephante tardius parit; asseurés je vous prie monsieur de Spanheim de mes treshumbles respects, faictes luy part d'Eumenius pacatus; j'en avois envoyé la semaine passée un exemplaire à monsr Graevius pour le luy envoyer; mais j'apprehends qu'il n'ayt esté intercepté aussi bien que toutes les lettres que je luy ay escriptes il y a long tems, dont je n'ay point eu de reponses. Je suis monsieur avec toute l'estime le respect et la reconnoissance possible vre treshumble et tresobeissant serviteur Nicaise
Le sr Nodot a traduict tout son Petrone en francois pour l'imprimer avec le latin, à ce qu'on m'a dict.