Series II Band 2 · No. 148.
LEIBNIZ AN EDME PIROT
[Hannover, 6. Mai 1692.] [140.]
[ ... ] Je vous remercie treshumblement, Monsieur, de la bonté, que vous avés eu, de communiquer à Mons. Mallement certaines pensées que j'avois à l'egard de la force. Mons. Mallement m'estoit connu de reputation, et il me semble, qu'il a donné quelque chose sur le systeme du monde. Mais je croy qu'il n'estoit pas assés entré dans mon sens, faute de loisir. Il donne une instance, contre mon principe tirée des polygones du cercle. Mais je la trouve si peu contraire à mon sentiment, et même je la croy si manifestement favorable, qu'il n'y a eu que cette clarté même, qui m'ait empeché de l'alleguer pour moy; parce que je supposois que tout Geometre l'allegueroit pour moy de soy même; estant constant que cette consideration qui prend le cercle pour le dernier de tous les polygones reguliers, a esté le fondement de l'invention d'Archimede à l'egard de la dimension du cercle. La reflexion de Mons. Mallement ne me donne pas sujet d'en dire d'avantage.
On a raison de blamer l'entestement de quelques Cartesiens, et même feu M. des Cartes tout grand homme qu'il estoit, avoit la vanité de s'en faire trop accroire; cependant je souhaiterois qu'on luy rendit justice lors même, qu'on le refute. La censure de M. d'Avranche m'a plû merveilleusement, quoyqu'il y ait quelques choses, qu'il reprend, que je crois qu'on pourroit excuser. J'avois fait autres fois des notes sur la premiere et seconde partie des principes de des Cartes, qui comprennent sa philosophie generale; où je crois d'avoir eclairci la plus part des matieres. Je n'ay pas encor touché aux livres suivans qui traitent de la structure de l'univers suivant son opinion, car il faudroit entrer dans un grand détail. [ ... ]