Series II Band 2 · No. 15.
LEIBNIZ AN LANDGRAF ERNST VON HESSEN-RHEINFELS
[12. August 1686.] [14.17.]
J'espere que V.A.S. aura le livre qui estoit demeuré en arriere si long temps, et que j'ay esté chercher moy même à Wolfenbutel afin de le luy faire ravoir, puisqu'Elle s'en prenoit à moy.
J'avois pris la liberté d'y adjouter une lettre et quelques pieces pour Mons. Arnaud. Et j'ay quelque esperance que lorsqu'il les aura lues, sa penetration et sa sincerité luy feront peutestre approuver entierement ce qui luy estoit paru estrange au commencement. Car puisqu'il s'est raddouci après avoir veu mon premier éclaircissement, il viendra peutestre jusqu'à l'approbation après avoir vu le dernier qui à mon avis leve nettement les difficultés qu'il temoignoit luy faire encor de la peine. Quoyqu'il en soit, je seray content, s'il juge au moins que ces sentimens, quand ils seroient mêmes tres faux, n'ont rien qui soit directement contraire aux definitions de l'Eglise, et par consequent sont tolerables, mêmes dans un catholique Romain. Car V.A.S. sçait mieux que je ne luy sçaurois dire, qu'il y a des erreurs tolerables. Et même qu'il y a des erreurs, dont on croit que les consequences detruisent les articles de foy, et neantmoins on ne condamne pas ces erreurs, ny celuy qui les tient, parcequ'il n'approuve pas ces consequences, par exemple les Thomistes tiennent que l'Hypothese des Molinistes detruit la perfection de Dieu, et à l'encontre les Molinistes s'imaginent que la predetermination des premiers detruit la liberté humaine. Cependant l'Eglise n'ayant rien encor determiné là dessus, ny les uns ny les autres ne sçauroient passer pour heretiques, ny leur opinions pour des heresies. Je croy qu'on peut dire la même chose de mes propositions, et je souhaiterois pour bien de raisons d'apprendre, si Mons. Arnaud ne le reconnoist pas maintenant luy même. ll est fort occupé, et son temps est trop pretieux pour que je pretende qu'il le doive employer à la discussion de la matiere même touchant la verité ou fausseté de l'opinion. Mais il est aisé à luy de juger de la tolerabilité ou intolerabilité, puisqu'il ne s'agit que de sçavoir si elles sont contraires à quelques definitions de l'Eglise.