FrenchJuin 1686 Am Rand in A u. E3 : à Hanovre ce 4./14. de Juillet 1686.
Monsieur
Comme Am Kopf von L1 : A M. Arnauld je ^#.[defere In L1 nachträglich: defere tousjours beaucoup beaucoup^#.] à vostre jugement, j'ay esté rejoui de voir que ^#.[vous In L2 : vous avés moderé aviés
moderé^#.] vostre censure après ^#.[avoir In L1 nachträglich: avoir entendu mon vû mon^#.] ^#.[explication In L1 nachträglich: explication de cette sur cette^#.] proposition que je crois
importante, et qui ^#.[vous In L2 u. A: vous estoit parue avoit parue^#.] estrange: que la notion individuelle de chaque personne
enferme une fois pour toutes ce qui luy arrivera à jamais. Vous en aviés tiré d'abord cette
consequence, que de ^#.[cette In L2 : cette supposition seule supposition^#.] que Dieu ait resolu de créer Adam, tout le reste
des evenemens humains arrivés à Adam et à sa posterité s'en ^#.[seroient In L1 nachträglich: seroient coulés par suivis par^#.] une necessité
fatale, sans que ^#.[Dieu In E3 : Dieu n'ait plus eût plus^#.] eu la liberté d'en disposer, non plus qu'il peut ne pas créer
^#.[une In E3 : une creature capable nature capable^#.] de penser, après avoir pris la resolution de me créer.
A quoy j'avois répondu que les desseins de Dieu touchant tout cet univers estant liés entre
eux conformement à sa souveraine sagesse il n'a pris aucune resolution à l'égard d'Adam, sans
en prendre à l'égard de tout ce qui a quelque liaison avec luy. Ce n'est donc pas à cause de la
resolution prise à l'égard d'Adam, mais à cause de la resolution prise en même temps à l'égard
de tout le reste (à quoy celle qui est ^#.[prise In A, L2 u. E3 : prise à l'égard d'Adam touchant Adam^#.] enveloppe un parfait rapport), que
Dieu s'est determiné sur tous les evenemens humains. En quoy il me sembloit, qu'il n'y avoit
point de necessité fatale, ny rien de contraire à la liberté de Dieu, non plus que dans cette
necessité hypothetique generalement approuvée ^#.[qu'il In E3 : qu'il n'y a y a^#.] à l'égard de Dieu ^#.[même In L1 nachträglich: même qui le porte à exécuter d'exécuter^#.]
ce qu'il a resolu.
Vous demeurés d'accord, Monsieur, dans vostre replique, de cette liaison des resolutions
divines, ^#.[que In L1 nachträglich gestr.: que ... avant j'avois mise en avant,^#.] et vous avés même la sincerité d'avouer ^#.[que In A: que aviés vous
aviés^#.] pris d'abord ma ^#.[proposition In L1 nachträglich: proposition dans un tout autre sens parce tout autrement parce^#.] qu'on n'a pas accoustumé par
exemple (ce sont vos paroles) de considerer la notion specifique d'une sphere par rapport à ce
qu'elle est representée dans l'entendement Divin, mais ^#.[par In L2 : par ce qu'elle rapport à ce qu'elle^#.] est en elle
^#.[même; In E3 : même; que et que^#.] vous aviés ^#.[crû In L1, nicht aber in L2, nachträglich nach crû erg. u. gestr.: (: ce que j'avoue n'avoir pas esté sans raison :) qu'il^#.] en estoit encore ainsi à l'egard de la notion
individuelle de chaque personne, ^#.[(: pour In L1 nachträglich gestr.: (: pour ... mêmes. :) moy j'avois crû que les notions pleines et
comprehensives sont representées dans l'entendement divin, comme elles sont en elles
mêmes. :)^#.] ^#.[mais In L1 nachträglich: mais que maintenant maintenant^#.] que vous sçavez que c'est là ma pensée, ^#.[cela In A u. E3 : cela suffit vous suffit^#.] pour
vous y conformer, et pour examiner si elle leve la difficulté. Il semble donc que vous
^#.[reconnoissés, In A u. E3 : reconnoissés, que Monsieur, que^#.] mon sentiment expliqué de cette ^#.[^#.[manière, In A u. E3 : manière, savoir des notions pleines telles qu'elles sont dans l'entendement divin, n'est ^#', In L2 : manière, des notions pleines et comprehensives telles qu'elles sont dans l'entendement divin, n'est n'est^#.]^#.] pas
seulement innocent, mais même, qu'il est certain. In L2 nach certain. erg. u. gestr.: Nous allons voir tantost en quoy consiste la difficulté. Car voicy vos paroles: Je demeure d'accord
*que la connoissance que Dieu a eue d'Adam, lors qu'il a resolu de le créer, a enfermé celle de
tout ce qui luy est arrivé, et de tout ce qui est arrivé, et doit arriver à sa posterité, et ainsi
prennant en ce sens la notion individuelle d'Adam, ce que vous en dites est tres certain.* Nous
allons voir tantost en quoy consiste la difficulté, que vous y trouvés encor. Cependant je diray
un mot de la raison de la difference qu'il y a en cecy entre les notions des especes et celles des
^#.[substances In E3 : substances universelles plustost individuelles, ^#.[^#.[plustost^#.] In L1 erg. u. nachträglich gestr.: plustost ... entendement par rapport à la volonté divine, que par rapport au
simple entendement^#.]. C'est que les notions specifiques ^#.[les In L1 erg. u. nachträglich gestr.: les plus abstraites plus abstraites^#.] ^#.[ne In A u. E3 : ne comprennent que contiennent
que^#.] des verités necessaires ou eternelles, qui ne dependent point des ^#.[decrets In A u. E3 : decrets divins (quoy de Dieu (quoy^#.]
qu'en disent les Cartesiens, dont il semble que vous même ne vous estes pas soucié en ce
point); mais les notions des substances individuelles, qui sont completes, Am Rande in L1, A u. E3 : Notio plena comprehendit omnia praedicata rei, v.g. caloris; completa, omnia praedicata subjecti, v.g. hujus calidi, in substantiis individualibus coincidunt. et capables de
^#.[distinguer In L1 nachträglich: distinguer entierement leur leur^#.] sujet et qui enveloppent par consequent les verités contingentes ou de fait, et
les circomstances individuelles du temps, du lieu, et autres; doivent aussi envelopper dans leur
notion prise comme possible, les decrets libres de Dieu pris aussi comme possibles, parce que
ces decrets sont les principales sources des existences ou faits; au lieu que les essences sont
dans l'entendement divin avant la consideration de la volonté.
Cela nous servira pour mieux entendre tout le reste et pour satisfaire aux difficultés qui
semblent encore rester dans mon explication.
Car c'est ainsi que vous continués, Monsieur: Mais il me semble qu'après cela il reste à
demander (et c'est ce qui fait ma difficulté), si la liaison entre ces objets (j'entends Adam et les
evenemens humains) est telle d'elle ^#.[même, In A u. E3 : même, independament de independante de^#.] tous les decrets libres de Dieu,
ou si elle en ^#.[est, In E1 fälschlich: est independante dependante,^#.] c'est à dire, si ce n'est qu'en suite des decrets libres, par les
*quels Dieu a ordonné tout ce qui arriveroit à Adam et à sa posterité que Dieu a connu tout ce
qui leur arriveroit; ou s'il y a* (indépendemment de ces decrets) entre Adam d'une part, et ce
*qui est arrivé et arrivera à luy et à sa posterité de l'autre, une connexion intrinseque et
necessaire.*
Il vous paroist, que je choisiray le dernier party, parce que j'ay dit, que Dieu a trouvé
parmy les possibles, un Adam accompagné ^#.[de In E1 : de toutes les circomstances telles circomstances^#.] individuelles, et qui
entre autres predicats a aussi celuy d'avoir avec le temps une telle posterité. Or vous supposés
que j'accorderay que les possibles sont possibles avant tous les decrets libres de Dieu. Supposant
donc cette explication de mon sentiment, suivant le dernier party, vous ^#.[jugés, In L1 nachträglich: jugés, Monsieur, qu'elle qu'elle^#.]
a des difficultés insurmontables. Car il y a (: comme vous dites avec grande raison :) une
*infinité d'evenemens humains arrivés par des ordres tres particuliers de Dieu, comme entre
autres la religion Judaique et Chrestienne, et sur tout l'incarnation du Verbe Divin. Et je ne
sçay comment on pourroit dire que tout cela* (qui est arrivé par des decrets tres libres de Dieu)
estoit enfermé dans la notion individuelle de l'Adam possible. Ce qui est consideré comme
*possible devant avoir tout ce que l'on conçoit qu'il a sous cette notion independemment des
decrets divins.*
J'ay voulu rapporter exactement vostre difficulté, Monsieur, et voicy comme j'espere d'y
satisfaire entierement à vostre gré même. Car il faut bien qu'elle se puisse resoudre, puisqu'on
ne sçauroit nier qu'il n'y ^#.[ait In A u. E3 : ait reellement une veritablement une^#.] telle ^#.[Notion In L2 : Notion de pleine de^#.] l'Adam accompagné
de tous ses predicats, et conçu comme possible, la quelle Dieu connoist avant que de
resoudre de le créer comme ^#.[^#.[vous In L2 : vous venés d'accorder. Je ^#.[semblés In E3 : semblés l'accorder, accorder,^#.] autrement il resoudroit avant que de
connoitre assez. Je^#.]^#.] croy donc que le dilemme de la double explication que vous proposés
reçoit quelque milieu, ^#.[et In L1 nachträglich: et que la la^#.] liaison, que je conçois entre Adam et les evenemens humains est
intrinseque, ^#.[mais In L1 nachträglich: mais qu'elle elle^#.] n'est pas necessaire independemment des decrets libres de Dieu, parce
que les decrets libres de Dieu, pris comme possibles entrent dans la notion de l'Adam possible,
ces mêmes decrets devenus actuels estant la cause de l'Adam actuel. Je demeure d'accord avec
vous contre les Cartesiens que les possibles sont possibles ^#.[avant In A u. E3 : avant les tous les^#.] decrets de Dieu
actuels; mais ^#.[non In E3 : non pas sans sans^#.] supposer quelques fois les mêmes decrets pris comme possibles. Car
les possibilités des individuels ou des verités contingentes, enferment dans leur notion la
possibilité de leur causes, sçavoir des decrets libres de Dieu; en quoy elles sont differentes
^#.[des In L2 u. E3 : des possibilités des especes ou verités eternelles, qui verités eternelles ^#.[ou In A: ou possibilités des possibilités^#.] des especes qui^#.] dependent du seul entendement
de Dieu sans ^#.[en In L2 : en supposer la presupposer la^#.] volonté, comme je l'ay déja expliqué ^#.[cy In L1 nachträglich gestr.: cy dessus dessus^#.].
Cela pourroit suffire, mais à fin de me faire mieux entendre, j'adjouteray, que je ^#.[conçois In A u. E3 : conçois une
qu'il y avoit une^#.] infinité de manieres possibles de créer le Monde, selon les differens desseins
que Dieu pouvoit former; et que chaque monde possible depend de quelques desseins principaux
ou fins de Dieu, qui luy sont propres, c'est à dire de quelques decrets libres primitifs
(conçus sub ratione possibilitatis) ou Loix de l'ordre general ^#.[de In L2 : de cet univers possible au celuy des univers
possibles au^#.] quel elles conviennent, et dont elles determinent la notion, aussi bien que les
notions de toutes les substances individuelles qui doivent entrer dans ce même univers, tout
estant dans l'ordre, jusqu'aux ^#.[^#.[miracles, In L2 : miracles mêmes, quoyque ils soyent ^#', In E3 : miracles mêmes, quoyque quoyque^#.] ceuxcy soyent^#.] contraires à quelques
maximes subalternes ou loix ^#.[de In A: de nature. la nature.^#.] Ainsi tous les evenemens humains ne pouvoient
manquer d'arriver comme ils sont arrivés effectivement, supposé le choix d'Adam fait; mais
non pas tant à cause de la notion individuelle d'Adam, quoyque cette notion les enferme, mais à
cause des desseins de Dieu qui entrent aussi dans cette notion individuelle d'Adam, et qui
determinent celle de tout cet univers, et ensuite tant celle d'Adam, que celles de ^#.[toutes In E3 : toutes autres les
autres^#.] substances individuelles de cet univers. Chaque substance ^#.[individuelle In A u. E3 : individuelle enfermant tout exprimant
tout^#.] l'univers, dont elle est partie selon un certain rapport; par la connexion qu'il y a de toutes
choses à ^#.[cause In A: cause des liaisons des de la liaison des^#.] resolutions ou desseins de Dieu.
Je trouve que vous faites encor une autre objection, Monsieur, qui n'est pas prise des
consequences contraires en apparence à la liberté, comme l'objection que je viens de resoudre;
^#.[mais In L1 nachträglich: mais de qui est prise de^#.] la chose même et de l'idée que nous avons d'une substance individuelle.
Car, puisque j'ay l'idée d'une substance individuelle, c'est à dire celle de moy*, c'est là*
*qu'il vous paroist qu'on doit chercher ce qu'on doit dire d'une notion individuelle et non pas
dans la maniere dont Dieu conçoit les individus. Et comme je n'ay qu'à consulter la notion
specifique d'une sphere, pour juger que le nombre des pieds du diametre n'est pas determiné
par cette notion; de même (dites vous) *je trouve clairement dans la notion individuelle que j'ay
de Moy, que je seray moy, soit que je fasse ^#.[ou In L2~~ : ou ne fasse que je ne fasse^#.] pas le voyage que j'ay~~
~~projetté.
Pour y repondre distinctement, je demeure d'accord que la ^#.[connexion In L1 nachträglich: connexion des événemens, quoyqu'elle quoyqu'elle^#.] soit
certaine, n'est pas necessaire, et qu'il m'est libre de faire ou de ne pas faire ce voyage, car
quoyqu' il soit enfermé dans ma notion que je le feray; il y ^#.[est In E3 : est aussi enfermé aussi^#.] que je le feray
librement et il n'y a rien en moy de tout ce qui se peut concevoir sub ratione generalitatis seu
essentiae seu notionis specificae sive incompletae, dont on puisse ^#.[tirer In L1 nachträglich: tirer necessairement que que^#.] je le feray, au
lieu que de ce que je suis homme, on peut conclure que je suis capable de penser, et par
consequent si je ne fais ^#.[pas In A: pas le voyage, ce voyage,^#.] cela ne combattra aucune verité eternelle ou
necessaire.
Cependant puisqu'il est certain que je le feray, il faut bien qu'il y ait quelque connexion
entre moy, qui suis le sujet, et l'execution du voyage, qui est le predicat, semper enim notio
praedicati inest subjecto in propositione vera. Il y auroit donc une fausseté, si je ne le faisois
pas, qui detruiroit ma notion individuelle ou complete, ou ce que Dieu conçoit ou concevoit de
moy avant même que de resoudre de me créer. Car cette notion enveloppe sub ratione,
possibilitatis les existences ou verités de fait, ou decrets de Dieu, dont les faits dependent.
^#.[Mais In L1 nachträglich gestr.: Mais ... ma proposition. sans aller si loin s'il est certain qu'A est B, celui qui n'est pas B, n'est pas A non plus.
Donc si A signifie Moy, et B signifie celui qui fera ce voyage, on peut conclure que celui qui ne
fera pas ce voyage n'est pas moi; et cette conclusion se peut tirer de la seule certitude de mon
voyage futur, sans qu'il faille l'imputer ^#.[^#.[à In A u. E3 : à la proposition dont il s'agit. Je ma proposition.^#.]
Je^#.]^#.] demeure d'accord aussi que pour juger de la notion d'une substance individuelle, il
est bon de consulter celle que j'ay de moy même, comme il faut consulter la notion ^#.[specifique In
A u. E3 : specifique d'une sphere de la sphere^#.] pour juger de ses proprietés. Quoyqu'il y ait bien de la difference. Car la
notion de moy en particulier et de toute autre substance individuelle est infiniment plus étendue
et plus difficile à comprendre qu'une notion specifique comme est celle de la sphere, qui n'est
qu'incomplete, et n'enferme pas toutes les circomstances ^#.[necessaires In A u. E3 : necessaires pour en practique pour^#.]
venir à une certaine sphere. Ce n'est pas ^#.[assez, In L1 nachträglich: assez, pour entendre ce que c'est que Moy*, que que^#.] je me sente une substance qui pense, il*
*faudroit concevoir distinctement ce qui me discerne de tous les autres esprits possibles; mais je
n'en ay qu'une experience confuse. Cela fait que quoyqu'il soit aisé de juger que le nombre des
pieds du diametre n'est pas enfermé dans la notion de la sphere en general, il n'est pas si aisé de
juger certainement (quoyqu'on le puisse juger assez probablement), si le voyage que j'ay
dessein de faire est enfermé dans ma notion, autrement il seroit aussi aisé d'estre prophete, que
d'estre geometre. Cependant comme l'experience ne me sçauroit faire connoistre une infinité
de choses insensibles dans les corps, dont la consideration generale de la nature du corps et du
^#.[mouvement In A: mouvement ne peut me peut^#.] convaincre; de même quoyque l'experience ne me fasse pas sentir tout*
*ce qui est enfermé dans ma notion, je puis connoistre en general que tout ce qui m'appartient y
est enfermé par la consideration generale de la notion individuelle.
Certes puisque Dieu peut former et forme effectivement cette Notion ^#.[complete In L1 nachträglich: complete qui enferme ce qui suffit pour rendre dont on*
*peut rendre^#.] raison de tous les phenomenes qui m'arrivent, elle est donc possible, et c'est la
veritable notion complete de ce que j'appelle Moy*, en vertu de la quelle tous mes ^#.[predicats In A u. E3 : predicats m'arrivent comme
m'appartiennent comme^#.] à leur sujet. On pourroit donc le prouver tout de même sans faire
mention de Dieu, qu'autant qu'il In A: qu'il le faut [le] faut pour marquer ma dependance; mais on exprime plus
fortement cette verité en tirant la notion dont il s'agit de la connoissance divine comme de sa
source. J'avoue qu'il y a bien de choses dans la science divine que nous ne sçaurions comprendre,
mais il me semble qu'on n'a pas besoin de s'y enfoncer pour resoudre nostre question.
D'ailleurs ^#.[si In L1 nachträglich: si dans la vie de quelque personne, et même dans tout à l'egard de quelque personne et même de tout^#.] cet univers, quelque chose alloit
autrement qu'elle ne va, ^#.[rien In L1 nachträglich: rien nous empecheroit de ^#', In E3 : rien ne nous empeche de n'empeche de^#.] dire que ce seroit une autre personne, ^#.[ou In A u. E3 : ou un autre
autre^#.] univers possible que Dieu auroit choisi. Ce seroit donc veritablement un ^#.[autre. In L1 nachträglich: autre individu. Il Il^#.] faut
aussi qu'il y ait une raison a priori (independante de mon experience) [qui fasse qu'on] dit
veritablement que c'est moy qui ay esté à Paris, et que c'est encor moy, et non un autre qui suis
maintenant en Allemagne, [et par consequent il faut que la notion de moy lie ou comprenne ces]
differens estats. Autrement on pourroit dire que ce n'est pas le même individu, quoyqu'il
paroisse de l'estre. Et en effect quelques philosophes qui n'ont pas assez connu la nature de la
substance et des estres indivisibles ou Estres per se, ont crû que rien ne demeuroit veritablement
le même. Et c'est pour cela entre autres que je juge que les corps ne seroient pas des
substances, s'il n'y avoit en eux que de l'etendue.
Je croy, Monsieur, d'avoir maintenant satisfait aux difficultés, qui touchent la proposition
principale, mais comme Vous faites encore quelques remarques de consequence, sur quelques
expressions incidentes dont je m'estois servi, je tacheray de ^#.[m'expliquer. In L1 nachträglich: m'expliquer encor là dessus. J'avois J'avois^#.] dit que la
supposition de la quelle tous les evenemens humains se peuvent deduire, n'est pas celle de créer
un Adam vague, mais celle de créer un tel Adam determiné à ^#.[toutes In A: toutes les circomstances, ces circomstances,^#.]
choisi parmy une infinité d'Adams possibles. Sur quoy Vous faites deux remarques considerables
l'une contre la pluralité des Adams, et l'autre contre la realité des substances simplement
possibles. Quant au premier point vous dites avec grande raison qu'il est aussi peu possible de
concevoir plusieurs Adams possibles, prenant Adam pour une nature singuliere, que de concevoir
plusieurs Moy*. J'en demeure d'accord, mais aussi en parlant de plusieurs Adams, je ne*
*prenois pas Adam pour un individu determiné, mais pour quelque personne conceue *sub
ratione generalitatis*, sous des circomstances qui nous paroissent determiner Adam à un*
*individu, mais qui veritablement ne le determinent pas assez, comme lors qu'on entend par
Adam le premier homme que Dieu met dans un jardin de plaisir dont il sort par le peché et de la
coste de qui Dieu tire une femme ^#.[(car In L1 nachträglich gestr.: (car ... generalitatis) il ne faut pas nommer Eve, ny le paradis, en les prenant*
pour des individus determinés, autrement ce ne seroit plus sub ratione generalitatis)^#.] mais tout
*cela ne determine pas assez et il y auroit ainsi plusieurs Adams disjunctivement possibles, ou
plusieurs individus à qui tout cela conviendroit. Cela est vray quelque nombre fini de predicats
incapables de determiner tout le reste qu'on prenne, mais ce qui determine un certain Adam
doit enfermer absolument tous ses predicats, et c'est cette notion complete qui determine
rationem generalitatis ad individuum. Au reste je suis si éloigné de la ^#.[pluralité In A: pluralité du même d'un même^#.]*
*individu, que je suis même tres persuadé de ce que S. Thomas avoit deja enseigné à l'egard des
intelligences, et que je tiens estre general, sçavoir qu'il n'est pas possible qu'il y ait deux
individus entierement semblables ou differens solo numero.
*Quant à ^#.[la In E3 : la verité des realité des^#.] *substances purement possibles c'est à dire que Dieu ne pas
créera jamais*, Vous dites Monsieur: d'estre fort porté à croire que ce sont des chimeres à quoy*
*je ne m'oppose pas, si vous l'entendés (comme je croy) qu'ils n'ont point d'autre realité que
celle qu'ils ont dans l'entendement divin, et dans la ^#.[puissance In E3 : puissance de active de^#.] Dieu. Cependant*
*vous voyés par là, Monsieur, qu'on est obligé de recourir à la science et puissance divine pour
les bien expliquer. Je trouve aussi fort solide ce que vous dites ensuite, *qu'on ne conçoit jamais
aucune substance purement possible, que sous l'idée de ^#.[quelqu'une* In E3 : quelqu'une de (ou par les idées comprises*
*dans quelqu'une) de^#.] celles que Dieu a creées. Vous dites aussi: *Nous nous imaginons
^#.[qu'avant In A: qu'avant de que de^#.] créer le monde Dieu a envisagé une infinité de choses possibles, dont il a
choisi les unes et rebuté les autres: plusieurs Adams* (premiers hommes) *possibles chacun avec
une grande suite de personnes et d'evenemens, avec qui il a une liaison intrinseque: Et nous
supposons que la liaison de toutes ces autres choses avec un de ces Adams* (premiers hommes)*
**possibles est toute semblable à celle qu'a eu l'Adam creé avec toute sa posterité, ce qui nous
fait penser que c'est celuy là de tous les Adams possibles que Dieu a choisi, et qu'il n'a point
voulu de tous les autres*. En quoy vous semblés reconnoistre, Monsieur, que ces pensées que*
*j'avoue pour miennes (pourveu qu'on entende la pluralité des Adams et leur possibilité selon
l'explication que j'ay donnée, et qu'on prenne tout cela selon nostre maniere de concevoir
quelque ordre dans les pensées ou operations que nous attribuons à Dieu), entrent assez
naturellement dans l'esprit, quand on pense un peu à cette matiere, et même ne sçauroient estre
evitées et peutestre ne vous ont deplue que parceque vous avés supposé, qu'on ^#.[ne In A, E1 u. E3 : ne pouvoit pas les concilier avec pourroit*
*pas concilier la liaison intrinseque qu'il y a avec^#.] les decrets libres de Dieu. Tout ce qui est
actuel peut estre conçu comme possible ^#.[et In E3 : et si ... possible Auslassung des Schreibers et si l'Adam actuel aura avec le temps ^#.[une In A: une belle posterité, telle*
*posterité,^#.] on ne sçauroit nier ce même predicat à cet Adam conçu comme possible,^#.] d'autant
plus que vous accordés que Dieu envisage en luy tous ces predicats, lors qu'il determine de le
créer. Ils luy appartiennent donc. Et je ne voy pas, que ce que vous dites de la realité des
possibles y soit contraire. Pour appeller quelque chose possible ce m'est assez qu'on en puisse
former une notion, quand elle ne seroit que dans l'entendement divin, qui est pour ainsi dire le
pays des realités possibles. Ainsi en parlant des possibles, je me contente qu'on en puisse
former des propositions veritables, comme l'on peut juger par exemple qu'un quarré parfait
n'implique point de contradiction, ^#.[quand In A: quand il mêmes il^#.] n'y auroit point de quarré parfait au*
monde. Et si on vouloit rejetter absolument les purs possibles, on détruiroit la ^#.[contingence, In E3 : contingence de la liberté, et
la liberté,^#.] car s'il n'y avoit rien de possible que ce que ^#.[Dieu In L1 nachträglich: Dieu crée a crée^#.] effectivement, ce que
*Dieu crée seroit necessaire, et Dieu voulant créer quelque chose ne pourroit créer que cela seul,
sans avoir la liberté du choix.
Tout cela me fait esperer (: après les explications que j'ay données et dont j'ay tousjours
apporté des raisons à fin de vous faire juger, que ce ne sont pas des fauxfuyans, controuvés pour
eluder vos objections :), qu'au bout du compte vos pensées ne ^#.[se In A u. E3 : se trouvent pas trouveront pas^#.] si eloignées*
des miennes, qu'elles ont paru d'abord ^#.[de In L1 nachträglich gestr.: de l'estre l'estre.^#.] Vous ^#.[approuvés In L1 nachträglich: approuvés Monsieur, la la^#.] liaison des resolutions
*de Dieu; vous reconnoissés ma proposition principale pour certaine dans le sens que je
luy avois donné dans ma reponse; vous aviés douté seulement si je faisois la liaison independante
des ^#.[decrets In A u. E3 : decrets libres de de^#.] Dieu, et cela vous avoit fait de la peine avec grande raison, mais j'ay*
*fait voir qu'elle depend de ces decrets selon moy, et qu'elle n'est pas necessaire quoyqu'elle
soit intrinseque. Vous avés insisté sur l'inconvenient qu'il y auroit de dire que si je ne fais pas le
voyage que je dois faire, je ne seray pas moy, et j'ay expliqué comment on le peut dire ou non.
Enfin j'ay donné une raison decisive, qui à mon avis tient lieu de demonstration, c'est que
tousjours dans toute proposition affirmative veritable, necessaire ou contingente, universelle ou
singuliere la notion du predicat est comprise en quelque façon dans celle du sujet, *praedicatum
inest subjecto*, ou bien je ne ^#.[sçay In E3 : sçay ce pas ce^#.] que c'est que la verité.
Or je ne demande pas d'avantage de liaison icy que celle qui se trouve a parte rei entre les
*termes d'une proposition veritable, et ce n'est que dans ce sens que je dis que la notion de la
substance individuelle enferme ^#.[tous In A u. E3 : tous les evenemens ses evenemens^#.] et toutes ses denominations, même*
celles qu'on appelle vulgairement extrinseques (c'est à dire qui ne ^#.[luy In E3 : luy appartient qu'en appartiennent qu'en^#.]
*vertu de la connexion generale des choses et de ce qu'elle ~~exprime tout l'univers à sa
maniere*), puisqu'il faut tousjours qu'il y ait quelque fondement de la connexion
des termes ^#.[d'une In A u. E3 : d'une possibilité qui proposition, qui^#.] se doit trouver dans leurs
~~notions.* C'est là mon grand principe dont je croy que tous les philosophes doivent demeurer*
d'accord et dont un des corollaires est cet axiome vulgaire, que ^#.[rien In E3 : rien sans n'arrive sans^#.] raison,
*qu'on peut tousjours rendre pourquoy la chose est plustost allé ainsi qu'autrement, bien que
cette raison incline souvent ^#.[sans In E3 : sans necessité, une necessiter, une^#.] parfaite indifference estant une supposition*
chimerique ou incomplete. On voit que du principe ^#.[susdit In A u. E3 : susdit qui est si manifeste, je je^#.] tire des consequences qui
*surprennent, mais ce n'est que parce qu'on n'a pas accoutumé de poursuivre assez les connoissances
les plus claires.
Au reste la proposition qui a esté l'occasion de toute cette discussion, est tres importante,
et merite d'estre bien establie, car il s'ensuit que toute substance individuelle exprime l'univers
tout entier à sa maniere et sous un certain rapport, ou pour ainsi dire suivant le point de veue
dont elle le regarde; «et que son estat suivant» est une suite (quoyque ^#.[libre, In A: libre, et bien ou bien^#.]*
*contingente) de son estat precedant, comme s'il n'y avoit que Dieu et elle au monde: ainsi
chaque substance individuelle ou estre complet, est comme un monde à part, independant de
toute autre chose que de Dieu. Il n'y a rien de si fort pour demonstrer non seulement
l'indestructibilité de nostre ame, mais même qu'elle garde tousjours en sa nature les traces de
tous ses estats precedens avec un souvenir ^#.[virtuel, In A u. E3 : virtuel, indépendant du corps, qui qui^#.] peut tousjours estre excité, puisqu'elle*
*a de la conscience, ou connoist en elle même, ce que chacun appelle: moy. Ce qui la~~
~~rend susceptible des qualités morales et de chastiment et recompense même après cette vie. Car
l'immortalité sans le ^#.[souvenir In L1 nachträglich: souvenir ne serviroit n'y serviroit^#.] de rien. Mais cette independance n'empeche pas*
*le commerce des substances entre elles. Car comme toutes les substances creées sont une
production continuelle du même souverain estre selon les mêmes desseins, et expriment le
même univers ou les mêmes phenomenes, elles s'entraccordent exactement, et cela nous fait
dire que l'une agit sur l'autre, parceque l'une exprime plus distinctement que l'autre la cause
^#.[ou In E3 : ou la raison raison^#.] des changemens, à peu près comme nous attribuons le mouvement plustost au*
*vaisseau qu'à toute la mer, et cela avec raison, bien que parlant abstraitement, on pourroit
soutenir une autre hypothese du mouvement, le mouvement en luy même et faisant abstraction
de la cause estant tousjours quelque chose de relatif. C'est ainsi qu'il faut entendre à mon avis
le commerce des substances créées entre elles, et non pas d'une influence ou dépendance réelle
physique, qu'on ne sçauroit jamais concevoir distinctement. ^&!j(+1)
C'est pourquoy quand il s'agit de l'union de l'ame et du corps, et de l'action ou passion
d'un esprit à l'egard d'une autre creature, plusieurs ont esté obligés de demeurer d'accord que
leur ^#.[commerce In A u. E3 : commerce physique immediat immediat^#.] ^#.[est In E3 : est inconvenable. Cependant inconcevable. Cependant^#.] l'Hypothese des causes occasionnelles*
*ne satisfait pas ce me semble, à un philosophe. Car elle introduit une maniere de
miracle continuel, comme si Dieu à tout moment changeoit les loix des corps à l'occasion des
pensées des esprits, ou changeoit le cours regulier des pensées de l'ame en ^#.[y In E3 : y incitant d'autres excitant*
d'autres^#.] pensées à l'occasion des ^#.[mouvemens In E3 : mouvemens du corps; des corps;^#.] et generalement comme si Dieu
*s'en méloit autrement pour l'ordinaire qu'en conservant chaque substance dans son train et
dans les loix établies pour elle. Il n'y a donc que ~~l'Hypothese de la concomitance, ou
de l'accord des substances entre elles*, qui explique tout d'une ^#.[maniere In E3 : maniere convenable, et concevable,
et^#.] digne de Dieu, et qui même est demonstrative et inevitable à mon avis, selon la
proposition que nous venons d'etablir. Il me semble aussi qu'elle s'accorde bien d'avantage
avec la liberté des creatures raisonnables, que ~~l'hypothese des impressions ou celle
des causes occasionnelles.* Dieu a creé d'abord l'ame de telle sorte que pour l'ordinaire*
*il n'a pas besoin de ces changemens; et ce qui arrive à l'ame luy nait de son propre fonds, sans
qu'elle se doive accommoder au corps dans la suite, non plus que le corps à l'ame; chacun
suivant ses loix, et l'un agissant librement, l'autre sans choix, se rencontre l'un avec l'autre
dans les mêmes phenomenes. L'ame cependant ne laisse pas d'estre la ^#.[forme In E3 : forme du corps; de son corps,^#.]*
*parce qu'elle exprime les phenomenes de tous les autres corps suivant le rapport au sien.
On sera peut estre plus surpris, que je nie l'action ^#.[immédiate In L1 nachträglich gestr.: immédiate physique physique^#.] d'une substance*
*corporelle sur l'autre, qui semble pourtant si claire. Mais outre que d'autres l'ont déja
fait; il faut considerer que c'est plustost un jeu de l'imagination, qu'une conception distincte. Si
le corps est une substance, et non pas un simple phenomene comme l'arc en ciel, ny un estre uni
par accident ou par aggregation, comme un tas de pierres, il ne sçauroit consister dans
l'etendue, et il y faut necessairement concevoir quelque chose, qu'on appelle forme substantielle,
et qui repond en quelque façon ^#.[à In A u. E3 : à ce qu'on appelle l'ame. l'ame.^#.] J'en ay esté enfin convaincu comme malgré*
*moy, après en avoir esté assez eloigné autres fois. Cependant quelque approbateur des Scholastiques
que je sois dans cette explication generale et pour ainsi dire metaphysique des
principes des corps, je suis aussi corpusculaire ^#.[qu'on In E3 : qu'on ne sçauroit le sçauroit^#.] estre dans l'explication des*
*phenomenes particuliers, et ce n'est rien dire que d'y alleguer les formes ou les qualités. Il faut
tousjours expliquer la ^#.[nature In E3 : nature metaphysiquement et mathematiquement et^#.] mecaniquement, pourveu qu'on sçache*
*que les principes mêmes ou les loix de mecanique ou de la force ne dependent pas de la seule
étendue mathematique, mais de quelques raisons metaphysiques.
Après tout cela je croy que maintenant les propositions contenues dans l'abregé, qui vous
a esté envoyé, Monsieur, paroistront non seulement plus intelligibles, mais peutestre encor plus
solides et plus importantes, qu'on n'avoit pû juger d'abord.
Die Abfertigung schloß Leibniz, wie aus A und E3 zu ersehen ist, mit dem folgenden Absatz:
*Dans le XVII. article de cet Abregé, il y est fait
mention de la difference qu'il y a entre la force et la
quantité de mouvement que M. Descartes et bien d'autres
ont pris pour une chose equivalente, en soutenant
que Dieu conserve toujours la même quantité de mouvement,
et que les forces sont *in ratione composita
celeritatum et corporum;* ce que ^#.[j'ai In E3 : j'ai jugé estre trouvé estre^#.]*
*faux comme vous pourrez juger, Mr, par le petit
imprimé ci joint, que MM. de Leipsic ont inseré dans
leur Acta Eruditorum. Cette remarque est de consequence,*
*tant en theorie qu'en pratique; et on trouvera
generalement que le double de la vitesse ^#.[d'un In E3 : d'un corps, même*
*corps,^#.] peut faire un effet quadruple, ou élever une
même pesanteur à une hauteur quadruple. Or c'est par
la quantité de l'effet qu'il faut mesurer la force; et si
nous supposons que Dieu transferat toute la force du corps A, acquis[e] par la descente D au*
*corps B il lui donneroit la force de monter de F jusqu'en E par la construction expliquée dans
l'imprimé et la figure qui y est jointe. Mais par là la quantité du mouvement sera doublée, et par
consequent Dieu conservant la force, ne conservera pas dans ce cas, la même quantité du
mouvement, mais l'augmentera jusqu'au double. Mais il est temps de finir cette lettre dejà trop
longue, après avoir temoigné avec sincerité que je me tiendrai toujours fort honoré des
moindres marques de vostre bienveillance, et que je serai toujours avec une très ardente
passion, et une très haute estime,
Mr vostre tres humble et très obeissant serviteur Leibniz