Series II Band 2 · No. 110.

LEIBNIZ AN MICHEL ANGELO FARDELLA

[Hannover, Ende April 1691.] [109.116.]

Latin

[L]

Monsieur

Je vous remercie du soin que vous avés pris touchant le Diplome que je souhaitte. Je vous en ay donné une plus ample information par ma precedente; je ne manqueray pas de faire connoistre à Monseigneur le Duc, l'assistance favorable de Mons. le Marquis Montecuccoli.

J'ay repondu aussi touchant ce que j'espere de pouvoir contribuer à vostre dessein, et j'en pourray écrire d'avantage avec le temps.

Touchant vos deux sentimens sur la liberté, et sur la fecondité des ames sur les quels vous demandés mon petit jugement, je vous avoue que ce sont des matieres bien hautes et bien difficiles, et qu'il faudroit une longue meditation, pour s'expliquer là dessus.

Je tiens que le vray moyen de finir ces controverses seroit de donner des bonnes definitions des termes, sans les quelles il est difficile d'en venir à bout. Cependant c'est ce qui manque le plus en philosophie.

Vous dites que la volonté n'agit librement, que lors qu'elle n'est determinée que de son vouloir ou plaisir, dal suo così voglio, così mi piace. Mais lorsque vous aurés examiné la definition du vouloir et du plaisir, vous trouverés sans doute qu'ils enveloppent quelques causes, comme tous les autres estres créés. Le plaisir vient du sentiment ou de la memoire. Et j'ay du penchant à croire que la parfaite indifference ne se trouve jamais dans la nature. Il y a tousjours un penchant qui incline la volonté, quoyqu'il ne la necessite pas; car pour qu'une chose soit necessaire, il faut que le contraire implique contradiction. Si vous croyés, qu'il y a une parfaite indifference, tachés de la prouver par un argument in forma. Au moins m'avouerés vous qu'elle est bien rare, et qu'ordinairement tout mis ensemble, raisons et passions, on suit le parti dont la balance se trouve plus chargée. Si ce qui arrive ordinairement, arrivoit tousjours, quel mal y auroit il? Pour ne pas s'envelopper en d'equivoques, il faudroit reduire vostre sentiment à certaines theses. Il me semble que selon vous il n'y a point de prescience, cependant cela paroist contraire à l'écriture et à la raison; et de tous les Theologiens, il n'y a gueres que les Sociniens, qui soyent de ce sentiment. Il faudroit avoir des preuves bien fortes pour choquer une doctrine si autorisée. Cependant je n'en remarque aucune dans vostre lettre. Car on vous niera cette consequence: Si Dieu prevoit tout, donc tout ce qui arrive est necessaire. Prenés donc garde, Monsieur, que vous ne donniés dans certains sentimens plus tost par inclination, et par un così voglio, que par raison.

A l'egard de la Traduction et fecondité des ames toute la raison que vous allegués, Monsieur, est que l'ame estant une chose si noble, ne doit pas estre sterile, et se doit redoubler. Ce[s] mots sont bien obscurs et metaphoriques. Elle est sterile, et ne l'est pas selon que vous le prenés; et à proprement parler rien ne se peut redoubler, car si A se redouble produisant B, voulés vous que B ait esté auparavant une partie d'A ou bien A l'at-il tiré de rien, et comment? Selon le sentiment le plus commun parmy les modernes, et le plus raisonnable à mon avis, aucune substance nouvelle n'est engendrée ny corrompue; et ne sçauroit commencer ou finir que par creation ou annihilation. Et la production nouvelle des substances estant propre au seul createur, je ne voy pas que l'ame soit moins noble, pour n'avoir pas un talent, qui paroist impossible, et qui est sans exemple dans toute la nature creée. Cependant je croy que la Traduction des ames est plus tost contraire à la raison qu'à la foy, [et] qu'il est permis de la soûtenir.

La connoissance que j'ay de vostre penetration et de vostre sincerité me fait parler si librement. Il m'est souvent arrivé d'avoir esté prevenu par certains systemes, mais le temps m'ayant donné des considerations plus meures me les a fait abandonner. Je donnois moy même dans la traduction, mais depuis que je m'attache rigoureusement à expliquer mes termes d'une maniere mathematique, je suis revenu de bien des choses. Vous [bricht ab]

[l]

Extrait de Ma lettre au P. F.

Je vous avoue sincerement, qu'autant que je puis juger par vôtre lettre vos deux sentimens touchant l'indifference et touchant la fecondité des ames ne s'accordent pas entierement avec mes opinions.

Sed non ideo tuas sententias sperno, aut improbo; hoc unum dicere possum, non satis a me intelligi neque satis a Te vel explicari vel firmari rationibus. Quod enim ais animam nostram agere, quia ita placet ipsi, neque ego nego; sed tamen placendi causas adesse puto vel ab affectu vel a ratione, et nescio an unquam eligat anima, cum in mero est puroque indifferentiae statu. Qui mihi sine exemplo pariter ac sine ratione esse videtur. Videris praescientiam negare, ideo, quia inde sequatur necessitas. Sed nescio an tutum sit sine magnis rationibus (quales nondum vidi) opponere sese doctrinae ab omnibus Theologis exceptis fere Socinianis receptae. Nam necessitatem rebus a praescientia imponi non conceditur, nec demonstratum est, quantum ego sciam. Deus Pater verbum non gignit libere sed necessitate naturae, non enim gignit quia bonum judicat, sed ante omne decretum. Sed beati libere serviunt Deo, quia id bonum esse sciunt. Tanto liberior anima Deoque similior est, quanto magis res cognoscit magisque cum ratione operatur: Fateor animam omnibus cognitis posse rejicere, quod rationi consentaneum est; sed hoc nunquam facit, nisi quando fortiores quaedam inclinationes ab affectibus, id est a confusis perceptionibus natae, lancem inclinant. Idque imperfectionis nostrae nota est. Si quis autem dicat se quod melius est cognitis licet rationibus rejicere, ideo tantum ut libertatem exerceat, is eo ipso ostendit sibi nunc certas quasdam ob causas melius et magis rationi consentaneum videri rationes praecedentes rejicere, cum ipsa libertatis ostentatio nunc rationes suas graviores habere judicetur, vel saltem ab affectu quodam velut ambitionis aut pertinaciae, similive alia causa proficiscatur. Vellem igitur argumentis distincte explicatis ostendas: (1) praedeterminationem pugnare cum libertate. (2) praescientiam ipsam cum ea pugnare. (3) dari usquam perfectam indifferentiam, imo (4) dari casum, ubi homines eligant id ad quod a rationibus passionibusque omnibus simul sumtis, minus inclinantur; adeoque ubi non tantum sunt indifferentes sed etiam contratendentes. Quaeris quomodo contingens dici possit, quod praevisum et praedeterminatum est. Verum ego propositionem contingentem appello, quae necessaria non est, seu cujus contrarium non implicat contradictionem. Itaque etsi Deus praevideat Petrum peccaturum et decreverit permittere ejus peccatum, non ideo minus haec propositio: Petrus peccat, est manetque contingens, h.e. indemonstrabilis ex terminis. Et actus liber mihi videtur omnis actus contingens, spontaneus, deliberatus. Am Rande der ersten Seite: Notio libertatis Scholastica ab indifferentia sumta ut anima agat sine ullo in alterutram partem inclinante veteribus Philosophis et Patribus fuit incognita. Interim fateor animam sponte agere, s[ive] principium agendi esse in ipsa.

Traducem fidei contrarium esse non puto, et Augustinus quoque ab eo non fuit alienus, sed ut verum fatear, non satis intelligo, quomodo a Te concipiatur. Cum anima A tibi producit animam B, putasne B antea fuisse partem ipsius A, an vero factam ex nihilo? Si prius, non est producta, sed tantum separata; si posterius, sequitur animam A habere facultatem creandi. Multi Viri doctissimi sentiunt novam substantiam nisi creatione oriri non posse, nec sine annihilatione destrui, et quae nobis oriri aut occidere dicuntur, ea tantum componi aut dissolvi. Itaque si anima animam producere non possit, nihil ideo nobilitati ejus decedet, quandoquidem talis productio in creaturam non cadit. Sed fortasse non satis percepi mentem tuam, et fieri potest ut verbis magis quam re dissentiamus, quod tum optime intelligam, cum me scire patieris doctrinae tuae rationes.