Series II Band 1 · No. 228.
LEIBNIZ AN DEN LANDGRAFEN ERNST VON HESSEN-RHEINFELS
[Hannover, Anfang 1681.] [239.]
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[ ... ] La Harangue du R.P. Oliva, general de l'ordre, que V.A. [a] eu la bonté de me communiquer, m'a plû extremement: elle est en même temps delicate et forte. En un mot elle est d'un grand homme. Mais pour parler du fait, dont il s'agit, je croy, que Messieurs de Beryte et d'[Eliopolis] ont excedé un peu de leur costé aussi bien que les Jesuites, à qui il me semble qu'il faut pardonner, s'ils ont fait difficulté de reconnoistre ces Messieurs là, d'autant qu'il est extremement rude, que des nouveaux venus jouissent des travaux d'autruy, et n'ayant rien contribué à la culture de la terre, pretendent d'enlever tout l'honneur de la recolte. De l'autre costé il y a pourtant des raisons de croire, que les Jesuites des Indes ne sont pas tout à fait exemts de tout ce qu'on leur impose. On sçait les plaintes, qui furent faites contre eux par ce sçavant Prelat des Philippines Juan de Palafox. On voit en Europe qu'il y en a souvent entre eux, qui sont pleins de petites finesses, qui ne seroient pas approuvées parmy les honnestes gens du grand monde. Je croy, que leur enseignemens d'école et leurs livres de morale contribuent beaucoup à gaster l'esprit des novices, et de leurs jeunes gens. Car la maniere de philosopher des écoles et ces disputes publiques, qui tendent plustost à se [surprendre], qu'à apprendre la verité, rendent les gens contentieux, et pleins de petites subtilités; et les livres de morale, qui tournent la pieté en scholastique, font perdre de veue le grand but de la charité qui seule doit regler nos actions. Et comme ces personnes accoustumées au style de l'école lisent peu les Peres et les autres auteurs, qui parlent d'une maniere plus noble et plus naturelle, il ne faut pas s'étonner, que leurs manieres de raisonner sont si éloignées de celles de toute l'antiquité sacrée et profane. Et on peut dire, que la morale des offices de Ciceron est bien plus droite, et va mieux au bien que celle de quelques uns de ces auteurs. Mais comme le monde se defait peu à peu de ces prejugés et façons d'école, je m'étonne fort, que leurs Superieurs, qui sont ordinairement des personnes eclairées, ne voyent pas, ou ne considerent pas assez le tort qu'ils se font, s'ils veuillent estre les derniers à devenir raisonnables et libres. Car, par exemple, après avoir resisté avec tant d'éclat et d'animosité à Copernic, à Galilei, à des Cartes et à d'autres novateurs, je voy, qu'ils commencent peu à peu à se rendre. Mais cela ne se fait que peu à peu, et il n'y a que les plus habiles qui ouvrent la bouche. Mais de cette façon ils n'en auront point d'honneur, et l'ordre perd beaucoup de sa reputation. Au lieu qu'ils auroient pû estre eux mêmes chefs et fondateurs d'une philosophie digne de ce siecle éclairé, et resuscitateurs d'une morale practique, digne du siecle d'or de la primitive église et des vrais disciples de Jesus; le tout sans faire tort à leur religion et maximes. Je me souviens, que je fis une fois un projet, pour monstrer, comment un ordre tel que le leur (en effect je ne voy pas de plus propre) pourroit rendre un tres grand service au genre humain, en se portant veritablement à cultiver l'esprit et la volonté de l'homme, par des raisonnemens demonstratifs, des experiences curieuses et des découvertes importantes; tournant tousjours tout au grand but de la gloire de Dieu, et y joignant une veritable practique de la charité, et entre eux, et envers les autres. Comme ils ont en main l'institution de la jeunesse, ils rendroient leurs disciples propres à servir Dieu et le prochain, et pour eux ils passeroient pour maistres du genre humain, et seroient l'object de la veneration de toutes les nations et de toutes les sectes. Mais il faudroit avoir en même temps un peu plus de soin des pauvres et des malades, et il leur faudroit imiter leur fondateur, qui fit reussir ses desseins à Rome par des actes d'une charité fort éclatante. Je montray ce project à quelques Jesuites eclairés et bien intentionnés, qui m'avouerent, que l'execution en seroit possible et d'une utilité merveilleuse. Mais ils me firent connoistre en même temps, que les Superieurs quelques bien intentionnés et éclairés qu'ils pourroient estre, auroient des grandes difficultés à surmonter, s'ils vouloient porter les choses un peu plus loin qu'à l'ordinaire.
J'avois adjouté en même temps le projet d'une nouvelle philosophie, qui auroit effacé absolument celle de des Cartes, qui fait si grand tort aux Escoles. Car la philosophie de des Cartes est encor assez chimerique; quoyqu'elle aye quelque chose de beau. Mais un ordre, comme le leur, qui a tant de grands hommes, excellens en toute sorte de sçiences, les faisant travailler de concert, pourroit establir des propositions aussi asseurées que celles des Elemens d'Euclide, qui seroient veritablement utiles dans la practique des arts, et qui ne periroient jamais. Ce projet parut si plausible, que quelques Jesuites me promirent de faire sous main en sorte que cela pourroit estre veu de leurs Superieurs, comme une curiosité jolie; mais je ne sçay s'ils l'ont fait. Cependant je voudrois pouvoir apprendre quel jugement des grands hommes tels que le P. Oliva, en auroient pû faire. [ ... ]
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A l'egard du Jansenisme, je trouve que quelques uns de leurs Antagonistes poussent l'affaire trop loin, non seulement en persecutant et décriant ceux qu'ils font passer pour Jansenistes, mais encor en tirant des consequences sur des points de doctrine ou plustost de philosophie, qui sont absolument fausses et mêmes contraires au bon sens. Par exemple, ils nous veuillent faire accroire qu'il y a une certaine liberté qui consiste dans une telle indifference, que la volonté se peut determiner sur l'un ou l'autre des contradictoires sans aucun motif veritable ny apparent, interne ny externe, c'est à dire qu'il y a quelque effect sans cause. Sur de telles chimeres absolument impossibles et inconnues à toute antiquité sacrée et profane, plusieurs bastissent leur systeme de la liberté et de la grace. Il n'y a que des gens d'école, ou qui se sont gastés par la scholastique maltournée, qui puissent s'aviser de telles choses; dont le temps desabusera le monde raisonnable, mais cela tourne tousjours à la confusion de ceux qui s'opiniastrent à soûtenir de telles chimeres. Apropos des Jansenistes on me manda de France il y a deux ans, que Messieurs Arnaud (que j'ay eu l'honneur de connoistre particulierement) et Nicole estoient disparus en quelque façon, et qu'on ne sçavoit où ils s'estoient retirés. Je n'en ay rien sçû dépuis. [ ... ]