Leibniz an des Billettes
Gilles Filleau des Billettes (gest. 1724) war ein ausgezeichneter Mechaniker und als solcher Pensionär der Akademie der Wissenschaften in Paris, für welche er Beschreibungen von Künsten und vielen Handwerken lieferte. In Folge dessen stand er mit den Männern der Wissenschaft und hochgestellten Persönlichkeiten in Berührung, unter andern war er mit Pascal befreundet1. Leibniz hatte die Bekanntschaft desselben während seines Aufenthaltes in Paris gemacht; er bezeichnet ihn einmal »qui est un de mes plus anciens amis de France«.
Die Briefe Leibnizens an des Billettes sind insofern interessant, als er ihm Mittheilungen über seine Philosophie auf gewissermaßen populäre Weise macht. Er bekennt, daß er nicht ein vollständiges philosophisches System aufzustellen beabsichtige, und keineswegs alles das erklären will, was andere wollen. Er habe, bemerkt er weiter, mit den Principien begonnen; in der Natur vollzieht sich alles nach mechanischen Gesetzen, welche durch wirkende Ursachen (causes efficientes) erklärt werden können; zugleich aber ist Wirkung dieser Gesetze auf Endursachen (causes finales) gerichtet. Beides ist nicht von einander zu trennen und ist in dem Schöpfer aller Dinge vereinigt. Dies ist der Ausgangspunkt seiner Philosophie, die Leibniz in dem ersten Schreiben weiter entwickelt.
[Leibniz an des Billettes.] 1.
4/14 Decembr. 1696.
Vostre santé et vostre bon estat, Monsieur, dont le principal est la santé, m’a fort rejoui. Je suis bien aise aussi qu’on peut aller à la Trappe, sans y perdre la belle curiosité et sans prendre ce degoust des choses terrestres qui ne peut estre bon qu’à certaines gens. La gazette m’a deja appris la mort de M. le Duc de Roannez dont je suis faché. Vous dites, Monsieur, que ce Duc estoit allé en champagne à cause des travaux de vostre navigation. Ayés la bonté de me dire ce que c’est que cela, et continués de grace de m’apprendre des Histoires qui ont du rapport aux sciences comme vous avés commencé. Imaginés vous, que je sois à Paris, ayant l’honneur de vous voir comme autresfois au Fauxbourg S. Jaques dont les rendés-vous ont paru depuis de contrebande. Je vous remercie bien fort de ce que vous me dites de M. Dalesme, auteur des tuyaux à vent pour porter les forces à une grande distance, item de l’histoire de l’estimation des partis du jeu, où vous avés oublié de me dire le nom de ce gentilhomme Poitevin, grand joueur, qui s’avisa de cette pensée mathematique. En effect la pluspart des jeux pourroient donner occasion à des pensées solides, et je souhaiterois les veues de ce Poitevin à d’autres joueurs. Un petit discours de M. Hugens, de Ludo Aleae (le même apparemment que celuy qu’il vous avoit donné) se trouve imprimé dans les Exercitations de Franciscus Schootenius; c’est un ouvrage separé de son Commentaire sur la Geometrie de des Cartes.
Mon systeme dont vous estes curieux, Monsieur, de sçavoir des nouvelles, n’est pas un corps complet de Philosophie et je n’y pretends nullement de rendre raison de tout ce que d’autres ont pretendu d’expliquer. Il faut aller par degrés pour aller à pas seurs. Je commence par les principes, et j’espere de pouvoir satisfaire à la pluspart des doutes semblables à ceux qui ont embarassé feu M. Bernier. Je crois qu’effectivement tout se fait mecaniquement dans la nature et se peut expliquer par causes efficientes, mais qu’aussi en même temps tout se fait moralement pour ainsi dire, et se peut expliquer par causes finales. Et que ces deux Regnes, le moral des esprits et ames, et le mecanique des corps se penetrent et s’accordent parfaitement par le moyen de l’auteur des choses qui est en même temps le premier efficient et la dernière fin. Je pretends donc, comme il n’y a point de vuide dans les corps, qu’il n’y en a pas non plus dans les ames, c’est à dire qu’il y a des ames par tout, et que les ames qui existent une fois ne sçauroient perir. Les corps sont des multitudes et les ames sont des unités, mais des unités qui expriment ou representent la multitude en elles. Toute ame est un miroir du monde tout entier, suivant son point de veue. Mais les Esprits sont les ames du premier ordre ou du genre supreme qui ne representent pas seulement le monde, mais qui representent encor Dieu dans le monde. Ainsi non seulement ils sont immortels, mais ils conservent tousjours les qualités morales comme citoyens de la Republique de l’univers, à laquelle rien ne manque, puisque c’est Dieu qui la gouverne. Mon explication de l’union de l’ame et du corps se trouve dans le 38 Journal des Scavans de cette année.
Mais je viens, Monsieur, aux points que vous touchés. Quant à la pesanteur, Mons. Newton nous a appris une proportion dont je sçavois pourtant déja quelque chose; c’est que les planetes font voir que les pesanteurs ou attractions s’y font en raison reciproque quarrée des distances. C’est à dire un corps pesant, triplement eloigné du centre d’attraction, n’aura qu’un neuvième de pesanteur. Or je trouve que cela s’accorde avec l’action des rayons de la lumiere, car encor un fluide mince mais solide, s’eloignant du centre, formera comme des rayons d’emission. Cela s’accorde aussi avec l’eloignement du centre par la tangente, qui Kepler a appliqué le premier à la pesanteur, en quoy M. des Cartes l’a suivi. Mais le seul conatus instantané de la force centrifugue ne suffit pas pour former soit lumiere ou pesanteur comme M. des Cartes a cru: il faut qu’il en naisse un veritable mouvement d’emission, et comme un vent qui souffle et qui demande du temps. Or l’emission d’un fluide plus massif ou plus serré fait necessairement l’attraction des corps qui le sont moins. Quant à la lumiere, je croy qu’il y a une explosion dans le lumineux, comme s’il se dechargeoit continuellement une infinité d’arquebuses à vent. Je tiens aussi que tous les corps sensibles sont merveilleusement percés à jour et donnent plus de passage qu’on ne s’imagine; mais quand ces passages sont irreguliers comme lorsque les corps sont trop epais ou trop melangés, ils deviennent opaques de transparens qu’ils sont. Je m’imagine que tout est continu aussi bien que contigu, c’est à dire qu’ils different en degré et en apparence; tout le monde est comme un étang de matiere dans lequel il y a des differens flots et ondes. Pour ce qui est de la sensibilité
de la matiere, j’ai deja parlé des ames qu’il y a partout, et je croy que ce n’est pas proprement la matiere qui est sensible, puisqu’elle n’est autre chose qu’un amas de substances, et non pas une substance; mais que c’est la substance corporelle qui a tousjours quelque chose d’analogique au sentiment et à la vie, estant pourveue d’une matiere organique, aussi bien que d’une ame ou forme si vous voulés.
L’action de la percussion ne vient que du ressort, dont l’operation ne vient que de ce que le mouvement de l’ambient est troublé et empeché lorsqu’on le borde, à peu pres comme lorsque le courant de la riviere se trouve serré. La force des fermentations, du froid et du chaud, de la poudre à canon etc. se peut expliquer par quelque chose d’analogique à celle des arquebuses à vent ou du ressort. Ce n’est pas par exemple cette petite masse de la poudre à canon qui fait ce grand effect, mais c’est l’ambient comme j’ay dit sur le ressort. Calculant l’action de la poudre, j’ay trouvé que l’air pressé y pourroit suffire aisement; mais je n’ose pas esperer que nous entrions si tost dans le detail de ces choses. L’origine des vents vient en partie du mouvement de la terre et de celuy de la lumiere et de la chaleur du soleil sur la terre, et même en partie de la lune. Sans parler des exhalaisons, pour expliquer l’aimant, il semble que ces particules tournées en plis ne sont point necessaires; il suffit que les passages s’accommodent tellement au passant apres quelque continuation, que le retour est comme defendu, et pour ainsi dire à contrepoil. Cependant un effort contraire change les plis, et les rechange. Quant à la variation, nous devons travailler à nous instruire d’avantage sur le fait.
Excepté les principes generaux sur la nature de la substance corporelle, de la force, et de la structure de l’univers qu’il est important de bien etablir, je trouve que nos progres dans la physique ne sont pas encor fort considerables. Tout ce que nous pouvons faire à present pour la medicine et les arts (je mets à part les mathematiques et les mecaniques qui en dependent) c’est d’observer pour ainsi dire les coustumes generales de la nature pour nous regler là dessus. Il est vray que je croy que bientost les hommes iront bien plus loin, s’ils poussent leur pointe et profitent des moyens qu’ils ont en main. Monsieur le Marquis de l’Hospital a eu la bonté d’eclaircir luy même mon nouveau calcul infinitesimal dans l’ouvrage considerable qu’il a publié depuis peu; je l’appelle aussi le calcul des differences et des sommes. Si la paix se fait, je croy qu’il y aura moyen de faire passer ma machine Arithmetique en France, et que vous me ferés l’honneur de l’appuyer par vostre approbation, si vous trouvés qu’elle la merite.
Je vous demande un peu plus de particularités sur M. Gayot dont vous estimés tant l’habilité pour les mecaniques. Vostre temoignage là dessus vaut mieux que des lettres patentes du Roy. Il faut que je vous propose une question: ne pourroit on pas faire une maniere de petit soufflet tout d’acier ou d’autre metal, semblable aux lanternes pliantes; il faudroit que des lames minces fussent aux endroits qui demandent de la flexibilité. L’usage pourroit estre pour faire un barometre portatif comme une monstre, qui seroit de durée et n’auroit point besoin de Mercure n’y d’autre liqueur, ny ne demanderoit aucune situation determinée. L’usage des barometres est considerable, comme vous sçavés, pour prevoir les changemens de l’air. Vous avés, Monsier, quantité de belles pensées tant mecaniques qu’oeconomico-politiques, pourquoy les laisser perir? songés y un peu, je vous en supplie; vous le devés au public et à l’honneur de vostre nation. M. le Duc de Roannez avoit de bonnes pensées sur le cours des eaux. N’at-on rien mis par ecrit? Je ne sçay si vous avés vû le livre de M. Guglielmini de Bologne sur ce sujet. Mais M. Papin y trouve bien des difficultés. D’où vient que Messieurs Perrier ne publient point les meditations Geometriques de M. Pascal qu’ils me monstrerent autresfois?1 Quelqu’un m’a dit que vous avés des pensées pour la melioration de l’imprimerie, voilà qui seroit encor bien utile. En quel estat est maintenant ce qu’on appelloit autresfois le parti du Port Royal? subsistet-il encor non obstant la mort de Messieurs Arnaud et Nicole, et quels en sont les arcboutans? Il me semble qu’on a des instruments propres à faciliter la fabrique des roues d’horloge; cela serviroit pour ma Machine Arithmetique, où il y a beaucoup de ces roues. Je vous supplie, Monsieur, de m’en dire vostre sentiment.
[Leibniz an des Billettes.] 2.
Hanover 11/21 Octobr. 1697.
Vos lettres me donnent un tres grand plaisir. Je m’imagine d’avoir l’honneur de vous entretenir de vive voix, comme autresfois. Et vos entretiens ne sont pas de ceux qui font perdre le temps: rien ne sçauroit estre plus instructif. Vous me donnés une belle idée de vostre R. P. Carme. Il est mathematicien, machiniste, et s’est appliqué toute sa vie à toute sorte de belles curiosités, que peut on souhaitter d’avantage? Pourveu qu’il ait encor la volonté et le talent de mettre ces belles choses par écrit aussi bien qu’en practique, afin que le publie en profite. Mais quelque excellent qu’il puisse estre, je ne sçay si ce que vous avés fait en vous jouant et sans attachement ne passe l’application des autres. A moins il me paroissoit ainsi quand j’estois à Paris. Et je voudrois (les descriptions mises à part, qui ne sont pour la pluspart que des choses deja connues dans le monde) que vous nous conservassiés quantité de pensées singulieres que vous avés sur toutes sortes d’objets. Il suffiroit de les indiquer en peu de mots et avec un petit crayon à la legere, pour les empecher de perir. Je ne sçay si vous avés vû, Monsieur, certaines descriptions des arts, qu’un Anglois nommé Moxon a commencées. Je me souviens d’en avoir vû une de la Menuiserie. Je me souviens aussi que feu Monsieur Buot reprenoit la description de la Grue, donnée (je crois) par Mons. Felibien, et me disoit d’en avoir fait une meilleure: cela pourroit bien estre.
Asseurement, nous ne pouvons rien gagner sur la force, et tout se qui depend de nous est de la bien employer. Ma maxime fondamentale des Mecaniques tirée de la Metaphysique est, que la cause et l’effect entier sont tousjours equivalens, ensorte que l’effect, s’il y estoit tourné tout entier, pourroit tousjours reproduire sa cause precisement, et ny plus ny moins, de sorte que si le Machiniste qui a voulu perfectionner les voitures, a peché contre ce principe, il n’aura rien fait qui vaille. C’est comme on me manda un jour de Paris qu’un Allemand devoit avoir fait un cheval de bois qui faisoit aller une chaise six lieues de Allemagne en six heures de temps par le moyen des ressorts d’acier bandés, comme s’il estoit possible de loger tant de force dans une si petite quantité de ces ressorts. Quand je m’en informay, ce n’estoit rien. Cependant il est tres vray que nous ne profitons pas assez des forces que la nature nous fournit. Je ne comprends pas aussi comment vostre Machiniste a pû esperer d’augmenter la lumiere, si ce n’est peutestre en la ramassant avec des miroirs ou verres. Mons. Tschirnhaus pretend voir les objets dans les tenebres avec l’aide de ses verres. Il faut voir. S’il fait cela, il ira encor bien plus loin.
Vous me parlés, Monsieur, d’un ingenieur, nommé Monsieur Basile, qui fait des Machines d’Exposition. Cela me fait souvenir d’avoir entendu pour certain qu’on a vû et entendu une Teste à Paris, qui prononçoit quelque chose, et cela sans aucun soufflement; si cela est, vous eu pourrés dire des nouvelles. La chose est possible et digne de remarque.
La paix est faite, ainsi je m’attends d’apprendre que les Arts et les Sciences reprennent force et vigueur en France, et ailleurs vous me charmés, Monsieur, en me disant de si belles choses des intentions et du zele de Mons. l’Abbé Bignon pour leur avancement. Mon commerce avec Mons. Pelisson alloit plus avant, parce qu’il avoit esté plus frequent. Au lieu qu’outre des expressions tres obligeantes, dont les lettres de Mons. l’Abbé Bignon sont pleines, il ne s’est point trouvé occasion d’une plus grande communication de nos veues. Il en doit avoir des plus belles et des plus grandes que moy, et ce qui est le principal, il a l’occasion de les executer. Cela me rejouit, car souvent ceux qui ont la direction, n’ont pas assez de lumieres ny assez d’ardeur. Je luy cede en tout, excepté le zele. Pourveu qu’il se fasse quelque chose de consequence, je suis indifferent que cela se fasse en Allemagne ou en France, car je souhaitte le bien du genre humain; je suis non pas fðilællhn ou fðilorwmaîoV, mais fðilánjðrwpoV. Et je le souhaitte même sans y chercher le moindre interest, de sorte que si je puis contribuer à ses beaux desseins, il me peut employer librement, sans craindre d’en estre embarassé. C’est ce que je vous supplie de luy temoigner dans l’occasion. Mon ouvrage n’est pas encor achevé,1 ainsi il n’y a point de pressé et même s’il y a quelque autre difficulté qui empeche cette maniere d’impression dont il a esté parlé, je seray bien aise d’en avoir quelque connoissance pour me regler là dessus. Car je ne voudrois pas importuner quique ce soit, et je ferois scrupule de recevoir une faveur que je ne croirois pas qu’on me fit avec plaisir. Ayant appris que des habiles geometres chez vous parlent souvent contre les methodes que j’ay proposées, et que des personnes de consideration et de merite ont portées plus avant, sans qu’on puisse obtenir de ceux qui contredisent, de le faire par ecrit, je m’imagine que ces Messieurs craignent de trop autoriser l’ouvrage par une telle impression. Et ce seroit une injustice à moy de vouloir, que Monsieur l’Abbé Bignon pour me complaire desobligeast des personnes qu’il voit tous les jours. Si cela estoit la cause de la difficulté, je ne l’en estimerois et ne l’honnorerois pas moins, et ne serois pas moins prest de luy temoigner mon zele en toute autre occasion. Je vous dis les choses avec sincerité et franchise comme à un ami commun. Et vous m’obligerés fort, Monsieur, si vous m’eclaircissés de même. A quoy bon les dissimulations entre des gens qui doivent en user avec realité et qui se doivent mettre au dessus des bagatelles dont le vulgaire s’embarasse.
Je crois bien que les descriptions d’une bonne partie des arts se pourroient faire dans le temps que vous dites, et j’avoue que ce seroit deja beaucoup. Mais comme le temps est à mon avis la plus pretieuse de toutes les choses hors de nous qui sont à nostre disposition, je serois d’avis qu’on doublât plustost le nombre des personnes pour gagner, s’il est possible, la moitié du temps.
Cet habile François que j’ay connu à Rome et qui estoit si informé des affaires Theologiques qui regardoient Monsieur Arnaud, il se faisoit appeller, ce me semble, il signor Antonio Alberti. J’ay soubçonné qu’il avoit pris cet A. A. en faveur de Monsieur Antoine Arnaud. Je l’ay vu à Rome durant le temps du conclave où fut elu Alexandre VIII. Il y en avoit un en ce temps encor à Rome, qui estoit du même caractere, avec qui le Landgrave Erneste entretenoit correspondance. Celuy ci estoit appellé Monsieur du Bois; je crois que c’estoit aussi son nom de guerre. Je n’ay pas assez pu juger, si Mons. Antoine Alberti et Mons. du Bois estoient un même individu. J’ay remarqué au moins que celuy là avoit communication de ce qu’on ecrivoit à celuy ci. Si vous me pouviés donner quelques lumieres sur ces Messieurs là, pour en apprendre des nouvelles, je vous en aurois de l’obligation. Je vous suis obligé aussi, Monsieur, de l’information que vous me donnés sur certains ouvrages de Messieurs Arnaud et Nicole2; je souhaiterois de pouvoir obtenir un jour une petite histoire literaire de leur ouvrages et de ceux de leur amis, qui pourroit faire connoistre ce qui devoit ou doit entrer dans les grands Tomes qu’on faisoit esperer. Vous jugés bien que pour faire venir une personne de loin, il faudroit qu’il ait quelque talent extraordinaire, autrement quand même je serois content, mon procedé seroit trouvé estrange3. Quand j’iray vostre canal, j’en choisiray. Il n’y a point de raillerie, si Dieu me donne la santé, je pretends faire encor le tour de la France et de l’Italie et de jouir de vostre conversation. Cependant je suis avec zele vostre tres humble etc.
[Leibniz an des Billettes.] 3.
Vienne 28 juin 1713.
La lettre de Monsieur l’Abbé Varignon m’a fait naitre l’envie de vous dire moy-même, qu’il m’a donné de la joye en me marquant vostre bonne santé, et de la tristesse en même temps en me repondant que par un excés de modestie vous refusiés de conserver une infinité de belles connoissances qui pourroient être utiles au Public. Si j’etois votre Confesseur, Monsieur, je ne vous donnerois l’absolution qu’à condition de satisfaire à ce devoir charitable. A quoy servira donc la pieté et la bonne morale, si elle ne porte à la charité? Vous me voyez en train de precher et apres avoir publié mes Essais de Theodicée, il me semble que je suis predicateur public. Ravisés vous donc, Monsieur, je vous en prie, si vous ne voulez que je vous denonce au public dans quelque nouveau livre. Je ne crois pas que M. le Duc de Roannes vive encore, et pour M. l’Abbé Galinée, je crois qu’il est mort il y a long temps. S’ils vivoient, je leur ferois le même sermon.
Entre mille bonnes choses que je vous ay entendu dire, je me souviens que vous me parlâtes un jour d’une maniere de bureau d’addresse tres utile au Public, où vous aviés été interessé vous même. Je souhaiterois d’en apprendre les particularités, et je m’imagine que vous avez encore des papiers dont on les pourroit connoitre. Il suffiroit de les faire copier. Monsieur de Martine, notre Correspondant, avanceroit volontiers ce qu’il faudroit pour le copiste, et me les envoyeroit seurement, si vous m’en vouliés gratifier. Au reste comme vous avés sans doute quantité de bonnes choses parmy vos papiers, je crois que vous les devriés conserver au moins en les leguant au public, comme par exemple à l’Academie des Sciences, ou à la Bibliotheque du Roy, si vous ne voulés ou ne pouvés pas commodement en tirer quelque chose qui pourroit être publié.
La paix étant moitié faite, je m’imagine que les Arts se reveilleront en France, et que la description des Arts, où vous etiés entré avec tant d’avantage, sera continuée. Quoyque votre âge vous dispense des travaux, votre direction y sera tousjours tres utile. Je souhaite que ce soit encor pour long temps. Estant etc.
- 1Durch des Billettes erhielt Leibniz Mittheilungen aus den Manuscripten Pascal’s.
- 1Auf diese Anfrage antwortet des Billettes, Paris 28. may 1697: Il ne reste plus des Messrs. Perier que celuy qui est prestre et doyen de je ne sçay quel chapitre de Clermont en Auvergne, lieu de sa naissance, avec une seur digne d’eux tous et de leur oncle. Il n’y a rien à attendre des oeuvres de ce dernier. Il faut qu’ils les ayent perdues, ou ne les ayent jugées propres à mettre au jour.
- 1Leibniz hatte gegen Bignon den Wunsch geäußert, ein Werk in der Druckerei des Louvre drucken zu lassen.
- 2Des Billettes hatte unter 23. Aoust 1697 Folgendes an Leibniz geschrieben: Le Libre de l’art de penser est en partie de M. Arnaut et en partie de M. Nicole. Il y a //VII458// eu des temps où ils travailloient ainsy de tel concert ensemble que sans autre façon pendant que l’un se trouvoit distrait à quelque autre occupation, comme de chercher quelque endroit d’un livre, ou autrement, l’autre dictoit la suite de la pensée du premier. Et peutestre ne sçavés vous pas, Monsieur, qu’outre cette conformité de sentimens et d’expressions, ils avoient aussy tant d’honnesteté et desinteressement, que le gros ouvrage de la perpetuité de la foy qui est presque entierement .... sy peu que rien pres de M. Nicole, a tousjours passé et passe encore communement pour estre de M. Arnaud, de sorte que sy le public a fait honneur à M. Arnaut, le croyant auteur d’un cy bel ouvrage, c’en est un aussy à M. Nicole d’avoir fait un ouvrage qu’on pust attribuer à M. Arnaud. En un mot, ces 2 hommes là estoient bien l’un pour l’autre, et je ne sçay sy un siecle nous pourra retablir leur perte, car je croiyois ou vous avoir mandé, ou que vous scussiés d’ailleurs la mort de M. Nicole qui arriva le 16. novembre 1695.
- 3Leibniz hatte sich an des Billettes gewandt, um einen Secretär aus Frankreich zu erhalten.