Leibniz an Th. Burnett

GerhardtFrench

On1 dit que le Docteur Sacheverel est un homme bien fait dont la figure revient aux dames, et qu'ainsi il a déja la moitié de la grande Bretagne pour luy. Apres cela je ne m'etonne point de son triomphe. Mais raillerie à part, il faut que les Anglois soyent bien à leur aise, puisqu'ils ont le loisir de s'occuper à ce Docteur, et cela donne des grandes idées des richesses de la nation, pendant qu'elle a une guerre si onereuse sur les bras. Il est vray que les grands partis s'en mêlent, mais j'espere que les honnêtes gens des deux cotés seront aussi bien intentionnés que leur adresses le marquent. Et la Reine qui a déja fait des choses incroyables, en abbaissant la France, et en unissant les royaumes, pourra bien venir enfin à bout du souhait qu'elle fait de reconcilier les esprits. Les partis s'accordent déja à luy etre desavoués. Voici l'Epigramme que j'ay envoyé à M. de Spanhem là dessus:

Henrico junxisse rosas, et regna Jacobo

Fas fuit: una animos ANNA PERENNA ligat.

Je ne doute point que la Harangue que M. le Docteur Sacheverel a prononcée dans la chambre haute ne soit pleine d'esprit et d'erudition. Et j'espere qu'on la verra imprimée à part.

Je suis faché que M. Whiston se declare Socinien, et qu'il veut exercer sa Mathematique sur le Mystere de la Trinité. Les Sociniens ont ou avoient des Maires en Transylvanie: mais on a bien raison de se declarer contre les livres Libertins et athées qui sont plus dangereux que les Sociniens et d'en reprimer le cours. On dit que M. Dodwel est devenu fou. J'en serois bien faché aussi, car on pourroit apprendre de luy des bonnes eruditions, s'il etoit en etat ou en humeur de s'y appliquer encor.

Je ne say si l'Acte d'encourager les lettres a passé. Si non, j'espere qu'on le perfectionnera une autre fois, et je voudrois qu'on fit quelque chose pour la Societé royale de Londres.

  1. 1Leibniz hat bemerkt: Extrait de ma reponse. Derselbe ist geschrieben auf einem Briefe Burnett's vom 17 Avril 1710.