Leibniz an Th. Burnett
J'ay receu vos deux lettres, et dans la seconde le billet de M. Le Clerc, et je suis bien aise d'apprendre que vous soyés arrivé heureusement en Hollande.
J'ay donné bien des choses au public, et on ne s'est jamais plaint que je ne parlois pas assés clairement. Si M. Le Clerc ne m'entend pas, c'est qu'il n'a pas voulu se donner la peine de lire ce que j'avois mis autresfois dans les Journaux, et que M. Bayle cite dans son Dictionnaire. On y trouvera assés les explications des termes dont je me sers. En matiere de Philosophie je n'écris pas pour la multitude, mais pour les gens qui veulent mediter: les autres n'ont que faire de tels écrits. Je puis bien parler du livre de M. Cudworth, puisque je l'ay, et je n'ay pas besoin d'interprete. M. Cudworth ne donne point de sujet de retorsion aux Athées à l'égard de la beauté du monde, comme si elle pouvoit venir de quelque chose qui manque d'intelligence, puisque selon luy Dieu dirige les natures plastiques qu'il introduit. Mais il a ce defaut, commun avec la pluspart des autres Philosophes, même les Cartesiens, qu'il croit que le mouvement peut se faire naturellement d'une maniere contraire aux loix des mechaniques; ce qui est eloigné du bon ordre et affoiblit l'argument qui mene au premier moteur, au lieu que selon moy les ames, ou autres natures incorporelles ne peuvent point donner le mouvement ny en changer les loix, ny par influence, ny occasionnellement, Dieu l'ayant préetabli comme il faut.
Je ne puis pas avoir écrit qu'il fût à souhaiter que M. de Cuningham eût vû les Pandectes Florentines, puisque je sçay bien qu'il les a vues, l'ayant connu à Florence.
Je ne trouve pas à propos qu'on aille solliciter pour moy les libraires de Hollande, ny qu'on en parle ou écrive à M. Leers de ma part. S'ils ne marquent point eux mêmes de la disposition ny du desir pour mes ouvrages, je ne travailleray pas pour les y porter. Mes amis cependant en peuvent parler d'eux mêmes dans l'occasion.
Nous ne sçavons point icy les circonstances du duel de Milord Roxbourough.
Je n'ay point vû le livre de l'Abbé Faydit dont vous parlés, Monsieur, mais un autre plus vieux, qui luy a fait aussi du tort, où il parle de la Trinité contre la doctrine receue des Scholastiques.
Tout ce qui vient de M. Grotius ne peut manquer d'estre bon en son genre. La Veuve de M. Puffendorf a encor plusieurs lettres de Grotius, mais elle en demande trop.
A mon avis, s'il estoit vray que la Cour travaillât trop aux elections soit des Membres soit d'un Orateur de la Chambre des Communes, cela pourroit rendre cet empressement suspect aux peuples. Mais je crois que la Reine et son Ministere sauront garder le juste milieu. Je suis avec passion etc.1.
P.S. J'ay l'imprimé que vous avés laissé à Madame l'Electrice, et je vous l'envoyeray par occasion. Vous aurés la bonté de me renvoyer mon papier; mais en m'écrivant je vous supplie de mettre ma lettre signée et inscritte dans le couvert à M. Gargan, et de ne point faire mention de mon nom sur le couvert à M. Gargan; j'en ay des raisons. Vous pourriés donner la lettre mise sous le couvert de M. Gargan à M. Bothmar à la Haye ou à M. Mesquita à Amsterdam, mais tousjours sous ce couvert.
- 1Dieser Brief, von dem das Original nicht vorhanden ist, auch Ort und Datum fehlen, ist die Antwort auf ein Schreiben Burnett's, datirt Amsterdam 9/10 Nov. 1705 n.s.