Th. Burnett an Leibniz
London 18 Febr. 1699
J'ay eu toute la satisfaction imaginable dans la votre derniere que j'ay receu à mon arrivée en cette ville. Je vous avois ecrit celleci d'une ancienne date pendant que je fus à Oxford, comme vous remarquerez; mais ne sachant pas comment je la pouvois mettre, je fus contraint à la fin de la garder avec moy jusqu'au temps que cette occasion de Monsr. Hackmann s'offrât .....
Monsieur, je suis tout charmé de la netteté des vos pensées à l'egard du sujet de controverse entre Monsr. Lock et Mylord de Woster. Il me semble que vos reflections là dessus sont claires et distinctes tous deux. J'approuverays fort la difference et la diversité que vous faites entre ces deux termes, claire et distincte, si je ne trouvais pas cette discrepence plus ingenieuse que philosophique. Car à mon avis, si pour connoitre quelque chose d'une idée distincte demande une connoissance exacte et rigoureuse de sa nature complete, de ses requisits et son essence, non seulement Dieu infini, mais aussi les plus menues creatures seront au dessus nos connoissances distinctes de cette sorte, car je ne trouve pas que la connoissance particuliere d'aucun à l'egard d'aucun objet naturel que ce soit, soit si distincte pour en epuiser toute la force et l'etendue de sa nature. Dies diei et nox nocti sapientiam et intelligentiam adjicit, dit l'ecriture sainte, ce que ne peut pas s'entendre de nos connoissances en general, si l'on admet les deux connoissances à l'egard des choses, à savoir clair et distinct. J'ay fait cette remarque à la premiere lecture, je laisse la gloire de l'emulation dans cette dispute entre Mr. l'Evêque, Monsr. Lock et vous, comme vous trois faisiez le triumvirat des genies les plus philosophiques de ce siecle .....
London 18 Febr. 1699.