Basnage an Leibniz

Le 6 d'avril 1696

GerhardtFrench

Je ne vous ai point ecrit, Monsieur, sur les demêlez que nos libraires ont eus avec vous pour vôtre Codex Diplomaticus, car vous avez pris d'autres voyes, et vous vous etes adressé aux Puissances. C'est d'ordinaire le plus sûr, cependant si j'avois prevû que vous aviez dessein de reduire les libraires par l'autorité, je vous aurois adverti de la maniere dont les choses vont ici, qui est bien différente de ce que vous avez crû. Ces Mrs. là se seroient fort peu souciez des defenses que vous auriez pà obtenir, et auroient mis vôtre livre en morceaux sans vous en faire honneur. D'ailleurs je doute que les Etats eussent voulu en venir à empêcher le gain de leurs sujets, sous pretexte qu'un Etranger a un interest opposé. Il ne falloit vous attendre qu'à des honnêtetez, et à rien davantage. Ils pretendent que vôtre livre etant publié, quiconque l'achete, en est le maitre pour en faire ce qu'il lui plaira, et que personne n'a droit de les en empêcher. Aussi n'ont ils pas voulu deferer aux exhortations qui leur ont eté faites de vous donner la satisfaction que vous demandiez, et ils sont resolus de continuer leur plan, en suivant comme je vous l'ai dit, l'ordre chronologique. Mais vous, Monsieur, perseverez vous tousjours dans la resolution de ne point entrer en composition avec eux? Il me semble que cela seroit infiniment mieux, de joindre les pieces que vous avez ramassées à celles qu'ils ont deja. Le Public y gagneroit, et vous mesme, vous vous epargneriez la peine d'un recueil, où vous sçavez vous mesme qu'il y a plus de travail que de genie. Vous employerez plus utilement votre temps ailleurs. Je pourrois reprendre avec eux les memes conditions que je vous ai proposées de leur part, et rentrer en traité avec vous sur le mesme pied. Si vous ne pouvez y consentir, ne trouvez point mauvais du moins que je vous en importune une seconde fois, et je vous promets de ne vous en parler plus. Si (vous) voulez bien y faire reflexion, vous conviendrez sans doute que leur plan avec le vôtre sera d'une utilité bien plus grande pour le public que l'un ou l'autre separément. Or cette raison ne doit elle pas l'emporter sur vous qui avez tant travaillé pour l'utilité publique, et qui faites gloire d'y contribuer. Si vous pouvez donc surmonter vos premieres repugnances, ayez la bonté de vous expliquer sur les autres conditions; et s'il se peut que j'aye l'honneur d'avoir arraché de vous cette complaisance.

Le 6 d'avril 1696.

Leibniz hat auf dem vorstehenden Schreiben Basnage's bemerkt: Je luy ay demandé de me renvoyer par M. Morel mes animadversions sur M. des Cartes. J'ay souhaitté aussi des nouvelles des posthumes de M. Hugens, et de mon Code par M. Morel. - Außerdem ist noch folgendes Bruchstück von der Antwort Leibnizens vorhanden:

Je vous suis obligé de la bonté que vous avés de penser encor à mes interests. Je ne me suis jamais promis grand chose des defenses qu'on pourroit obtenir par l'autorité superieure; cependant je n'ay point refuser le secours que des princes m'ont offert et qu'on ne méprise pas tousjours impunement. Mais comme le dommage d'autruy n'est pas mon avantage, j'aimerois tousjours mieux que tout se puisse faire de bonne grace. Or sans entrer dans la discussion de droit, ny dans les maximes d'honneur, qui ne sont pas tousjours considerées, j'ay crû qu'en ne demandant rien à Messieurs vos libraires, qui fut contraire, ou plustost qui ne fut conforme à leur interests, je pourrois obtenir une chose qui leur fut indifferente. Vous m'attaqués, Monsieur, par mon foible, en me proposant de faire ce qui seroit le plus conforme à l'utilité publique, car j'y suis le plus porté du monde. Je vous avoue aussi, qu'il seroit peutestre un peu mieux pour le public que leur collection et la mienne composassent un seul ouvrage. Mais je ne crois pas qu'il importe beaucoup pour ces sortes de collections, que le tout soit rangé parfaitement selon l'ordre chronologique, auquel un index general supplée; ainsi on auroit pû conserver mon dessein, dont il y a deux raisons: l'une, que sans cela je ne voy pas, comment on puisse debiter mon premier Tome; l'autre, que je passeray pour un homme qui aura abandonné son projet, apres avoir employé le secours de tant de Ministres qui m'ont communiqué un si grand nombre de pieces pour mon Codex Diplomaticus. Et comme j'ay plus d'egard à l'honneur qu'à l'interest, je ne dois point mepriser cette raison. J'adjoute encor une troisieme, c'est que M. Moetjens me mande, qu'ils veulent seulement employer les traités, et non pas les autres pieces, ce qui fait que leur ouvrage ne satisfera pas à tout ce que j'ay promis. En tout cas, si ces Messieurs m'avoient offert quelque temperament honorable, j'aurois pû penser à ce qu'il y auroit à faire, mais comme ils n'ont pas voulu faire la moindre demarche, et sont demeurés dans un refus entier, ils m'ont osté tout moyen de faire quelque chose avec eux. Ainsi il depend de leur resolution de donner quelque éclaircissement, qui puisse servir à renouer le traité; car j'ay déja dit, que l'interest est ce qui m'adresse le moins, et vous aurés la bonté de m'apprendre, si je dois encor attendre quelque chose. Il seroit peutestre bon aussi que je fusse un peu mieux informé du titre et de l'oeconomie de l'ouvrage, pour mieux prendre mes mesures.