Leibniz an Hartsoeker
Votre premiere lettre m’a eté envoyée, et j’ay receu la seconde à mon retour de Bronsvic et Helmstad, aussi bien que la caissette que j’ay ouverte, et j’ay envoyé d’abord à M. Zumbach ce que vous luy aviés destiné, l’ayant fait porter à la poste. M. Steigerthal aura son exemplaire aujourdhuy; mais Monsieur le President Baron de Goriz et M. de Bousch ne sont point icy. Cependant les leurs seront donnés au fils de l’un et au frere de l’autre. Enfin la Societé, M. de Crosick et Monsieur Cunneau auront aussi les leurs, et je vous remercie, Monsieur, du mien.
Ces Eclaircissemens1 serviront à reveiller les physiciens, et par consequent à decouvrir la verité. Je m’etonne qu’on trouve votre premier element si obscur. Selon moy toute la matiere en elle même est de la nature de cet Element, c’est à dire parfaitement fluide par elle même, la connexion des parties ou la resistence à la separation ne venant que des mouvemens conspirans, puisqu’il n’y a que les mouvemens et leur figures qui puissent varier la matiere. Je n’accorde point qu’il y ait des Atomes, c’est à dire des corps dont la dureté soit naturellement insurmontable, puisqu’on n’en sauroit rendre une raison physique et qu’on n’en a point besoin non plus. Ainsi la matiere telle qu’elle se trouve affectée et variée, n’est jamais parfaitement dure ny parfaitement fluide, et si nos yeux pouvoient suivre la subtilité des choses, on trouveroit tousjours ce qu’Arlequin trouva dans la lune, que c’est tout comme icy.
Je suis assés du sentiment de ceux qui n’admettent point que nous connoissons jusqu’icy des productions et des destructions des metaux, du sel commun et du salpetre et de quelques autres corps de cette simplicité. Cependant je n’en juge ainsi que provisionnellement, ne voyant point d’impossibilité à la chose, et je n’ay garde de croire qu’ils sont aussi anciens que le Monde. Il faudroit des grandes preuves pour avancer de telles propositions. Il a passé icy un François, en façon d’Abbé, qui paroissoit avoir quelque connoissance et quelque meditation, qui disoit avoir trouvé l’experience de faire le phosphore du vuide sans Mercure; peutetre aurat-il
aussi passé à Dusseldorp. Des journaux ont parlé de cette experience; M. Guerike avoit déja connu le phosphore du Mercure dans le vuide, M. Bernoulli l’avoit perfectionné, et vous en parlés dans vos Eclaircissemens. Mais l’experience de ce François fournira de la matiere à des nouvelles meditations.
En parcourant vos Eclaircissemens, je trouve que vous reconnoissés p.77 que le sable noir repandu plus ou moins par toute la terre dont vous y parlés s’est en quelque façon vitrifié. Cela semble favoriser mon sentiment de l’incendie de ce globe.
Les Miscellanea de Berlin sont imprimés, mais je ne les ay pas encor receus. Vous les aurés sans doute, d’autant plus que vous y avés contribué.
Je suis avec zele etc.2