Leibniz an Hartsoeker

GerhardtFrench

Je suis bien aise d’avoir appris le succés de l’experience que vous l’avés faite chez Mgr. le Landgrave de Cassel sur la pretendue vitrification de l’or. Et je veux bien croire que les metaux sont plustost enveloppés dans les vitrifications que vitrifiés. Cependant comme les experiences negatives, qui ne servent qu’à refuter, sont moins agreables que les experiences positives, il seroit bon d’examiner aussi ces verres colorés ou émaux, où entre quelque chose de metallique, et voir comment il contribue à la couleur. M. Tschirnhaus me montra un morceau de porcellaine, où paroissoit comme de l’or émaillé; il disoit de l’avoir fait avec du vray or. En ce temps là on ne voyoit encor ces porcellaines qu’on voit aujourdhuy comme émaillées. Et feu M. Kraft, qui s’entendoit bien en vitrifications et qui trouva ces verres blancs, qui ressemblent beaucoup à la porcellaine, me disoit qu’il cherchoit cet émail. Quelcun m’a asseuré qu’il y a une certaine terre qui sans or donne un émail ressemblant à l’or. M. Cassius en faisant du bruit avec son rubis artificiel, qu’il mit en vogue le premier, pretendoit que l’or y estoit necessaire. Et M. Kunkel estoit bien aise de le faire croire à feu Mgr. l’Electeur de Brandebourg, pour avoir sujet de luy demander de l’or. Mais j’ay du penchant à croire qu’on s’y pourroit passer de l’or. Cependant on pretend qu’il faut de l’étain; je n’ay pas fait cette experience moy même: mais la chose merite d’être eclaircie. L’orpiment donne des flueurs tres jolies, qui ont assés l’apparence des rubis. Je seray tousjours ravi d’apprendre les progrés de vos decouvertes, et je suis avec passion etc.1

  1. 1Ohne Ort und Datum. — Vorstehender Brief enthält die Antwort auf Hartsoeker’s Schreiben vom 20 juin 1709.