Autres argumens de M. Jaquelot. Mit Bemerkungen von Leibniz

GerhardtFrench

Das Folgende enthält die weitere Verhandlung über denselben Gegenstand zwischen Leibniz und Jaquelot.

Autres argumens de M. Jaquelot.

On demeure d'accord que si l'Estre tout-parfait est possible, qu'il doit necessairement exister.

Or j'ay supposé dans mes argumens que la clarté d'une idée emporte necessairement avec soy la possibilité.*[1]

Donc etc.

Il faut prouver cette Mineure.

On la prouve de plusieurs Manieres:

1mo par la clarté même de l'idée**[2], de même que deux et deux font quatre***[3]; qu'il est impossible, que ce qui est fait ne soit pas fait****[4]. Cela est indubitable, neantmoins ce n'est que la clarté de l'idée qui le prouve.

[Pour monstrer dans cet exemple, 2 et 2 est 4, qu'on n'a point besoin de se fonder sur la pretendue clarté des idées, je le reduiray à une demonstration par le moyen des definitions des Nombres. Voicy comment:

definition 1. 2 est 1 et 1

def. 2. 3 est 2 et 1

def. 3. 4 est 3 et 1

Demonstration.

2 et 2 est 2 et 1 et 1 par def. 1

2 et 1 et 1 est 3 et 1 par def. 2

3 et 1 est 4 par def. 3.

Donc 2 et 2 est 4.

Quod erat demonstrandum.]

Or il est aussi clair que l'idée d'un estre tres parfait contient l'idée d'une existence necessaire*[5], qu'il est clair, que 2 et 2 sont 4 etc. Donc on conclud legitimement de la clarté de l'idée la possibilité de l'Estre.

[Au contraire: de la possibilité se doit conclure la clarté, car la possibilité de la chose est la veritable marque qu'on en peut avoir une idée claire et distincte. C'est pourquoy je ne me fie pas à la pretendue clarté des idées, et ce n'est pas là le vray principe, à moins qu'on donne les marques de cette clarté. Autrement ce qui paroist clair à l'un, ne le paroist pas à l'autre. La possibilité d'une chose ou ce qui est la même chose, la verité de son idée, se prouve ou a priori par la raison, et cela la rend claire et distincte, ou a posteriori par l'experience et cela la rend au moins certaine. La verité d'une proposition se prouve aussi ou par l'experience ou par la raison, suivant laquelle une proposition qui n'est point identique doit estre prouvée par les definitions ou par les axiomes primitifs qui sont en effect identiques.]

2do. L'idée de l'Estre tres parfait n'implique point contradiction: donc cette idée est l'idée d'un estre possible. S'il y avoit de la contradiction, elle se trouveroit dans le sujet ou dans l'attribut. Elle n'est point dans le sujet, c'est l'Estre, il y en a. Elle n'est point dans l'attribut: avoir toutes les perfections*[6]. Au contraire plus je concois de perfection dans un sujet, plus j'y trouve d'estre et de realité, de sorte que si plus j'augmente les perfections, plus aussi je donne d'estre et de realité à un sujet. Il s'ensuit qu'en les luy donnant toutes, je fais ou je me forme l'idée d'un estre necessaire, bien loin de me former l'idée d'un estre impossible.

3o. L'Estre necessaire doit exister, puisqu'il y a des Estres contingens. Car qui dit estre contingent dit un estre qui pourroit ne pas estre ou exister, et qui requiert necessairement une cause qui l'ait determiné à estre. Ainsi je diray: toutes les causes ou tous les estres sont contingens, ou ils ne le sont pas. Ils ne sauroient estre tous contingens, parce qu'il s'ensuivroit que le rien, le neant seroit ce qui les auroit determiné à estre ce qu'ils sont. S'ils ne sont pas tous contingens, il y a un Estre necessaire.

[Cet argument me paroist solide et je l'ay employé dans mon écrit inseré dans les Memoires de Trevoux et dans les remarques d'hier. Je trouve donc que l'Estre necessaire existe veritablement et est possible, autrement rien n'existeroit: mais il faut quelque autre chose pour prouver que l'Estre necessaire doit avoir toutes les perfections. Cependant je demeure d'accord que cela se peut fort bien prouver.]

4o. L'idée d'un corps necessaire, ou de la plus grande vistesse qui se puisse donner, sont des idées qui impliquent contradiction, parce que toute idée de corps emporte necessairement avec soy la divisibilité. Donc il n'y a point de corps qui soit necessairement un tel corps. On connoist clairement qu'on peut adjouter quelque impulsion à toute vistesse possible.

[Fort bien: aussi n'ay j'allegué ces exemples que pour faire voir qu'on a besoin d'estre asseuré de la possibilité d'une idée pour en tirer des consequences.]

5o. Supposé qu'il n'y ait presentement ny etendue ny corps et que la science des Mathematiques demeurât dans l'entendement des intelligences purement spirituelles, n'est il pas vray que toutes consequences qu'on tire de l'idée d'un triangle ou d'un cercle seroient claires et veritables.

[Fort bien.]

Neantmoins7 on n'auroit autre preuve de leur certitude que la clarté et la liaison des idées. Appliqués cela à l'idée de l'Estre tres parfait, on trouvera qu'il doit necessairement exister, parce qu'une idée d'une existence necessaire est aussi necessairement à l'idée de l'Estre tres parfait que l'idée d'avoir toutes les lignes droites egales tirées du centre à la circomference egales l'est à celle du cercle. Et comme ou conclud cette verité du cercle absolument, parce qu'elle est demonstrée par l'idée qu'on a de la nature, de même aussi on doit conclure absolument et sans si, que l'estre tres parfait existe necessairement comme une verité prouvée demonstrativement.

[C'est qu'on est seur d'ailleurs de la possibilité du Cercle, mais qu'il faut justifier celle de l'estre tres parfait. Dans le cercle les deux clartés sont connues, dans l'Estre tres parfait manque la clarté de l'idée, quoyqu'on ait celle de la consequence.]

6o. Posons encore qu'on donnât à un Mathematicien telle figure qu'on voudra à examiner, prenons par exemple le cercle, et qu'il pût trouver dans la nature du cercle l'Existence aussi bien prouvée que l'egalité des lignes droites tirées du centre à la circomference, ne seroit il pas en droit de conclure l'Existence du Cercle aussi legitiment qu'il conclud l'egalité des lignes?

[Ouy sans doute, parce qu'on sait que le cercle est possible.]

Appliqués cela à l'Estre tres parfait qu'on donne à examiner ..... Donc .... Adjoutés que si on luy donnoit à examiner un Triangle quarré ou dont les lignes tirées du centre fussent egales, il en decouvriroit d'abord la fausseté, ce qui ne se rencontre pas dans l'Estre tres parfait. Donc ....

[On peut repondre que si la fausseté ou impossibilité ne se decouvre pas d'abord, elle se pourroit decouvrir par une plus exacte recherche. Outre que bien des choses sont vrayes, sans qu'on les ...... (Ein Wort unleserlich.)]

Encor quelques reflexions, Monsieur, s'il vous plaist, puis manum de Tabula, on saura precisement la difficulté.

1o. Pour l'idée, je crois qu'une idée claire et distincte est le principe de nos connoissances et de nostre persuasion(a). Cela est si vray que les definitions et les Axiomes que les Mathematiciens posent, ne sont receus qu'en vertu de l'idée claire qu'on en a(b). Il n'est pas plus claire par exemple que 3 soit 2 et 1, 4 soit 3 et 1, qu'il l'est que 2 et 2 soit 4(c), il faut donc recourir necessairement à la clarté des idées, et si vous exceptés la methode(d), vous ne dites rien davantage. Vous dites que la possibilité de la chose prouvée fait la clarté de l'idée, et je crois que la clarté de l'idée qui me represente une chose possible, est la preuve de la possibilité(e).

Je le prouve par la supposition d'une intelligence qui subsisteroit seule, et qui avoit l'idée de l'etendue. Elle apperçoit qu'un cercle est possible(f) et elle en decouvre les proprietés comme de l'autre costé elle voit que la penetration des dimensions(g) est impossible; quelle preuve y at-il de tout cela que la seule clarté de l'idée? Ce n'est pas l'experience, il n'y a pas en encor de cercle, et à l'egard de l'impossibilité de la penetration il n'y en peut avoir si vous dites que 2 pieds d'etendue ne sont pas un pied d'etendue. Cela ne se peut prouver que par l'idée claire que 2 ne sont pas 1(h).

Vous dites que vous ne vous fiés pas à la clarté des idées; si cela est, il n'y aura aucune connoissance certaine de quoyque ce soit(i). Mais ce qui est clair aux uns, n'est pas clair aux autres. Je le veux, en suivrat-il que 1 ne peut estre 6, parceque certains esprits contesteront cette verité(k).

Ainsi la possibilité d'une chose estant prouvée par la clarté de l'idée, l'argument pour l'existence de l'estre tres parfait demeure dans sa force(l). L'idée de l'Estre est claire, l'idée de toutes perfections ne l'est pas moins(m). Cela se pourroit prouver par une induction(n), leur assemblage dans un sujet n'implique aucune contradiction(o) connue. Donc etc.

Vous avés fait un argument pour conclure des Estres contingens l'estre necessaire. Vous le trouvés bon(p) excepté ce que j'adjoute qu'en raisonnant sur chaque perfection comme sur l'estre, on trouve que l'estre necessaire soit avant toutes ses perfections. Je ne voy pas comment on le peut nier, puisque chaque perfection estant quelque realité, elle ne peut avoir le neant pour sa cause. Parce que de la même maniere que l'on conclut, il y a des estres contingens, donc il y a un estre necessaire, de même aussi on doit conclure, il y a des estres intelligens contingens, donc il y a un Estre intelligent necessaire(q). De plus comme on ne conclut qu'un seul estre necessaire par raisonnement, un second estre necessaire seroit supposé gratis(r). En procedant de la même maniere par toutes les perfections, on conclura qu'elles se doivent trouver toutes dans l'estre necessaire.

*[1] Randbemerkungen Leibnizens. [Une idée est claire et distincte, lorsqu'on entend toutes ses parties.]

**[2] [mais c'est la clarté même de l'idée qui doit estre prouvée].

***[3] [que deux et deux sont quatre, cela se prouve par une demonstration comme on va voir].

****[4] [que ce qui est fait, est fait, c'est une proposition identique ou primitive, qu'on ne prouve point].

*[5] [La question à present n'est pas si une idée contient l'autre, mais si l'idée à part est possible; il ne s'agit pas de la clarté de la consequence, s'il est clair qu'une idée contient l'autre, mais de la clarté de l'idée même.]

*[6] [Le doute est dans l'attribut, savoir si toutes les perfections sont compatibles, car si elles ne l'estoient, l'Estre tout-parfait seroit impossible.]

(a) Si l'idée est bien distincte, c'est à dire, si sa clarté est distinctement connue.

(b) Les definitions sont receues quand on est seur de la possibilité, et les axiomes quand ils sont ou identiques que j'appele Axiomes primitifs, ou reductibles aisement aux identiques comme leur corollaires, et ces axiomes se peuvent demonstrer au besoin. Ainsi il ne sert de rien de se fonder sur la pretendue clarté des idées, quand il y a quelque doute, ce n'est qu'un faux fuyant et un nouveau principe d'erreurs que les Cartesiens ont substitué aux anciens. Il faut tousjours revenir à l'ancienne logique, c'est à dire à une explication distincte ou demonstration.

(c) Il faut qu'il y ait un moyen de prouver que 3 et 1, itemque 2 et 2 font une même chose qu'on appele 4 et cela ne se peut demonstrer . . . . . . . . . . . . (Das Manuscript ist hier nicht lesbar).

(d) Mais la methode est tout icy, elle donne l'explication distincte.

(e) Comme la chose est anterieure à mon idée, ainsi la possibilité de la chose est anterieure à la clarté de l'idée.

(f) La possibilité du cercle se prouve par sa cause, savoir par le mouvement in plano d'une droite dont un point demeure en repos.

(g) L'impenetrabilité n'est pas une suite de l'etendue, elle suppose quelque chose de plus. Le lieu est etendu, mais il n'est pas impenetrable.

(h) Que deux ne sont pas un, cela depend de l'idée distinctement connue, c'est à dire de la definition de 2 qui est 1 et 1.

(i) Je ne me fie pas à la pretendue clarté des idées ou des verités, si elle n'est pas distinctement connue, et cela à l'exemple des Geometres, car Euclide a prouvé des verités qui paroissent claires, mais c'est une clarté confuse qui est rendue distincte par la demonstration. Et Euclide ........ (unleserlich) car ceux qui suivent les pretendues clartés confuses, se trompent bien souvent, par exemple on croira aisement que deux lignes qui s'approchent continuellement se doivent rencontrer enfin, et cependant cela n'est point et il y en a qui ne se rencontrent jamais qu'on appele Asymptotes.

(k) Ce ne seront pas des verités comme celle que 1 n'est pas 2 qu'on contestera. Et il est à souhaiter que les verités contestées se puissent tousjours prouver par les definitions possibles comme demonstrées.

(l) Ils'agit de monstrer distinctement cette clarté supposée de l'idée de l'estre ..... parfait. Voyons si la suite de là se fait dans le raisonnement.

(m) Voila le point suivant.

(n) Peut on faire une induction ou denombrement de toutes les perfections?

(o) Quand la contradiction n'est pas connue, cela ne donne que presomtion que la chose est possible.

(p) Non seulement je le trouve bon, mais je l'ay proposé.

(q) Diese Bemerkung ist nur in einzelnen Worten lesbar.

(r) Mais il ne s'ensuit point que tous ces estres necessaires sont un même sujet de rejetter le second estre necessaire comme supposé gratis et sans preuve. Ce n'est pas demonstration, c'est presomtion, c'est à dire c'est prendre une chose pour vraye jusqu'à ce qu'on prouve le contraire.

  1. 7Hierzu die folgende Randbemerkung: [Pour faire une conclusion icy, on a besoin de deux clartés, de celle de l'idée et de celle de la consequence, qui n'est autre chose que la liaison des idées. La clarté de l'idée distinctement connue n'est autre chose que la connoissance de la possibilité. On admet icy la clarté de la consequence ou la liaison, mais non pas la clarté de l'idée.]