Leibniz an Coste
Je vous renvoye, Monsieur, en vous remerciant, l'Horace de M. Bentley, digne asseurement de la longue attente du public. Il vous pourra servir beaucoup, quand vous ferés faire une nouvelle edition de votre Horace François. J'ay cherché l'endroit (lib. I. sat. 3), où il est parlé du cordonnier Alfenus; M. Bentley rapporte le passage d'Acron, mais seulement pour marquer que dans quelques Ms. de ce Scholiaste on lit tonstrina au lieu de sutrina. Et en effect quelques uns dans Horace même ont lû Tonsor au lieu de sutor. Cependant il semble qu'on a tiré d'Acron cette opinion, que suivant Horace Alfenus étoit de cordonnier (ou de barbier) devenu jurisconsulte, et enfin Consul. Et quantité d'autres habiles ont donné là-dedans. Je vous en ay dit mon sentiment il y a quelque temps; maintenant j'adjouteray que Jean Bertrandus Icte Tolosani dans son ouvrage des anciens Jurisconsultes paroist avoir douté de la verité du rapport d'Acron, et il cite Dion, où il y a Publius Alfenus, Publii filius Varus, Consul avec P. Vicinius. Par où il semble que s'il avoit eté de basse condition, il n'importoit gueres de marquer le nom de son pere. Apparemment il avoit alors un autre P. Alfenus Varus, parent peutetre du notre, dont on le vouloit distinguer en marquant le nom de son pere.
Il manque un bon index à l'Horace de M. Bentley. Et je voudrois qu'il eût voulu prendre la peine d'eplucher la vie de ce poëte, comme il auroit pû faire, car il fait des bonnes remarques dans sa preface pour corriger ce que M. Dacier et M. Masson ont dit sur l'ordre de ses ouvrages.