Leibniz an Bayle (9. Januar. 1687 ?)

GerhardtFrench

Ce qui me plait le plus dans la reponse1 de M. l'Abbé C. que vous avés inserée dans vos Nouvelles instructives du Septembre passé, c'est qu'elle me donne l'occasion de faire quelque connoissance avec une personne de vostre merite. Je vous envoye ma replique cy-jointe2, et en cas que vous la voulés employer, je vous supplie de ne mettre que M. L. au lieu de marquer mon nom tout entier. Messieurs de Leipzig en usent de même, car quoyque j'aye fait imprimer quelques essais touchant le droit, la physique et les mathematiques et même touchant les affaires qu'un grand prince m'avoit ordonné à eclaircir, j'ay abstenu le plus souvent de mettre mon nom.

On a publié icy un ouvrage in grand folio dont vous pourriés peutestre faire mention dans l'article des livres, si vous le trouvés à propos. Le titre est: Justa funebria Serenissimo Principi Johanni Friderico Brunsvicensium et Luneburgensium Duci a Rmo et Smo Fratre Ernesto Augusto Episcopo Osnaburgensi Duce Brunsv. et Luneb. persoluta. Plusieurs empechemens n'ont pas permis que cet ouvrage fait à l'honneur de feu Monseigneur le Duc d'Hanovre ait pû paroistre plustost. Il y a des panegyriques, vers, devises, pourtraits, medailles, armoiries, descriptions et representations des ceremonies suivant ce qui se practique chez les princes d'Allemagne; on voit d'autres livres de cette nature qu'on a publiés à l'honneur de quelque grand prince, mais il y en a peu en Allemagne qui passeront cet ouvrage en egard aux belles planches et autres particularités, le Smo Successeur n'ayant rien epargné qui pourroit marquer l'amour qu'il portoit à feu son Frere. Tout le monde ....3 combien un Duc d'Hanovre comme un des Princes Regens de la maison de Brunsvic a de part aux affaires generales, c'est pourquoy les personalia ou ce qu'il y a de sa vie inseré dans cet ouvrage servira à l'histoire du temps. Comme ce prince avoit pour moy une bonté particuliere, j'ay marqué ma gratitude par les vers que je vous envoye, qu'on a aussi inserés dans cet ouvrage, mais que j'ay fait imprimer à part pour les pouvoir communiquer moy même. Vous y pourrés remarquer, Monsieur, que ce grand prince se plaisoit merveilleusement à toute sorte de belles connoissances, et comme le vray phosphore ou ce feu maniable qui a esté trouvé depuis quelques années fut travaillé et demonstré icy par l'inventeur et même perfectionné en quelque façon en ma presence, le tout suivant les ordres de feu S. A. S., j'en ay inseré une description dans ces vers pour diversifier un peu la matiere. Les sciences ont tousjours beaucoup d'obligation aux Princes qui les aiment, c'est pourquoy il est juste d'en conserver la memoire pour servir d'exemple. L'Eloge de celuy-cy que feu Monseigneur l'Evesque de Paderborne et Munster (qui a esté luy même si digne de louanges) a fait, que j'ay adjouté à cet Epicede, est bien expressif et ne scauroit passer pour suspect. Cependant je n'ay rien à vous prescrire, et je suis avec passion etc.4