Leibniz an Nicaise

Hanover ce 14/24 Septembr. 1696

GerhardtFrench

Hanover 7 septembre 16961.

Je ne sçay, Monsieur, par quel accident ma lettre pour Mons. Morel avec la vostre a esté rendue si tard; car je l'avois adressée à l'ordinaire à un ami de la cour de Wolfenbutel. Neanmoins cela fait un bon effect; car il s'est d'autant plus hasté de vous respondre, comme vous voyez, Monsieur, par la cy jointe, que je me presse de vous envoyer.

Vous aurés receu cependant ma precedente où entre autres je vous avois prié de me conserver les bontés de Mons. le President Boisot, pour mon Code diplomatique, preferablement à des libraires qui ne travaillent que pour le gain.

Mons. Begerus qui garde le cabinet des médailles et antiques de l'Electeur de Brandebourg, a publié son Thesaurus Brandeburgicus. Comme quelques unes des plus belles gemmes antiques gravées sont passées dans le cabinet de l'Electeur de celuy de M. Rabener, son conseiller en Pomeranie, Mons. Beger, je ne sçay par quelle jalousie, a dit dans sa préface qu'il en faisoit mention à la prière de M. Rabener, comme si cela ne luy estoit dû; ce qui estant desobligeant, j'ay eu soin de faire rendre justice au merite de M. Rabener dans les Actes des Sçavants de Leipsig. M. Rabener a eu les gemmes par leg du Duc de Croy et Arschot qui estoit gouverneur de Pomeranie. Je ne comprends pas pourquoy les sçavans sont si portés à se faire de ces petites malices; ils ne devroient avoir que des pensées grandes et genereuses et dignes de l'honneur des lettres.

Je ne sçay, Monsieur, si Paris n'aura pas bientost l'honneur de vous revoir; ce seroit pour le bien de la republique des lettres, où, sans parler de vos propres productions, vous faites si bien la charge de grand instigateur à l'égard des autres. Vous sçavez que c'est une charge dans quelques pays.

Je crois encor de vous avoir prié dans ma precedente de faire mes recommandations à Monsieur l'Evêque d'Avranches, et de le prier de se faire informer si on ne trouve pas dans l'archive de l'église de Coutance quelque chose qui serve à connoistre le detail de la negociation d'un Evêque de Coutance qui fut un des ambassadeurs du concile de Bâle aux Bohémiens. J'y avois adjouté que, lorsqu'un jour il feroit reimprimer la Censure de la philosophie Cartésienne, je pourrois fournir quelques nouvelles notices.

J'avois presque oublié les vers d'un de mes amis sur l'elevation du Cardinal Noris, que je vous envoyois en même temps. Je repete tout cela, afin d'apprendre si vouz aviez receu ma lettre, comme j'espere.

On a imprimé en Hollande des lettres de feu Monsieur Gudius; mais on n'a pas choisi les meilleures, et je voudrois qu'on eût commencé par quelque chose de plus digne de cet homme excellent.

Mons. Thomas Smith, Anglois, un des plus sçavans et connu par ses Miscellanea et par ce qu'il a donné de l'estat de l'église grecque, vient de publier Catalogum celebris bibliothecae Cottonianae, dont il m'a envoyé un exemplaire. Il dit des fort bonnes choses sur la vie du fondateur qui estoit un Peireskius d'Angleterre, par les secours qu'il donnoit aux sçavans. On ne voit presque plus des gens de cette espèce.

Je voudrois avoir connoissance à Paris de quelque sçavant d'une curiosité bien étendue, qui voulût me donner part des nouveautés littéraires, et je tâcherois de luy rendre la pareille, et si sa bonté pouvoit aller jusqu'à me faire envoyer des livres, je le rembourserois ponctuellement et promptement, et je donnerois mêmes des ordres pour y assurer l'argent par avance, et on le serviroit réciproquement; car je pense à prendre des mesures pour faire venir un peu regulierement des livres de France par les Pays-Bas: il seroit bon pour cela que ce fût une personne au dessus des petites vues intéressées. Je ne sçais si vostre bonté nous pourroit procurer la connoissance d'une personne de cette espèce, et si je n'abuse de cette bonté en vous faisant ces prières. Je suis fâché de ne rien avoir de Mons. de Spanheim. Je mettray des ordres afin que M. Morell recoive plus promptement une autre fois ce que vous luy destinerez, et suis avec zèle etc.

  1. 1Von diesem Schreiben fehlt das Original in den Manuscripten der Hannöverschen Bibliothek.