Leibniz an Nicaise

Hanover ce 15 Fevrier 1697

GerhardtFrench

Hannover ce 14/24 Septembr. 1696.

Vous aurés receu la mienne avec l'y jointe pour M. le President Boisot, pendant que la vostre m'est venue; je n'ay pas manqué, Monsieur, d'envoyer à M. Morel ce que vous luy avés destiné. Il m'a parlé, à son retour de Hollande, il y a longtemps.

Les libraires qui reimpriment le recueil de Léonard m'ont donné avis de leur dessein et m'ont demandé communication de telles pieces. Mais ils m'ont fait sçavoir en même temps qu'ils vouloient prendre les traités contenus dans mon Code diplomatique pour les disperser par leur ouvrage. Je leur ay temoigné que je ne l'approuvois pas, mais que je consentirois qu'ils fissent de mon ouvrage (avec ce que je leur donnerois encor) un tome à part, pour ne point déranger ny mettre en capilotade, ou dans la foule parmy toutes sortes de pieces, ce que j'aurois choisi exprès pour le tirer hors du pair; en quoy j'avois eu l'approbation des habiles gens. Que de cette maniere aussi mon ouvrage subsisteroit en son entier et pourroit estre continué, au lieu que si j'accordois ce qu'ils demandoient j'abandonnerois mon dessein commencé, contre la promesse faite au public et renouvellée auprès des Princes et Ministres qui m'ont encor favorisé depuis peu. Mais comme il semble qu'ils s'opiniastrent à l'encontre et qu'ils ont plus d'égard à quelque gain qu'à la manière d'agir la plus conforme à l'honnesteté, il faut les laisser faire, et ma continuation suivra en son temps; car je seray obligé d'attendre maintenant que leur recueil ait paru, à fin qu'ils ne me puissent point piller d'abord. Ce n'est que fort tard que j'ay appris que M. Christyn s'en mêle, mais je m'imagine qu'il n'aura point de part à ces procedures irregulieres. Cependant je vous laisse juger, Monsieur, si ces gens meritent trop qu'on les favorise, et j'espere que vous aurés la bonté de me conserver preferablement les liberalités de M. le President Boisot et d'autres amis, mais surtout la vostre. Je trouve plaisant qu'ils n'ont pas même les concordats de France, que j'ay avec des remarques manuscrites considerables.

J'estime que le Phedre de feu M. Gudius paroistra bientost, avec des fables de cet auteur qui n'ont encor jamais esté publiées; et j'ay oui dire que M. Graevius adjoutera la vie de M. Gudius, son ancien ami.

Je ne m'étonne point si M. l'Abbé Faydit a irrité crabrones en attaquant toute la Theologie Scholastique. Christophorus a capite fontium avoit fait un livre autrefois de necessaria Theologiae Scholasticae emendatione; mais ce n'estoit que sur une matiere particuliere.

Cet Abbé Cordemoy, qui a écrit contre les Sociniens depuis peu, est ce le même que celuy qui a écrit du discernement du corps et de l'âme? Si cela est, je m'étonne qu'il ne continue pas son Histoire de France.

Mons. Placcius continue de travailler à une nouvelle edition de son ouvrage de Anonymis et Pseudonymis. Il a eu depuis peu un manuscrit de feu Mons. Colomiés de scriptoribus dubiis, dont il profitera en citant l'auteur.

Un sçavant Abbé Italien1, professeur de Mathématiques à Padoue, qui donne fort dans ma nouvelle Hypothese Philosophique, donnera un ouvrage sur S. Augustin de quantitate animae, qu'il dedie au Cardinal Noris. Voicy des vers sur ce Cardinal, qu'un ami protestant a faits, il y a longtemps, et auxquels mon distique,

Purpura Norisium tandem venerabilis ornat,

Ornaturque ipso purpura Norisio,

que j'avois fait en vous ecrivant, a donné occasion; aussi l'a-il enchassé dans ses vers: il m'a défendu de le nommer.

Je ne sçay si je vous ay prié de tacher d'apprendre par la faveur de Mons. d'Avranches (pour lequel je repete mes temoignages de veneration), si on ne pourroit trouver à Coutance des papiers regardant les negociations d'un Evêque de Coutance, qui fût un des Legats du concile de Bâle aux Bohemiens

Je n'ay pas encor veu le Portrait de feu M. de Court. M. Morel m'a dit des merveilles de cet excellent homme, et me l'a fait regretter extremement. Je suis etc.

  1. 1Fardella.