Am Schluß der Einleitung ein Schreiben Nicaise's an Leibniz, Dijon le 25. 8bre 1692

GerhardtFrench

Epitaphe de l'Abbé Nicaise dans les additions de M. de la Monnoye aux Menagiana p.313. 4me partie.

Cy gît M. l'Abbé Nicaise

Qui la plume en main dans sa chaise

Mettoit luy seul en mouvement

Toscan, François, Belge, Allemand

Non par discordes mutuelles,

Mais par lettres continuelles.

La pluspart d'erudition

A gens de reputation

De tous cotés à son adresse,

Avis, journaux venoient sans cesse,

Gazettes, livres, frais eclos

Soit en paquets soit en ballots.

Luy tousjours en nouvelles riche

De sa part n'en étoit pas chiche,

Falloit il écrire au bureau Sur un phenomene nouveau,

Annoncer l'heureuse trouvaille

D'un Manuscrit, d'une Medaille,

S'eriger en soliciteur

De louanges pour un Auteur,

D'Arnaud mort avertir la Trappe,

Feliciter un nouveau Pape.

L'habile et fidele écrivain

N'avoit pas la crampe à la main.

C'estoit le facteur du Parnasse.

Or gît il, et cette disgrace

Fait perdre aux Huets, aux Noris,

Aux Toinards, Cupers et Leibnis,

A Banage le Journaliste,

A Bayle le Vocabuliste,

Aux Commentateurs Graevius.

Kuhnius, Perizonius

Mainte curieuse risposte:

Mais nul n'y perd tant que la poste.

Leibniz an Nicaise. Hanover 5 de Juin 1692 533

Dijon le 25. 8bre 1692.

Je n'ay point voulu, monsieur, (comme je vous l'ay mandé avant que de partir de Paris) faire mettre vostre belle et si juste Critique des Ouvrages de Mons. Descartes dans le Journal des Scavants, que ie ne l'eusse auparavant fait voir a Monsieur l'Eveque d'Avranches. Voila, monsieur, la lettre qu'il m'a escrite sur ce subiect, que je vous envoye un peu tard, parce que i'ay esté fort indisposé de mes ardeurs et difficultés d'urine: ie ne laissay pas dans le tems, que ie l'ay reçû, de faire faire une copie de cette Critique par mon valet, et je l'envoyay à Mons. le president Cousin, pour la l'y mettre, ce qu'il n'aura pas manqué de faire; ie n'adjouste rien, monsieur, à la lettre de nostre prelat. Vous n'avés pas besoin d'autres invitateurs, que de la sienne, pour vous engager à repondre il ses intentions. Mons. le president Cousin (dont nous venons de parler) est plus brouillé que jamais avec la Societé, depuis la mort de Mons. Menage; il en a fourré un eloge dans son journal un peu ressenti, pour parler dans les termes de l'avis, car les traicts du portraict, qu'il en fait, le marquent, à ce qu'on me mande. Ce president n'a pû digerer ce que ce bon homme luy avait dit autrefois avec son ingenuité naturelle et peut estre un peu trop grande, qu'il traduisait les plus beaux ouvrages du monde en français, et qu'il ne pouvait traduire une fille en femme. Car vous scavés l'histoire du mariage de ce president et de la separation avec sa femme; tout cela a donné lieu aux fables qui ont paru du Sieur Comore et d'autres de Culicis nuptiis etc. dont vous avés veû l'origine dans la lettre du Pere Hardouin pro Eumenio dedicato ad Norisium, que ie vous ay envoyée, et dont l'on attend incessament la reponse du Pere Noris avec beaucoup d'impatience. Vous avés scû, que Mons. Menage a donné en mourant sa Bibliotheque aux Jesuites, comme Mons. d'Avranches a fait la sienne pendant sa vie, pour en ioüir par eux après sa mort. Un de mes amis des Paysbas m'écrivait assés agreablement sur ce legs de Mons. Menage en cette maniere: De quoy s'est avisé Mons. Menage de donner sa bibliotheque aux Jesuites, est ce en vertu de la Bulle, qui leur promet de recevoir toutes sortes de restitutions? L'Abbé Boisot de la Franche Comté, à qui j'escrivis cette plaisanterie pour le divertir, y fit cette glose: J'ay trouvé fort plaisant ce qu'on vous escript du legz, que Mons. Menage a fait de sa Bibliotheque aux Jesuites. Il est vray que c'estait un grand voleur, qui pilloit indifferemment les Grecs et les Latins, qui n'estait presque riche que de leurs depoüilles, peu fecond de luy même, et de ces Gens, qui, pour parler comme Boccalin, portano l'ingegno dietro alle spalle. Peut estre n'en parlera il pas comme cela, lorsqu'il verra les Origines de la langue françoise, remplies de tant de varietés et de choses curieuses e bizarre, pour parler Italien. Mons. Anisson, qui les acheve d'imprimer, me mande, que Mons. Menage a achevé heureusement cet ouvrage avant sa mort, à la reserve de la preface, qui en doibt estre le plus bel endroict. Il serait à souhaitter que Mons. l'Eveque d'Avranche en voulut prendre le soin, lui qui possede si parfaitement toutes les langues, et sur tout la nostre, et dont la Bibliotheque est remplie de tous les Glossaires imaginables, que ie ay veû, et dont il pourroit donner une histoire et une notice aux scavants, qui ne serait point desagreable, mais i'apprends que ce grand homme s'en dispense, ne croyant pas, comme vous en voyés quelques choses dans sa lettre, qu'il doive plus s'occuper à ces sortes de choses. En voila beaucoup, monsieur, sur le chapitre de Mons. Menage; il y en auroit encor plus à vous dire sur celuy du Pere Mabillon et de Mons. l'Abbé de la Trappe: leurs disputes touchant les Etudes Monastiques s'eschauffent beaucoup. On parle d'une replique à la reponse de Mons. de la Trappe, imprimée en Hollande, que ie n'ay point veû, et dont l'on m'ecript en ces termes de Paris: On a imprimé en Hollande une autre replique que celle de Dom Mabillon à Mons. de la Trappe, dans laquelle on a inseré tout le venin dont ce Pere n'a pû honnetement remplir son ouvrage. Il y en a des exemplaires à Paris. La cabale est grande en faveur de Dom Mabillon. Mons. de la Trappe m'ecrivait dans sa derniere sur ce subiect, pour répondre à une lettre, que ie luy avais escripte: Je ne vous diray rien davantage sur le livre du Pere Mabillon, parlant de cette replique du Pere. Bien des Gens en sont degoustés, et il y en a d'autres qui le font valoir. Il veut entendre apparament par là cette Cabale. Je suis faché, qu'on en vienne à des extremités comme celle là, car ie suis bon amy des uns et des autres. Il vaudrait mieux qu'on n'eut iamais parlé d'etudes, puisqu'elles produisent de si mauvais effects. Les moines veulent estre presentement scavants à quelque prix que ce soit, et ne s'accommodent nullement du travail des mains; il est bien plus glorieux de faire des livres que de becher la terre; on tomberait bientost dans le mepris, si l'on ne scavait que cultiver des choux. Il pourrait neanmoins y avoir quelque milieu entre ces deux extremités; mais s'il n'en a point, il vault encor mieux passer sa vie à s'humilier en cultivant des choux, qu'à risquer de s'enfler en estudiant. Je me souviens d'une lettre que Mons. l'Abbé de la Trappe m'ecrivoit sur ce subiect, il y a assés longtems, et que i'ai monstré à Dom Mabillon. Il y auroit bien de la peine, me dit il, à me faire changer de sentiment sur le chapitre des etudes; il y auroit eu neanmoins quelques mesures à garder, et si on l'auroit fait, on auroit pu s'accorder. Mons. Bayle, dont ie viens de recevoir une lettre de Hollande, me parle de deux livres assés curieux, l'un est de Mons. Dodirel sur les auteurs de l'Histoire Auguste, et l'autre d'un Professeur de Hambourg nommé Mayer sur le libre de tribus impostoribus, qu'il asseure n'estre point un livre imaginé, et qu'il y en a un tel dans le monde. Je ne vous ay point dit, monsieur, touchant la replique de Dom Mabillon, que les Benedictins avoient voulu donner des memoires à un de nos amis et des vostres, pour travailler contre la reponse de Mons. l'Abbé de la Trappe, comme ils luy en donc desia donné pour un autre ouvrage, mais qu'il s'en est excusé. Je vous demande, monsieur, la continuation de vostre pretieuse amitié et de vos excellentes lettres, qui seront un grand preservatif à mes maux. Je suis, monsieur, avec tout l'estime et le respect possible et du meilleur de mon coeur tout à Vous etc.