Leibniz an des Bosses

Hanoverae 29 Aprilis 1715

GerhardtLatin

Non aspernanda sunt quae respondit D. Hartsoekerus; nondum tamen extra dubium rem collocant, itaque fortasse non inutile erit instare per replicationem adjunctae similem. Interea plane Tecum sentio, si quid mutet situs adversus in operatione Magnetis, fortasse accuratiore instrumento sensibile reddi posse, etsi in limatura ferri non sentiatur1.

Acutae solent esse objectiones Tuae mihique semper sunt gratae. Si qua detur Unio Realis, realisans vel potius substantialisans phaenomena, quaeris quid efficiat mutationes in ipso corpore? Respondeo, cum corpus, si pro substantia habeatur, nihil aliud esse possit, quam quod ex Unione Reali Monadum resultat, resultabunt inde etiam modificationes quas habebit, Monadum mutationibus respondentes, et fient hactenus quae vulgo docentur. Monades influent in hoc realisans, ipsum tamen in ipsarum Legibus nil mutabit, cum quicquid modificationum habet ab ipsis habeat quasi Echo, naturaliter scilicet, non tamen formaliter seu essentialiter, cum Deus ei tribuere possit quae Monades non dant, aut auferre quae dant. Quae contra proferri possunt, valebunt omnia in communem doctrinam substantiae corporeae, seu in id omne quod substantiale Monadibus superaddi potest. Sane si quid in corpore est substantiale praeter Monades, suarum propriarum modificationum capax esse debet, easque habebit naturaliter pendentes a monadibus quas unit, supernaturaliter a Deo, qui ab ipsis disjungere potest. Itaque cum ais debere aut a Deo per miraculum perpetuum habere modificationes suas, aut a Monadibus, dico a Monadibus habere naturaliter et plerumque, a Deo miraculose et raro, qui poterit efficere, ut Monadibus respondeat prius non suis. Si quod vinculum Reale possibile est, oportet ut possibilis sit unitorum in ipsum influxus, alioqui non erit cur vinculum eorum dici possit. Caeterum non opus erit poni nisi in corporibus quae habent Monadem dominantem, seu quae sunt unum per se ut organica, et huic semper hoc vinculum adhaerebit Monadi.

Altera objectio haec est: Si Monades omnes ex propria penu, ut sic loquar, et sine ullo physico unius in aliam influxu perceptiones suas habent, si praeterea cujuslibet Monadis perceptiones caeteris quae nunc a Deo creatae sunt Monadibus earumve perceptionibus praecise respondent, non potuit ergo Deus ullam ex his quae nunc existunt Monadibus creare, quin alias omnes conderet etc. Responsio est facilis et dudum data. Potuit absolute, non potuit hypothetice, ex quo decrevit omnia sapientissime agere et harmonikôtatôs. Deceptio autem creaturarum rationalium nulla foret, etsi Phaenomenis earum non omnia extra ipsas exacte responderent, immo si nihil: veluti si mens aliqua sola esset; quia omnia perinde evenirent, ac si essent alia omnia, neque illa cum ratione agens sibi damnum accerseret. Hoc enim est non falli. Ut autem judicium probabile quod formaret de existentia aliarum creaturarum, verum esset, non magis necessarium foret, quam necesse fuit ut terra quiesceret, quia paucis exceptis totum genus humanum ita merito olim judicavit. Non igitur ex necessitate, sed ex sapientia Dei fit, ut judicia ex maxime verisimilibus post plenam discussionem formata sint vera.

Nihil ab Archiepiscopo Cameracensi prodiit, quod non magnum ejus et singulare ingenium redoleret. Sed vellem facti infallibilitatem contra Bellarmini et tot aliorum magnorum virorum sententiam defendere non tentasset. Volui aliquando ipse per me penetrare in intima Jansenii sensa, sed tot alia agenda et meditanda non permisere. Quod superest, vale et fave. Dabam Hannoverae 29 Aprilis 1715.

P.S. Exemplum Theodicaeae meae in Gallia editae in duodecima quam vocant forma, nuper nescio cujus missu, ex Batavis accepi. Suspicor R. Patris Turnemini munus esse, cui gratias debeo, et ut meo nomine per occasionem agas peto.

Beilage: Leibniz an Hartsoeker

29 April 1715.

Je suis bien aise, Monsieur, d'apprendre par l'honneur de votre response que selon des experiences exactes que vous avés faites la vertu attractive de l'aimant n'est point diminuée, lorsqu'il se trouve dans une situation contraire à celle où il est disposé de se mettre naturellement. Cependant vous m'obligeriés, en me donnant plus d'instruction là dessus. Vostre Experience de la limaille de fer, laquelle s'estant rangée selon la situation de l'aimant garde cet arrangement quoyqu'on la tourne toute avec l'aimant, est ingenieuse et digne de vous. Mais quoyqu'il ne se remarque point une difference sensible dans cet arrangement, lorsqu'il y a un changement de situation, il ne s'ensuit point que l'action attractive de l'aimant ne puisse estre assés combattue, pour que quelques autres effects qu'elle a soyent diminués sensiblement. Par ce qu'il se peut que l'effect de cette petite diminution ne puisse pas se faire assez remarquer dans la limaille qui consiste en parcelles petites et courtes et qui ont de la friction contre le fond et les unes contre les autres et qui se sont dejà liées, il faudroit une force notable pour les obliger à se placer autrement, et il faudroit une grande diminution de la force de l'aimant pour faire cesser la liaison, et un aimant un peu moins fort de soy, mais d'ailleurs semblable en tout à celuy qu'on a employé, auroit pu leur donner le même arrangement. Ainsi la durée de cet arrangement ne prouve point la durée de la force. Mais si l'aimant tiroit ou remuoit egalement une eguille egale et semblable à une meme distance, soit que la situation de l'aimant fut naturelle ou contrainte, on seroit plus asseuré du fait, et on pourroit asseurer que la difference n'est point sensible, parcequ'il n'y a point de moyen plus propre à rendre sensible le degré de la force attractive de l'aimant que de le faire agir sur une eguille. Il paroist meme, Monsieur, que vous avés dejà fait autresfois des experiences approchantes, et c'est ce que je souhaiterois d'apprendre.

Vous dites, Monsieur, que le courant de la matiere magnetique de la terre est tres foible. Mais on y pourra objecter qu'il est peutestre en quelques rencontres plus fort que l'aimant. Par exemple supposons qu'une aiguille aimantée soit solicitée par deux forces opposées, l'une de la verticité, l'autre de l'attraction, la premiere venant du magnetisme de la terre, qui tache de tourner une des extremités de l'eguille vers le Nord, l'autre venant du magnetisme de l'aimant, qui tache de l'attirer et de la tourner vers luy: en ce cas il peut arriver, que la verticité soit plus forte que l'attraction, car l'aimant pourra estre placé à une telle distance, qu'il seroit capable de tourner l'aiguille, si elle n'estoit point aimantée et n'avoit point d'inclination de se tourner vers le Nord, mais qu'il n'est point capable de surmonter la propre inclination de l'eguille.

Cependant je m'avise d'une response à cette objection que je sousmets à vostre jugement, qui est que l'aiguille aimantée n'est point tournée au Nord par la force magnetique de la Terre, mais par celle qu'elle a receue de l'aimant. Ainsi supposé que ces actions viennent de certains courans de matiere magnetique, cette aiguille aura son propre courant, quoyque moins fort, comparable pourtant sensiblement avec celuy de l'aimant.

Ainsi le moyen d'apprendre si la force magnetique du globe de la terre peut avoir sur le champ une efficace sensible sur l'aimant, est justement ce que j'ay proposé pour estre examiné, savoir si le changement de la situation s'oppose sensiblement à l'action de l'aimant. Je dis sur le champ, car à la longue il me semble que les experiences qu'on a faites apprennent qu'une certaine situation de longue durée peut affoiblir et même detruire à la fin la verticité d'une aiguille aimantée, et en donner à un fer qui n'en a point. Je dis d'une eguille, car peutestre en est-il autrement de l'aimant, et peutestre qu'il retiendroit sa premiere verticité et encore plus sa force attractive, quand meme il demeureroit long temps dans une situation contrainte.

J'ay pris la liberté de m'etendre pour vous donner occasion de m'eclairer sur cette matiere, ce que vous pouvés mieux que personne.

  1. 1Siehe die Beilage.
  2. 1Leibniz hat bemerkt: pour M. Hartsoeker. Le R. P. des Bosses le luy pourra envoyer en son nom.