Leibniz an Foucher

17/27 d'Octbr. 1692

GerhardtFrench

17/27 d'Octobr. 1692.

Je remercie tres humblement M. l'Abbé Gallois des memoires de l'Académie royale, aussi bien que de toutes ses autres bontés qui passent mes mérites. Je profiteray de vostre avis à son égard. Il y a des meprises dans le recit de l'invention du phosphore, je sçay les choses d'original. J'envoyeray un recit seur, si on le veut bien. Je ne dis pas cela pour choquer M. Homberg, pour lequel j'ay bien de l'estime, mais je ne voudrois pourtant pas qu'on trouvât à redire avec raison aux memoires d'une compagnie si illustre, et si M. Homberg a esté abusé là dedans par le rapport d'autruy, cela luy fera aussi peu de tort qu'à M. l'Abbé Gallois luy même.

Je n'avois garde de penser qu'on songeroit à m'accorder une place honnoraire dans l'Académie, que je n'aurois osé prétendre, et si j'avois dit, en écrivant à M. Pelisson, que j'estois de l'Académie, on auroit eu sujet de se moquer de moy. Cependant je vous avoue, Monsieur, que si j'avois sçu que M. Pelisson, prevenu par la bonté qu'il a pour moy, trouveroit dans les lettres que je luy ecrivois quelque chose qu'il voudroit joindre à ses excellens ouvrages, ut pannum purpurae, je me serois gardé d'entrer dans le detail des choses qui me touchent; qui paroistra affecté à ceux qui ne voyent pas les occasions que la suite des lettres avoit fournies. Ainsi je ne songeois à rien moins qu'à voir ces choses publiées jusqu'au moment que j'en ay receu l'impression.

Je vous remercie aussi bien fort de vostre continuation de la philosophie des Academiciens, et je suis ravi de voir que vous leur prestés des interpretations raisonnables. Le meilleur seroit de reduire tout aux premieres verités; mais en attendant il sera tousjours bon de prendre les secondes qu'on attrape en chemin.

L'auteur qui repond à mon argument contre l'etendue prise pour l'essence de la matiere, m'accorde ce que je veux sans y penser: il avoue que l'etendue est indifferente au mouvement et au repos, et que pour expliquer l'inertie de la matiere, il faut employer autre chose, sçavoir la force. Je m'étonne souvent que des personnes d'esprit, et qui méprisent Aristote, s'éloignent tellement de la logique en raisonnant.

Mes baisemains surtout à M. Lantin.