Series VI Band 4 · No. 448.
Aus und zu Lettres de Arnauld au Malebranche
[Winter 1685/86 (?)]
[Winter 1685/86 (?)]
Lettres du M. Arnaud docteur de Sorbonne au R. P. Mallebranche prestre
*[p. 8] S. Jerome estoit fort attaché à l'opinion de quelques auteurs qui vouloient que ce n'eust esté que par feinte que St. Paul avoit repris St. Pierre. Il la soûtient avec tant de chaleur dans une tres longue lettre, qu'il ne craignit point de dire, qu'il pourroit trouver quelque chose d'heretique dans la maniere dont S. Augustin avoit expliqué cette difficulté. Mais il paroist qu'il se rendit à la replique que St. Augustin luy fit puisqu'il a embrassé son sentiment dans des ouvrages qu'il a faites depuis, comme il y a long temps que l'ont remarqué de sçavans hommes, il en arriva de même à Vincent Victor. Il regardoit comme des grandes verités ce qu'il avoit écrit contre St. Augustin de l'origine de l'ame et de sa nature, mais les livres que ce St. fit pour le refuter luy ouvrirent les yeux, et Dieu luy fit la grace d'estre assez humble pour envoyer sa retractation à celuy qui l'avoit tiré de l'erreur.
[p. 12 sq.] S. Augustin repondant à un S. Moine nommé René, qui avoit envoyé à S. Augustin les deux livres de Vincent Victor temoigne de luy en estre obligé et même de ne pas sçavoir mauvais gré à celuy qui les avoit ecrit, (de orig. an. lib. 1. c. 1.) et même il dit* *à son censeur (lib. 4. c. 1.) si vous aviés repris en moy des choses dignes d'estre reprises, je ne ferois pas difficulté de faire voir en ma personne, qu'un vieillard peut donner à un plus jeune, et un superieur à un inferieur un exemple d'acquiescement à la correction qu'on luy auroit faite, d'autant plus edifiant, qu'il seroit plus humble«.
[p. 16 sq.] Raisonnement du P. Malebranche; si Dieu agissoit par des volontés particulieres il ne seroit pas sage. Car un estre sage proportionne tousjours les moyens à la fin.
[p. 18] Selon le p. Malebranche (dans son Dernier éclaircissement p. 327) Dieu fait* *tout, les anges et les hommes n'ont leur puissance, que parce que Dieu a bien voulu se faire une loy, pour ainsi dire, de leur obeïr, ainsi je n'ay la puissance de remuer mon bras, que par ce que Dieu a establi les loix de l'union de l'ame et du corps; ainsi je ne remue actuellement le bras, que parceque Dieu fait semblement ce que je desire, et ce que je pense faire. Et p. 331. Les miracles de l'ancien testament, ne sont que des suites des loix* *generales, que Dieu s'est faites, pour communiquer sa puissance aux anges.
[p. 29] Dieu a fait neantmoins ces merveilles que par des volontés generales; car s'il les avoit faites par des volontés particulieres les Anges ne l'auroient point faites par une puissance que Dieu leur avoit donnée de conduire son peuple.
[p. 18] Et p. 327: Quoyque selon St. Estienne et St. Paul la loy ait esté donnée par les anges, ce que dit Moise dans l'Exode, que c'est Dieu qui l'a donnée ne laisse pas d'estre* *vray, parceque Dieu execute tousjours comme cause veritable, ce que les creatures font comme causes occasionnelles. Contre cecy Monsieur Arnaud raisonne ainsi dans sa dissertation, on pourroit dire par la même raison que l'Alcoran de Mahomet, et le Manuel* *d'Epictete sont des choses divines, aussi bien que la loy de Moyse, parceque selon l'auteur de ce systeme ç'a esté Dieu qui a écrit ces livres comme cause veritable et reelle, en remuant les doigts d'Epictete, et de Mahomet, pour en former tous les caracteres, et que l'un et l'autre n'a rien fait en cela que comme causes occasionnelles, selon la puissance que Dieu leur avoit donnée.
[p. 25 sq.] 2de lettre de M. Arnaud. Sa premiere lettre traite en general qu'on doit garder la moderation en disputant, et quand nostre adversaire veut faire voir que de même sentiment il s'ensuit quelque chose d'absurd ou d'impie (à quoy il n'a pû manquer sans sacrifier ce qu'il croit estre la verité, à une fausse delicatesse, et aux égards, qu'il a pour l'amitié) nous ne devons pas nous plaindre qu'il nous traité d'insensés ou d'impies. Dans la 2de lettre M. Arnaud examine si le P. Malebranche a eu de sujet de se plaindre que M. Arnaud luy imputoit de croire que Dieu ne fait rien que par des volontés generales.
[p. 27] Mons. Arnaud luy même avoit cité un passage du pere Malebranche tiré de sa
7me meditation, où il dit qu'il estoit facile de prouver aux Athées ou aux impies que les*
*corps organisés c'est à dire les animaux et les plantes n'ont point esté formés par un
concours fortuit d'atomes mais qu'ils doivent avoir esté formés par des volontés particulieres
de Dieu.
[p. 29-31] M. Arnaud dans sa dissertation p. 90. 91. raisonne ainsi: ce que l'auteur *(le P. Malebranche) appelle les desseins eternels que Dieu execute par les desirs des anges, ne peuvent estre que des desseins generaux d'executer ce que viendroient les anges, et non des desseins particuliers de faire un tel miracle, de donner à Moyse de telles loix, et son systeme seroit renversé si on admettoit en Dieu ces volontés particulieres. Puisqu'il veut que Dieu s'est accommodé seulement à la volonté des anges, comme il se seroit accommodé à ma volonté. Quand il remue le bras pour moy, si tost que je le desire: S. Estienne et S. Paul disent que la loy a esté donnée par les anges, et Moyse dans l'exode* *dit que c'est Dieu qui l'a donnée; les peres le concilient, disant que l'ange parloit en la personne de Dieu, d'où vient qu'il ne craint pas dire, je suis celuy qui est. La sainte ecriture dit de Dieu, que luy seul a fait ces grandes merveilles, qui *facit mirabilia magna solus*.
*[p. 36] Le p. Malebranche avoue que les miracles n'ont pas esté faits par des volontés particulieres. Il dit que Dieu ne fait rien par des volontés particulieres, que la necessité de l'ordre ne le demande, ou (comme il adjoute enfin particulierement dans le dernier ouvrage) ne le permet«. Item: Dieu n'agit que par des loix generales dont* *l'efficace est determinée par des causes occasionnelles, si la necessité de l'ordre qui à l'égard de Dieu même est une loy inviolable n'oblige à en user autrement. Mais les Saints Pères ont crus que mêmes les evenemens heureux ou malheureux des hommes ne leur arrivent que par des volontés particulieres de Dieu. St. Augustin a eu une autre idée de Dieu, qui luy a permis de gouverner le monde par des volontés particulieres. Le P. Malebranche avoue que St. Paul parle de la sanctification et de la predestination des saints comme si Dieu agissoit sans cesse en eux par des volontés particulieres. Mais il pretend que ce sont des anthropologies et qu'on en doit corriger le sens literal par l'idée qu'on a de Dieu. Mais M. Arnaud dit que c'est une estrange temerité, que d'avoir «osé» dire ces choses.
[p. 45] Le pere Malebranche avoit dit dans le 3me éclaircissement: Dieu veut que* *tous les hommes soyent sauvés; et il fait tout ce qu'il veut, cependant la foy n'est pas donnée à tous les hommes, et le nombre de ceux qui perissent est plus grand que celuy des predestinés, c'est pourquoy afin d'accorder cecy avec la puissance il faut dire que sa sagesse l'a rendu impuissant en l'obligeant d'agir par les voyes les plus simples, c'est à dire de ne point agir par des volontés particulieres. Mais le raisonnement du P. Malebranche est renverse lors qu'en adoucissant son systeme, il avoue que Dieu peut agir par des volontés particulieres, quand l'ordre le demande, ou permet. Puisque son plus grand dessein selon le P. Malebranche même est d'elever en son honneur un temple, dont Jesus Christ soit la pierre fondamentale, qui doit estre le plus grand qui se puisse. Ainsi il est plus sage que Dieu agisse par des volontés particulieres.
[p. 27] Le P. Malebranche luy même dans la 7me meditation avoit dit qu'il y estoit* *facile de prouver à des Athées que les corps organisés, cet à dire les animaux et les plantes n'ont point esté formés par un concours fortuit des Atomes, mais qu'ils doivent necessairement avoir esté formés par des volontés particulieres de Dieu.
[p. 29] Desseins eternels que Dieu execute par les desirs des anges.
[p. 33 sq.] Dieu n'agit point par les volontés particulieres quand il est determiné à agir par la cause occasionnelle, à qui il s'est fait une loy d'obëir.
[p. 40 sq.] Il semble que le P. Malebranche dans sa Reponse a voulu se reconcilier* *avec les volontés particulieres. Ses autres livres estoient pleins de ces propositions generales, que la cause universelle ne doit point agir par des volontés particulieres, que c'est faire agir Dieu en homme, que de le faire agir en cette maniere, et que sa sagesse le rend impuissant et ne luy permettant pas d'agir par des volontés particulieres, lors même qu'en agissant par ces volontés particulieres, il accompliroit le plus grand de ces desirs, qu'il ne sçavoit accomplir en agissant d'une autre maniere (+ à mon avis toutes les actions de Dieu ne sont pas des exceptions mais conformes aux regles generales. Et comme il n'y a point de ligne librement faite de la main, quelque irreguliere qu'elle paroisse, qui ne puisse estre reduite à une regle ou definition, de même toute la suite des actions de Dieu, compose une certaine disposition toute reguliere, sans aucune exception. Et cette disposition a cela de plus, qu'elle est la plus parfaite qui se puisse, ou la plus simple, comme de toutes les lignes, qui peuvent passer par les mêmes points, une est la plus simple +).
Cela le p. Malebranche dans le 4me chap. de sa Reponse au livre des idées dit p. 53:*
*je pretends prouver que Dieu ne fait rien dans le monde que par des loix generales,
j'excepte les miracles. Et p. 60: Dieu n'agit que par des loix generales, dont l'efficace~~
est determinée par les causes occasionnelles, si
la necessité de l'ordre, qui à l'égardde Dieu même est une
~~me semble que cette exception de la necessité de l'ordre n'est pas une exception, car la
volonté la plus generale de toutes à laquelle point de particuliere fait exception, c'est
d'agir suivant l'ordre +). Et dans l'idée de son éclaircissement il dit que Dieu n'agit point*
*par des volontés particulieres que la loy inviolable, ne l'oblige d'en user autrement. (+ Mais ilnecessité de l'ordre ne le demande. Mais dans
sa 2de Reponse le P. Malebranche est plus liberal, car p. 13 il dit: Dieu agit tousjours [par]*
*des volontés particulieres, lors que l'ordre le veut, et souvent lorsque l'ordre le permet. Et
p. 17 Dieu n'agit point par des volontés particulieres que l'ordre ne le demande ou ne le
permette, c'est à dire qu'il n'y ait pour cela quelque raison que Dieu doive preferer à
cellecy que sa conduite porte le caractere de son immutabilité, qui demande que sa
maniere d'agir soit tousjours la même, en un mot, qu'il ne soit plus sage que Dieu agisse
par des volontés particulieres qu'en consequence des loix generales.
Troisieme lettre. [p. 47-51] Le P. Malebranche veut dans sa Reponse que la* *morale a esté donnée par la main de Dieu et non par le ministère des anges; et que la loy ceremoniale a esté donnée non par des volontés particulieres mais par le ministere des anges, comme si ministere des anges et volonté particuliere estoient des choses opposées (+ l'annonciation de la vierge par l'un et l'autre +). S. Estienne act. VII. [53] parlant de la* *loy donnée par le ministere des anges, entend la loy morale puisque d'avoir tué les prophetes etc. est contre la loy morale. Et Hebr. II. 2. de même de la violation de la loy* *(morale) donnée par les anges. Et S. Paul ad Galatas III, 19. *lex propter transgressionem posita est ordinata per angelos in manu mediatoris*. Ce qui se doit entendre de la loy* morale aussi bien que de la ceremoniale comme aussi S. Aug. l'explique ainsi: Digito Dei *signifie en effect des volontés particulieres. Mais la bouche de Dieu, Deus dixit, tout demeure car Dieu n'a pas plus une bouche que des doigts. Le P. Malebranche establit encor une nouvelle maxime et veut que Dieu ne devoit pas establir par des volontes particulieres ce qui devoit estre abrogé.
[p. 52 sq.] Mais il y a bien à dire à cela. Il dit même formellement qu'elle estoit indigne de Dieu et digne seulement d'un ange. Il y a bien des choses à dire, le 3me precepte du Decalogue, qu'il reconnoist estre de Dieu a esté aboli dans la nouvelle loy. La loy de grace et les sacremens ne doivent pas tousjours durer. Les Manicheens se servent fort prevalus de cette façon de parler que la vieille loy estoit indigne de Dieu.
[p. 55-59] Le P. Malebranche s'imagine fort estrangement que Dieu a donné luy même le Decalogue mais que S. Michel a reglé les ceremonies estant assez éclairé pour cela. Au lieu que c'est tout le contraire et S. Michel ne pouvoit ignorer les deuvoirs les plus communs contenus dans le Decalogue. Outre que le P. Malebranche veut que les choses qui ne sont pas des volontes immuables et eternelles, ne se voyent point dans le verbe. Ainsi les anges quelque éclairés qu'ils soyent par l'union avec le verbe ne les pouvoient point prevoir. Et delà il conclut quelque part par une pensée tres injurieuse à l'ame de Jesus Christ que son ame sainte ne connoit l'existence les modifications et les rapports des creatures que par une espece de revelation, que son pere ne luy fait pas tousjours mais seulement quand elle le desire. Les anges ont executé la volonté de Dieu au lieu que le P. Malebranche veut que Dieu a executé la leur. Le P. Malebranche est obligé d'avouer que l'Ange Gabriel estoit venu par une volonté particuliere de Dieu et que ce n'estoit pas l'ange asseurement qui avoit choisi la Ste vierge.
Quatrieme lettre. [p. 81] Le pere Malebranche dit: qu'il estoit à propos que Dieu pour former le monde futur establit une cause occasionnelle intelligente et eclairée de la sagesse eternelle, à fin qu'elle put remedier aux defauts qui se rencontrent necessairement dans les ouvrages formés par des loix generales. [p. 77] Il veut que l'ame de Jesus Christ, est cette cause, et que Dieu s'accommode à ses desirs tout humains, c'est à dire, ceux qu'elle a sans y estre determinée par une volonté particuliere de Dieu à fin de luy epargner les volontes particulieres. [p. 75] A peu près comme les hommes ont des volontés sur les choses ordinaires, au lieu que ce que les Prophetes ou Apostres ont écrit venoit de l'inspiration du S. Esprit. [p. 80] M. Arnaud veut que l'ame de Jesus Christ n'a point de desir au quel le verbe ne le determine.