Series VI Band 4 · No. 339.
Remarques touchant Méditations sur la Métaphysique (de l'Abbé de Lanion), publiées l'an 1678, en petit
[Sommer 1678 bis Winter 1680/81 (?)]
[Sommer 1678 bis Winter 1680/81 (?)]
Remarques touchant *Meditations sur la Metaphysique, publiées l'an*
Comme je sens que je suis né libre) Il seroit bon de dire ce que c'est que liberté. Mais je passe cela parce que la mention qui se fait icy de la liberté n'interesse pas les raisonnemens qui suivent.
J'ay ouy dire qu'il y avoit un Dieu) Il n'est pas encor necessaire de l'y mêler quoyque M. des Cartes l'ait fait aussi: mais je ne voy pas que la methode nous donne icy occasion de l'y faire entrer: puisque nous avons déjà assés de raisons de douter, prises des choses mêmes, et que c'est plutost le souvenir d'un ouy-dire, c'est à dire un hazard que l'ordre qui nous y fait penser. Cependant je ne m'arresteray pas la dessus (: Quoyqu'il y ait souvent lieu de faire la même remarque dans la suite :) puisqu'elle ne touche pas la force du raisonnement, mais seulement l'art d'inventer.
Pour etablir quelque chose de ferme et de solide dans les sciences, je dois douter de tout) Il me semble qu'il n'est pas necessaire surtout aujourd'huy de tant insister la dessus. On peut demonstrer les choses demonstrables sans faire tousjours mention des choses douteuses. 2. Meditation
Je suis convaincu par un sentiment interieur que toutes ces choses sont en moy) Voilà la premiere fois qu'on parle de conviction: et la cause de cette conviction c'est le sentiment interieur. Mais d'où vient que les sentimens interieurs sont seurs? Il falloit expliquer cela. On me dira: que c'est parce que sans cela il n'y a rien de seur du tout. Soit, diroit peutestre un autre sceptique. Mais je ne suis pas de ce sentiment, et je croy qu'on peut dire quelque chose de plus satisfaisant.
Je ne conçois point clairement la nature de ce qui est en moy) Cela est peut estre moins éloigné de la verité que de M. des Cartes. 3. Meditation
J'ay senti que je ne pouvois douter que j'étois ou ce qui est la même chose j'ay
*conçu clairement et distinctement que j'existois. Je puis donc admettre pour principe que
tout ce que je conçois clairement et distinctement est indubitable*)
Il me semble que l'auteur veut donner icy une marque de certitude, qui est de sentir
qu'on ne peut pas douter. Mais elle est obscure, et fort sujette aux caprices des hommes.
Il y auroit un peu plus de clarté, s'il avoit dit que c'est lorsque je ne trouve pas des raisons
de douter; mais cela ne donne qu'une conjecture ou presumtion. On pourroit encor mieux
dire que c'est lors que je vois qu'on ne peut trouver des raisons de douter. Cela est bon:
mais comment le peut-on voir?
(§. Premierement) L'idée qui me represente un estre infiniment parfait est bien differente de celle qui me represente un estre borné.) J'avoue qu'il est temps icy de parler de l'estre infiniment parfait. Mais il auroit esté bon de nous faire voir comment et pourquoy. C'est parce qu'ayant consideré les idées en general, il faut que je les considere en particulier, et comme il n'y a point de Minimum dans les idées, il faut commencer par l'autre bout, c'est à dire par la plus grande s'il y en a.
(§. Je dois donc conclure) Ayant dans moy l'idée d'un estre infiniment parfait) Je voudrois que l'auteur se fût appliqué d'avantage à nous faire appercevoir qu'il y en a une. Est ce parce qu'on en peut raisonner? Mais on peut raisonner aussi sur de numero maximo, qui ne laisse pas d'impliquer contradiction aussi bien que maxima velocitas. Il faut encor beaucoup de méditations profondes pour achever la demonstration de l'existence de Dieu, fondée sur l'existence de son idée.
(§. Or comme on ne peut) Il semble que l'auteur veut prouver icy qu'il y a une idée de l'estre infiniment parfait. Car la substance infinie dit-il a plus de realité que la finie, donc j'ay plustost en moy la notion de l'infini que du fini. Je ne voy pas bien cette consequence: d'autant qu'on peut douter si elle n'implique pas. Il adjoute je conçois que je ne suis pas tout parfait parce que j'ay en moy l'idée d'un estre plus parfait que le mien. Mais cela ne prouve pas encor la these à mon avis. Car je puis juger que le binaire n'est pas un nombre infiniment parfait parce que j'ay ou puis appercevoir dans mon esprit l'idée d'un autre plus parfait, et encor d'un autre plus parfait que celluy-ci. Mais après tout je n'ay pas pour cela l'idée d'un nombre infini, quoyque je voye bien que je puisse considerer un nombre plus grand que quelque nombre donné que ce soit. 4. Meditation
Je n'entends pas bien la distinction que l'auteur fait entre l'entendement et la volonté. Je me considere dit il, ou entant qu'appercevant et recevant des idées et connoissances c'est ce que j'appelle entendement ou entant qu'estant poussée et determiné vers ces idées, et c'est ce que j'appelle volonté. Mais n'est ce pas estre poussé ou determiné vers certaines idées, plustost que vers quelques autres, quand on s'en apperçoit.
Ce qu'il y dit de la cause des erreurs ne me satisfait pas encor. Il est vray qu'on se
trompe, quand on juge des choses sans les considerer assés: mais d'où vient qu'on juge
inconsiderément. C'est là la question, ou plustost en general, d'où vient qu'on juge? Car
de là depend la raison pourquoy l'on juge mal.
J'ay (dit-il) une Idée claire, lors que j'apperçois distinctement les rapports qu'elle
a avec une ou plusieurs autres idées, et j'ay une idée confuse lorsque je ne connois
qu'imparfaitement ce rapport.
Mais il seroit bon de sçavoir ce que c'est que rapport, et ce que c'est que de s'appercevoir de quelque chose distinctement ou imparfaitement, il adjoute que la connoissance *de moy même est confuse, parce que je ne l'ay que par un sentiment interieur, et non par une idée claire, puisque je n'ay aucune idée de ma pensée*.
Je m'étonne que l'auteur dit, qu'il n'a point d'idée (ny confuse ny claire) de la pensée. C'est prendre le mot d'idée autrement que des Cartes. Et je desire d'en apprendre la notion. Cependant il est peut estre vray que nous n'avons pas une idée assés distincte de la pensée.
Tout ce que je conçois clairement et distinctement appartenir à quelque chose luy appartient. Cette regle ne suffit pas que nous n'avons pas une marque distincte de ce que c'est que clair et distinct. Il y en a pourtant. 6. Meditation
Je ne conçois point que l'étendue puisse avoir en soy la force de se rendre intelligible. *Il faut donc necessairement que Dieu, c'est à dire un estre intelligent et une puissance infinie soit la source de toutes mes idées* et que nous appercevons les choses dans la substance de Dieu même. Je tiens la conclusion tres veritable et tres excellente, mais pour la preuve j'y trouvé de la difficulté. Car quoyque l'étendue ne se puisse faire sentir, elle peut estre accompagnée de quelque autre chose qui le pourra peut estre.
Les raisonnemens qui suivent pour faire voir que nous ne pouvons pas prouver
aisément qu'il y a de l'etendue hors de nous sont tres bonnes.
J'approuve fort ce que l'auteur dit de la simplicité des decrets de Dieu qui sont cause de quelques maux particuliers, par exemple qui excitent la soif en moy lors qu'il m'est nuisible de boire. On pourroit pourtant objecter, si Dieu ne pouvoit pas inventer des decrets universels assés simples mais en même temps capables d'exclure tous les maux particuliers. Car si Dieu ne le peut pas, il s'en suivra, ou que Dieu n'est pas parfait autant qu'il le peut estre; ou que la nature des choses en elle même (ce qui revient à Dieu en effect) est imparfaite, puisqu'elle ne le peut fournir à Dieu. Comme si l'on disoit que la nature des nombres est imparfaite parce qu'il luy est impossible de fournir un nombre qui exprime la diagonale du quarré: Mais on peut repondre, qu'elle seroit bien moins parfaite, si elle pouvoit fournir ce nombre.
Je suis obligé de dire ingenûment que la preuve qu'il y a dans cette meditation de la
distinction entre mon esprit et mon corps ne me satisfait pas. Car puisque l'auteur avoue
que nous ne concevons pas distinctement la pensée, il ne suffit pas qu'il peut douter de
l'etendue (c'est à dire de celle qu'il conçoit distinctement) sans pouvoir douter de la
pensée pour connoistre jusqu'à où va la distinction de ce qui est étendu et de ce qui pense.
S'il pouvoit pouvoir qu'il n'y a point d'etendue, ou s'il concevoit distinctement ce que
c'est que la pensée, l'argument seroit convainquant.