Series VI Band 4 · No. 310.

Dans les corps il n'y a point de figure parfaite

[April bis Oktober 1686 (?)]

French

 [April bis Oktober 1686 (?)]

Il n'y a point de figure precise et arrestée dans les corps à cause de la division actuelle des parties à l'infini.

Soit par exemple une droite ABC je dis qu'elle n'est pas exacte. Car chaque partie de l'univers sympathisant avec toutes les autres il faut necessairement que si le point A tend dans la droite AB, le point B ait une autre direction. Car chaque partie A tachant d'entrainer avec elle toute autre, mais particulierement la plus voisine B, la direction de B sera composée de celle d'A, et de quelques autres; et il ne se peut point que B indefiniment voisine de A soit precisement exposée de la même façon à tout l'univers que A, en sorte que AB composent un tout, qui n'ait aucune sousdivision.

Il est vray qu'on pourra tousjours mener une ligne imaginaire chaque instant, mais cette ligne dans les mêmes parties ne durera que cet instant, parce que chaque partie a un mouvement different de toute autre puisque elle exprime autrement tout l'univers. Ainsi il n'y a point de corps qui ait aucune figure durant un certain temps quelque petit qu'il puisse estre. Or je crois que ce qui n'est que dans un moment n'a aucune existence, puisqu'il commence et finit en meme temps. J'ay prouvé ailleurs qu'il n'y a point de moment moyen, ou moment du changement. Mais seulement le dernier moment de l'estat precedant et le premier moment de l'estat suivant. Mais cela suppose un estat durable. Or tous les estats durables, sont vagues; et il n'y [a] aucun de precis. Par exemple, on peut dire qu'un corps ne sortira pas d'une telle place plus grande que luy durant un certain temps, mais il n'y a aucune place precise ou egale au corps, où il dure.

On peut donc conclure, qu'il n'y a aucun mobile d'une certaine figure, par exemple il n'est pas possible qu'il se trouve dans la nature une sphere parfaite qui fasse un corps mobile, en sorte que cette sphere puisse estre mue par le moindre espace. On pourra bien concevoir une sphere imaginaire qui dans un tas de pierres passe à travers de toutes ces pierres, mais on ne trouvera jamais aucun corps, dont la surface soit precisement spherique.

In instanti le mouvement n'estant pas consideré, c'est comme si la masse estoit toute unie; et alors on peut luy donner telles figures qu'on veut. Mais aussi toute la varieté dans les corps cesse; et par consequent tous les corps sont detruits. Car le mouvement ou l'effort fait leur essence ou difference. Et dans ce moment tout revient en caos. L'effort ne sçauroit estre concû dans la masse seule.