Series II Band 4 · No. 66.
LEIBNIZ AN WILLIAM PULTENEY
[Hannover, nach April 1704]
[verworfenes Teilkonzept L1 ]
Je vous renvoye, Monsieur avec remerciment ce que vous m'aves communiqué des Lettres imprimées de M. Toland qui ne va que depuis pag. 113 jusqu'à pag. 192. Je voy qu'il approuve et confirme un sentiment, que j'ay soutenu aussi dans les journaux de Leipzig, de Hollande et de Paris, qu'il ne faut pas seulement reconnoistre le mouvement dans les corps, mais aussi la force mouvante; qui fait que la substance corporelle est active essentiellement. Autrement il faudroit dire que Dieu entretient le mouvement dans les corps d'une maniere extraordinaire et miraculeuse. Cependant il ne faut point nier son concours ordinaire à toutes les actions des creatures, sous prétexte que Dieu seroit ainsi auteur du mal. [ - - - ] Et je ne voudrois point dire [ - - - ]tend par la [ - - - ] et est indifferent de soy à toute sorte de mouvemens [ - - - ] rend les [ - - - ] et est indifferent de soy à toute sorte de mouvemens [ - - - ] on pas ce [ - - - ] que l'argument [ - - - ] mouvement [ - - - ]el est solide [ - - - ] Toland [ - - - ]ie dira rien [ - - - de]pendance que les actions des creatures doivent avoir de Dieu [ - - - d]ependance que les actions [bricht ab]
[Konzept L2 ]
Je vous renvoye, Monsieur, en vous remerciant ce que vous m'avés communiqué des
Lettres de M. Toland depuis pag. 113. jusqu'à pag. 192. La premiere et la seconde Lettre n'y est
point, non plus qu'une partie de la troisieme qui parle de l'origine de l'idolatrie et du paganisme;
il n'y a donc que la 4me entiere, qui est contre le systeme de Spinosa, et elle est suivie
d'une partie de la cinquieme faite pour prouver que mouvement est essentiel à la matiere. Il
remarque contre Spinosa que cet auteur ne satisfit point à la priere de son ami (qui est le mien
aussi) et luy demanda comment de l'extension pouvoit naistre le mouvement dans les corps et
que Spinosa luy ayant fait esperer une Explication de cette difficulté, ne paroist avoir satisfait à
sa promesse puisqu'il ne s'en trouve rien dans ses oeuvres posthumes. M. Toland croit donc que
les difficultés sur la cause du mouvement viennent de ce qu'on confond le mouvement local
avec la force mouvante; et que n'admettant point cette force dans les corps on est obligé de
recourir à Dieu pour entretenir le mouvement d'une maniere extraordinaire, ce qui est
comme dit Ciceron: confugere ad Deum tanquam in aram. En quoy je croy que M. Toland a
raison, et j'ay soutenu la même chose dans quelques petits écrits inserés dans les journaux de
Leipzic, de Hollande et de France. Je ne voudrois pourtant point nier pour cela le concours
ordinaire de Dieu à chaque action en particulier, sous pretexte que cela le rendroit auteur du
peché.
Quant à la question si le mouvement est essentiel à ce qui se meut; je voudrois distinguer entre corps et la matiere. Le corps est essentiellement en action, mais la matiere est ce que nous concevons dans le corps comme indifferent à toute sorte de mouvemens et consistant dans la seule solidité. La matiere est une notion incomplete, mais la Substance corporelle est une notion entiere qui enferme les principes de tout ce qui arrive au sujet, et par consequent l'Action aussi.
Ainsi il faut prendre garde de conserver la dependance que les actions des creatures ont continuellement du concours de dieu; et encor la dependance que les actions des corps ont d'un principe immateriel, qui a fourni dejà aux anciens l'argument du mouvement au moteur, et même au premier moteur, car quoyqu'il y ait de la force active dans les corps, neantmoins tant l'existence que l'exercice ou la determination de cette force ne sauroit se mettre la matiere que par une raison superieure aux corps. Ainsi les philosophes ont eu raison depuis Anaxagore de prendre la matiere comme l'on dit pag. 142. lettre 4 pour une masse sans action.
Le correspondant de Spinosa qui le pressoit de luy expliquer comment de l'extension vient le mouvement, et la varieté des choses a esté une personne de ma connoissance qui a bien du merite. Cette personne croyoit que Spinosa pourroit encor dire quelque chose la dessus; comme elle me le disoit alors.
Si Spinosa entendoit par un Estre qui pense, ce que nous entendons par ce mot, c'est à dire un estre a reflexion, il avoit tort d'attribuer la pensée à tous les corps, mais s'il entendoit generalement toute sorte de la perception par la pensée, il avoit raison. Mais l'argument de M. Toland contre Spinosa où il pretend qu'il n'y a point de pensée sans cerveau ne sauroit avoir de force, car nous ne devons pas juger de toute la nature par les particularités des corps qui sont à l'entour de nous. Faudrat-il que tous les Genies qui nous surpassent peutestre au delà de ce qu'on peut dire, ayant des cerveaux des cranes et des mouelles. C'est comme si les poules s'imaginoient que les semences de tous les animaux sont comme les oeufs qu'ils pondent.