Series II Band 3 · No. 75.
LEIBNIZ AN CLAUDE NICAISE
Hannover, 14./24. September 1696. [70.85.]
Hanover ce 14/24 Septembr. 1696
Vous
Les libraires qui reimpriment le recueil de Leonard m'ont donné avis de leur dessein, et m'ont demandé communication de telles pieces. Mais ils m'ont fait sçavoir en même temps qu'ils vouloient prendre les traités contenus dans mon Code diplomatique, pour les disperser par leur ouvrage. Je leur ay temoigné que je ne l'approuvois pas. Mais que je consentirois qu'ils fissent de mon ouvrage (avec ce que je leur donnerois encor) un tome à part, pour ne point deranger ny mettre en capilotade ou dans la foule parmy toute sorte de pieces, ce que j'avois choisi exprés pour le tirer hors du pair, en quoy j'avois eu l'approbation des habiles gens. Que de cette maniere aussi mon ouvrage subsisteroit en son entier et pourroit estre continué, au lieu que si j'accordois ce qu'ils demandoient, j'abandonnerois mon dessein commencé contre la promesse faite au public, et renouvellée auprés des Princes et Ministres qui m'ont encor favorisé depuis peu. Mais comme il semble qu'ils s'opiniastrent à l'encontre, et qu'ils ont plus d'egard à quelque gain, qu'à la maniere d'agir la plus conforme à l'honnesteté, il faut les laisser faire, et ma continuation suivra en son temps; car je seray obligé d'attendre maintenant que leur recueil ait paru, à fin qu'ils ne me puissent point piller d'abord. Ce n'est que fort tard que j'ay appris que M. Christyn s'en mêle, mais je m'imagine qu'il n'aura point de part à ces procedures irregulieres. Cependant je vous laisse juger, Monsieur, si ces gens meritent trop, qu'on les favorise, et j'espere que vous aurés la bonté de me conserver preferablement les liberalités de Mons. le President Boisot et d'autres amis, mais sur tout la vostre. Je trouve plaisant qu'ils n'ont pas même les Concordats de France, que j'ay avec des remarques Manuscrites considerables.
J'espere que le Phedre de feu M. Gudius paroistra bien tost, avec des fables de cet auteur qui n'ont jamais encor esté publiées; et j'ay oui dire que M. Graevius adjoutera la vie de M. Gudius son ancien ami.
Je ne m'étonne point si M. l'Abbé Faydit a irrité crabrones en attaquant toute la Theologie Scholastique. Christophorus a Capite fontium avoit fait un livre autresfois de necessaria Theologiae Scholasticae emendatione, mais ce n'estoit que sur une matiere particuliere.
Cet Abbé Cordemoy qui a ecrit contre les Sociniens depuis peu, est ce le même que celuy qui a ecrit du discernement du corps et de l'ame? Si cela est, je m'étonne qu'il ne continue point son Histoire de France.
Mons. Placcius continue de travailler à une nouvelle edition de son ouvrage de Anonymis et Pseudonymis; il a eu depuis peu un Manuscrit de feu Mons. Colomiés de Scriptoribus dubiis, dont il profitera en citant l'auteur.
Un sçavant Abbé Italien professeur de Mathematiques à Padoue qui donne fort dans ma nouvelle Hypothese philosophique, donnera un ouvrage sur S. Augustin de Quantitate animae, qu'il dedie au Cardinal Noris. Voicy des vers sur ce Cardinal, qu'un ami Protestant a fait il y a long temps, et aux quels mon distique, (Purpura Norisium tandem venerabilis ornat, Ornaturque ipso purpura Norisio) que j'avois fait en vous écrivant, à donné occasion; aussi l'at-il enchassé dans ses vers. Il m'a defendu de le nommer.
Je ne sçay si je vous ay prié de tacher d'apprendre par la faveur de Mons. d'Avranches (: pour le quel je repete mes temoignages de veneration :), si on ne pourroit trouver à Coûtance des papiers regardans les Negotiations d'un Eveque de Coustance, qui fut un des Legats du Concile de Bâle aux Bohemiens.
Je n'ay pas encor veu le pourtrait de feu M. de Court. M. Morel m'a dit des merveilles de cet excellent homme, et me l'a fait regretter extremement. Je suis avec zele
Monsieur vostre tres humble et tres obeissant serviteur Leibniz