Series II Band 3 · No. 40.

HENRI BASNAGE DE BAUVAL AN LEIBNIZ

Den Haag, 23. Dezember [1695]. [32.42.]

French

De la Haye le 23 de Dec.

Vous devez Monsieur vous plaindre de ma negligence; car je devois il y a long temps vous avoir rendu compte de la commission que vous m'avez donnée pour le receuil des traittez de paix qui va s'imprimer en Hollande. Mais outre mes afflictions domestiques qui m'ont extrêmement distrait, je veux dire la mort de mon Pere, et d'un Fils, le dessein des Libraires qui ont entrepris le receuil a eté long temps suspendu. M. Frix qui est l'un des 4 Interessez avoit fait une si grosse perte dans le bombardement de Bruxelles, qu'il a balancé quelque temps pour reprendre cette entreprise, qui ira à 4 volumes in folio. Il faut pour cela comme vous voyez des avances considerables. Cepandant il a consenti qu'on commençast l'impression, et l'on y va travailler au commencement de Janvier. M. Bernard qui est le directeur de l'ouvrage a deja mis en ordre une partie des pieces qu'on lui a mises entre les mains. Ainsi j'ai fait à ces Mrs les propositions dont vous m'aviez chargé. M. Walther qui est le Gouverneur du Prince de Bareith leur a aussi communiqué vos intentions. Nous en conferâmes il y a 2 jours chez M. Bernard, et je vais vous dire ce que l'on a repondu à vos propositions. 1o. On consent de mettre à la tête du 1r volume vôtre preface toute entiere, en François ou en Latin, à votre choix. 2o. Dans la preface generale que l'on adjoutera pour le corps de l'ouvrage, l'on y parlera des secours, et des pieces que l'on aura recües de vous, et dans les termes qui sont dûs à vôtre merite; 3o. Pour vôtre Codex diplomaticus, il est impossible de le placer tel qu'il est, et tout d'une suitte; car ils ont dessein de ranger toutes leurs pieces dans l'ordre chronologique; or comme ils en ont beaucoup ramassé qui par leur datte interrompent la suite du vôtre, vous voyez bien qu'il faudroit deranger leur ouvrage, si l'on mettoit le vôtre tout entier. Ils m'ont fait voir qu'ils placoient quelques fois entre les pieces que vous avez receuillies, 10 ou 12 traittez qu'on ne pouroit transporter ailleurs, sans rompre l'ordre chronologique. Mais si l'on en excepte 10 ou 12 pieces qu'il[s] n'ont pas encore pû placer, tout vôtre receuil est deja mis dans son rang, et à la tête de chaque piece l'on advertit qu'elle est tirée de vôtre Co. diplomaticus. Ainsi il me semble qu'il vous doit être assez indifferent qu'il y soit mis tout de suitte, oû par morceaux, pour le conformer à la chronologie. 4o. Pour toutes les pieces qui viendront de vous ils marqueront à la marge qu'ils les tiennent de vous. 5o. Ils vous prient de leur envoyer un catalogue de celles que vous pouvez fournir, afin qu'ils le confrontent avec leur liste. Car s'ils avoient deja quelques unes de ces pieces là, il ne seroit pas besoin de faire la depense inutile de les faire copier une 2e fois. 6o. Ils vous proposent de payer pour chaque feuille indistinctement ce que vous jugerez raisonnable. Ils aiment mieux faire une convention generale pour le tout, que d'entrer dans le detail de ce que chaque piece pouroit coûter. On se dedommagera de celles qui demanderont de la depense sur celles qui ne coûteront que la peine de les copier. 7o. Ils ne refuseront point de vous donner quelques exemplaires; mais c'est ce qui ne peut etre reglé presentement: cela dependra des obligations qu'ils vous auront.

Voilâ Monsieur le resultat de la conference que j'ay eüe là dessus avec les Interessez. Ayez la bonté de repondre sur chaque article, et je tâcherai de vous faire convenir de tout, parceque le Public en profitera davantage. Il semble qu'un receuil de cette nature est bien sec, et que [vous] pouriez occuper vôtre esprit à des choses plus agreables. Vous avez trop de genie pour le borner à un ouvrage qui ne demande que du travail. Continuez plutost à enrichir les journaux de vos decouvertes et de vos reflexions. Celles que vous avez fait mettre dans celui de Paris touchant l'union de l'ame et du corps, est tres importante. Je ne sçai comment vous pourez prouver ce que vous avez avancé; car comme l'on ne conçoit point les loix de communication entre deux substances aussi differentes que l'ame et le corps, c'est à vous à expliquer de quelle nature est cette harmonie que Dieu a etablie entr'eux originairement. Je conviens que de faire intervenir Dieu pour produire dans l'ame les mouvements qu'il s'engage d'y produire lors que le corps est remüé d'une telle maniere, c'est comme vous dites le faire descendre de la machine, pour denoüer la difficulté. Mais quand vous aurez prouvé que la communication telle que vous là supposez seroit plus reguliere et plus digne de Dieu, cela est tousjours bien opposé à l'idée si differente que nous avons des esprits et des corps. Je serois bien curieux de voir vôtre commerce avec M. Arnaud sur une matiere si delicate. M. le Clerc vient de publier une physique en latin, en mesme temps que son commentaire sur les 4 derniers livres de Moyse. M. Leydekker Prof. en Th. à Utrech a mis au jour une Histoire de Jansenius et du Jansenisme, et un Ministre de Dordrech une Histoire du Quakerisme. Nos Libraires ont reimprimé une Histoire des revolutions de Suede par l'Abbé de Vertot. Elle [est] ecrite avec beaucoup de politesse, et avec assez de hardiesse par rapport au peu de liberté qui regne en France. Soyez persuadé Monsieur qu'il n'y a personne qui vous estime plus que moi, ni qui soit plus sincerement vôtre tres humble et tres obeyssant serviteur

Basnage de Bauval. A Monsieur Monsieur Leibenits Conseiller de Son Altesse Electorale. A Hanover.