Series II Band 3 · No. 241.
LEIBNIZ AN BERNARD LE BOVIER DE FONTENELLE
Braunschweig, 3. September 1700 [244.]
Monsieur Bronsvic, 3 Sept. 1700
Lorsque l'Academie Royale de[s] Sciences me fait sçavoir par vostre entremise, qu'elle agrée mon zele, et m'envoye en meme temps la patente de reception dans son illustre Corps, elle donne un grand relief aux marques de sa bonté pour moy. Car elle ne pouvoit choisir un meilleur interprete de ses volontés, et dont les lettres honnorent davantage celuy qui les reçoit.
J'ay receu cette patente avec tous les sentimens possibles de reconnoissance, et si je ne puis meriter l'honneur qu'on m'y fait, et les sentimens favorables qui s'y trouvent; je tacheray de m'en rendre un peu moins indigne que je ne suis. C'est à quoy la nouvelle societé que Monseigneur l'Electeur de Brandebourg vient de fonder pour les sciences, et dont S. A. E. veut que j'aye quelque soin, me fournira peutestre les occasions, à fin que je puisse faire par mes amis, ce que je ne sçaurois faire par moy meme; car on sera ravi de concourir aux desseins de l'Academie Royale, et de profiter de ses lumieres.
J'attendray celles que vous me faites esperer, Monsieur, sur l'Astronomie. Je souhaitte sur tout de sçavoir si Messieurs Cassini et de la Hire et d'autres excellens Astronomes que vous avés sont encor contents des Ellipses de Kepler, ou s'ils croyent que d'autres signes répondent d'avantage aux observations, et comment ils jugent qu'on les peut tracer en detail à l'egard de chaque planete.
Un habile Astronome croit que les Tables Rudolphines ou de Kepler pourroient servir à l'egard du Soleil et de la Lune avec un peu de correction, qui est comprise dans le papier cy joint, sur lequel je vous supplie, Monsieur, de me procurer le sentiment de vos Astronomes, et même ce qu'ils jugent qu'on deuvroit faire à l'egard des autres planetes.
J'ay oui dire qu'on a fait dans l'Academie Royale, des Experiences sur les moyens de produire un feu actuel par la reaction, et je souhaitte de sçavoir ce qui en est, autant qu'il est permis de l'apprendre. Un jeune Medecin m'a envoyé de Hollande une dissertation qu'il y a fait imprimer, sur une matiere que la mer fournit, qu'on croit estre ova Raja piscis, et qu'on tient pour un specifique tonique contre Haemorroides caecae. J'ay ouy dire que vostre M. Tournefort est allé ou devoit aller en Grece ou Asie mineure, pour faire la recherche des simples et les comparer avec ceux des anciens. Je ne doute point qu'on ne pense chez vous encor à d'autres desseins dignes de la grandeur du Roy, comme la description des Arts Mechaniques, la correction des cartes de la Geographie, la continuation du meridien a travers de la France. Ne pense t-on pas de publier la Geographie Arabe d'Abulfeda, comme feu Mons. Tevenot en avoit le dessein; j'avois fourni autresfois pour cet effet les Manuscrits de Schickardus, qui seront à la Bibliotheque du Roy.
Mais je ne dois pas abuser de l'honneur de vostre commerce, et il est temps de dire que je suis avec beaucoup de zele,
Monsieur, vostre tres humble et tres obeissant serviteur Leibniz