Series II Band 3 · No. 224.
CLAUDE NICAISE AN LEIBNIZ
Is sur Tille, 24. September 1699. [220.225.]
Is sur Tille le 24. 7bre 1699
Vous reconnoistrés monsieur par l'incluse de monsr le president Boisot, qu'il n'est point
entré dans ce que je luy ay écrit sur le dernier memoire perdû, ou qu'il n'i a point voulû entrer,
ce n'est pas faulte de luy avoir bien faict entendre; quel Remede à cela monsieur, sinon que
vous preniés la peine de le luy faire ancore entendre vous même. Il me tarde de scavoir des
nouvelles certaines de la santé de nostre cher monsr Morel; j'ay mandé ce que vous nous en
avés dit à monsr de Spanheim qui nous va bientost donner une scavante dissertation sur
quelques regles de la tragedie ancienne et sur les piêces dramatiques qu'il avoit commencée à
Paris à la priere de deffunct monsr Menage, et qu'un de ses amis luy a faict tirer de son cabinet;
il y parlera par occasion de plusieurs choses et particulierement de l'année et des mois attiques
contre Gaza, Scaliger, le p. Petau et Samuel Petit. Il me mande que monsr Dodwell a faict
imprimer à Oxford en 2 vol. 8o les petits Geographes anciens avec des dissertations et des
remarques surtout sur le Scylax qui ne sont pas du goust de mr Gronovius qui a faict imprimer
le dernier cet ouvrage, et qu'on mande de Hollande faire imprimer un livre contre mr Dodwel,
rempli d'Invectives grossieres à son ordinaire. L'on me mande d'aillieurs que monsr Dodwel
nous va donner les Antiquités de la Perse; vous ne me mandés point avoir recû monumenta
coptica du p. Bonjour que je vous ay envoyé il y a long tems, aussi bien qu'à monseigr
d'Avranches dont j'attens les sentimens sur les ouvrages de ce pere et sur la lettre de monsr
l'abbé de la Charmoye touchant l'origine des Nations et la Langue Celtique. Un de mes amis à
qui j'ay parlé du passage de Servet sur la circulation du sang dont vous m'avés ecrit; m'a
repondû en cette maniere: Le passage de Servet touchant la Circulation du sang seroit bien
*curieux à voir, envoyés le moy si vous l'avés: il fault qu'il soit tiré de quelqu'un de ses livres de
medecine, où il n'a mis que son nom de batême, et celluy de son pays Michael Villanovanus; la
question est de scavoir si on ne l'aura pas confondû avec le fameux Arnaud de Villeneuve* etc.
On travaille à la continuation de l'histoire Bizantine; c'est monsr Boyvin nostre amy qui est à la
Bibliotheque du Roy, et qui est fort habile dans la langue Grecque. Je ne scay si monsr Pinsson
vous aura envoyé l'histoire de Ptolomée Auletes de monsr Baudelôt sur une Amethyst de
S.A.R. madame; les conjectures frequentes et agreables de cet Antiquaire vous auront diverti
autant que la varieté des flutes dont il parle avec profusion; il n'i en a point qui luy echappe
jusqu'aux Gascognes; c'est ainsy qu'il luy plaist d'expliquer ce mot Vascas qui est dans Solin.
Il a si peur de paroistre ămoýsow, qu'il ne craint pas de paroistre important et ennujeux, et
d'enfler son chalumeau quoy qu'ex alieno pour verifier le proverbe Tibicinis vitam vivere.
Le neveû du p. Pagi m'ecrit d'Aix en Provence qu'il travaille fort à mettre au nêt les ouvrages de son oncle; je luy ay mandé de faire des reproches à monsr Thomassin sur la longueur à donner les lettres des scavants à monsr de Peiresk qu'il promet il y a si longtems.
Nous aurons à la fin la vie de monsr Saumaise par monsr de La Mare; on m'ecrit de Dijon qu'on la doit envoyer incessamment à monsr de Spanheim pour la faire tenir en Hollande à mr Graevius qui la fera imprimer. Je suis monsr tout à vous
Nicaise
Hanovre