Series II Band 3 · No. 203.
CLAUDE NICAISE AN LEIBNIZ
Dijon, 12. März 1699. [195.213.]
Dijon le 12. Mars 1699
Voilà l'origine des nations; la
lettre du Roy au Pape luy a produit un bref du St Pere qui luy promet une prompte decision du
livre de monsr de Cambray accompagné de beaucoup de compliments qui font croire aux
speculatifs que Rome ne decidera que le plus tard qu'elle pourra ce que le Roy reconnoissant
assés, et ennuyé de ce retard a convoqué à Versailles plusieurs eveques qui y doivent concerter
une reponse à ce bref, pour [qu']au cas que Rome n'y ayt pas d'egard, ils avisent à ce qu'ils
auront à faire; en verité monsr de Cambray se seroit bien passé de troubler la paix de l'eglise
comme il a faict par son livre mystique et metaphysique que peu de personnes comprennent,
non pas même luy, comme l'on luy reproche. On ne voit point cui Bono il a produit un systeme
si bizarre et si particulier si non pour se distinguer et se faire des fastes dans le monde; il ne
laisse pas d'ecrire tous les jours aussi bien que monsr de Meaux; mais l'on est si las de tout cela
qu'on ne s'avise pas de lire leurs ouvrages; on lit plutost les dialogues attribués à la Bruyere et
celluy de Nicodeme et de Bonnefoy son compere qu'on attribue à une demoiselle fille d'un
procureur du parlement de Paris, que je ne doubte qu'on vous aura envoyé. Ces sortes de
questions bizarres sont plus propres à estre raillées qu'à estre traitées serieusement comme ont
faict monsr de Meaux et les autres; cette miserable controverse trouble non seullement la
tranquillité des fideles comme dit le Roy dans sa lettre, mais ruine entierement la rep. des lettres
car l'on n'imprime plus rien de bon en France; monsr Graevius m'a envoyé le Callimaque et les
lettres de Gudius aux scavants et des scavants à Gudius et celles de monsr Sarrau entieres et
parfaictes trouvées dans le cabinet de mr Gudius. J'ay felicité monsr de Spanheim sur son vaste
et scavant commentaire sur Callimaque; il me temoigne bien de la joye dans ses dernieres de
l'heureux retour de monseigr d'Avranches à Paris. Ce scavant prelat regarde Callimaque comme
son poete favori, il me prie toujours dans les siennes de vous faire ses compliments. Il me
marque dans sa derniere qu'il ne respire que pour vostre Codex Juris gentium diplomaticus, et
qu'il veûst mal à vostre imprimeur de n'en avoir point envoyé en France; un de mes amis de
Paris qui en avoit veû un exemplaire chés monsr Toinard à qui vous en aviés faict present
m'ecrivit qu'il s'etonnoit que vous aviés oublié ce prelat, et en rejettoit la faulte sur mr Leers;
faictes part à monsr Morell de la lettre de mr l'abbé de la Charmoye et de celle du Roy; Je suis
Monsr tout à vous
Nicaise