Series II Band 3 · No. 196.

LEIBNIZ AN HENRI BASNAGE DE BAUVAL

Hannover, 27. Dezember 1698 (6. Januar 1699). [179.]

French

Hannover ce 27 Decembr. v. st. 1698

Vous remerciant de vos nouvelles literaires, et de la bonté que vous avés eue Monsieur, de m'envoyer une lettre de l'excellent M. Bayle, à qui je vous supplie de faire tenir ma réponse; je me rejouis de ce qu'une personne de vostre merite s'applique à perfectionner le Dictionnaire de feu Mons. Furetiere. C'est un travail autant et plus important à mon avis, que celuy de l'explication des noms propres. Ce que M. Cornelle avoit joint à celuy de l'Academie Françoise; vous aura pû servir en quelque chose; mais il me sembloit en le regardant, qu'il y avoit bien des fautes, outre qu'il y a une infinité de choses necessaires à sçavoir, qu'on ne voit ny dans l'un ny dans l'autre. Ainsi vous aurés trouvé une ample moisson. J'espere que d'autres Nations suivront l'exemple de la vostre. J'y ay exhorté mes compatriotes, aussi bien que les Anglois et les Italiens. Ceux qui ont donné une nouvelle Edition della crusca obligeroient le public bien d'avantage, s'ils y joignoient aussi les Termes des arts, en adoptant pour cela des travaux de quelques habiles hommes, comme ont fait Messieurs de l'Academie Françoise. Si le Pere Coronelli s'appliquoit à cela, il rendroit à mon avis un plus grand service au public qu'en nous donnant le grand dictionnaire italien, qu'il promet, et qui comme je crois ne sera que Moreri traduit et retouché. C'est la faute des libraires que les meilleurs livres de Hollande ne viennent point icy, à moins qu'on ne l'ordonne exprés. Et de meme je ne m'etonne point que les deux Tomes de mes Accessiones Historicae, ne sont pas encor allés en Hollande. Il faudra que j'y mette ordre.

Ayant esté si peu maistre de mon temps, je ne suis point faché que vos libraires qui donnent leur gros Recueil de Traités au public, m'ont dispensé de leur en fournir.

Je souhaitte que M. de Larrey, avant que d'achever son Histoire d'Angleterre ait vû le premier Tome que M. Tyrell vient de donner au public de la sienne en Anglois. Il a envoyé ce Tome à Mad. l'Electrice de Bronsvic, par mon entremise, et il me paroist qu'il s'attache à representer exactement ce que disent des bons auteurs anciens. C'est le plus seur dans l'Histoire des siecles eloignés de nous. Le second Tome paroistra aussi bientost, à ce qu'on me mande.

Ne donnerat-on point les inscriptions de feu M. Gudius? Ce seroit une piece des plus considerables. J'apprends que M. Crescimbeni a publié un livre de la poësie italienne qu'on dit estre fort curieux.

Je ne sçay pas encor, si vostre journal où ma reponse à M. Bayle doit estre inserée, a deja paru, et si M. Bayle y a repliqué quelque chose, quoyque j'aye donné ordre aux libraires de me le faire avoir promtement.