Series II Band 3 · No. 180.

CLAUDE NICAISE FÜR LEIBNIZ

Is sur Tille, 14. September 1698. [177.181.]

French

Is sur Tille le 14. 7bre 1698

Je Am Kopf des Briefes von Leibniz' Hand: respondi vous ay envoyé par monsr de Brosseau un fameux arrest rendû en ce parlement contre un curé du pays accusé et convaincû de Quietisme et de plusieurs crimes, et condamné pour cela par contumace à estre bruslé vif. Monsr de Meaux vient de donner au jour un nouveau livre sous ce Tiltre De Nova Quaestione tractatus tres I. Mystici in tuto II. Schola in tuto. III. Quietismus redivivus. Je ne l'ay point veu; mais autant que Je puis en juger, il semble qu'il veut insinuer que monsr de Cambray est un faulx mystique et qu'il n'a pas lieu de se prevalloir du sentiment des bons mystiques; qu'il n'a pas non plus lieu de se prevalloir du sentiment de l'ecole sur ce subject, dont il s'eloigne trop par ses rafinements et par ses precisions trop metaphisiques, et que quelque semblant qu'il fasse de n'estre pas du sentiment de sa bonne amye made Guyon ni de celluy de Molinos, il ressuscite neanmoins leur dogme et leur systeme dans son livre. Cet ouvrage de monsr de Meaux est une espece de Ricordo et d'avertissement à messrs du St office pour ne pas se laisser ebloüir par le systeme de monsr de Cambray sur le pur amour. Il est à souhaitter que Rome fasse bien tost son devoir et decide si nettement cette question qu'elle oste tout subject de chicane aux parties et empesche le scandale que de telles disputes si opposées à la pureté de la Religion et à la tradition causent dans l'Eglise. J'avois envoyé monsieur vos reflexions sur le pur amour à monsigre d'Avranches aussi bien qu'à madelle de Scudery; voicy ce que ce scavant prelat m'a repondû. Je voudrois que monsr Leibniz *eust estendû un peû d'avantage ses reflexions sur le pûr amour; cette matiere retentist si hautement et si souvent à nos oreilles, qu'il est malaisé de s'empecher de la mediter; j'ay formé mes pensées, comme monsr Leibniz les siennes: mais les personnes qui s'interessent à cette dispute, et la passion avec laquelle elle est agitée font que ces meditations demeurent meditations et ne passent point aux discours ny aux ecrits.*

Il me prie de luy apprendre si vostre Codex diplomaticus et L'Albericus monachus trium fontium ne passeront point en France; Je luy ay dit que pour le codex diplomaticus monsr Toinard m'avoit mandé autrefois qu'il en avoit recû un exemplaire de vostre part et que je n'en avois point veû chés nos libraires; il me demande des Nouvelles de la langue saxone et que ce qu'il avoit ramassé de ses origines est entre les mains de ses amis; mais qu'il n'est pas public et qu'il ne scait s'il le sera jamais; je luy ay dit que monsr l'abbé de la Charmoye de l'ordre de Cisteaux nostre bon amy autrement dom. Paul Pezeron auteur de l'Antiquité des tems travailloit sur les origines de la langue celtique et qu'il achevoit presentement son traicté de l'origine des Nations. J'ay parlé à ce prelat de la lettre de monsr Ludolphe au p. Bonjour. Voicy ce qu'il m'ecrit à son egard. J'espere de recevoir au 1er jour la dissertation du p. Bonjour sur le nom de Joseph que vous m'envoyés par Anisson. Les conseils que donne monsr Ludolf à *ce scavant religieux sont tres sages; et il fera fort bien de les suyvre; si le p. Kirker s'estoit tenû à ces maximes, il n'auroit pas tant donné prise sur luy, et n'auroit pas tant faict de fautes; mais l'amour propre et le desir immoderé de louanges gastent tout. J'espere juger par l'echantillon que j'attends, de ce que nous pouvons attendre de ce costé là. Vous me donnés* (me dit il) une grande passion de voir cette relation du fiscal Vargas sur ce qui se passa au concile de Trente dont vous parle mons. Leibniz. Mais Je voudrois d'autres garants de la fidelité de la traduction *que des protestants Anglois; personne ne seroit plus propre à l'entreprendre que Mr Amelot de la Houssaye qui a traduit l'histoire de Fra Paolo,* à moins que monsr Leibniz luy même ne voulut entreprendre cette version. Il me mande qu'il est fort faché de ce que le libraire de Hollande qui a imprimé son traicté des navigations de Salomon ne luy a pas donné de quoy en faire part à ses amis. Je luy ay mandé qu'un nommé Van Til hollandois ecrivoit contre ce qu'il nous a donné sur la situation du paradis terrestre, et qu'on me l'envoyeroit du moment qu'il paroistroit imprimé; on me mande que monsr Gronovius vient de nous donner Manethonis Apotelesmatica in 4o grec latin avec des notes fort courtes. Je laisse à mr Pinsson de vous mander le reste. Je suis monsieur du meilleur de mon coeur tout à vous

Nicaise

Je suis monsr dans nostre petit Tusculum depuis quelques jours et j'i suis jusqu'à la fin de 9bre. Vous pouvés m'y adresser les vostres. Pour Monsieur de Leibniz. Hanovre