Series II Band 3 · No. 18.

LEIBNIZ AN RUDOLF CHRISTIAN VON BODENHAUSEN

[Hannover, 24. Juni 1695.] [5.]

French

 FÜR ANTONIO ALBERTI

Reponse à celuy qui me communique la lettre de Monsieur ... donnée a Rome

5 Fevrier 1695

Je vous supplie, Monsieur de temoigner à Mons. Alberti combien je luy suis obligé pour les bons offices qu'il me rend d'une maniere si forte et si obligeante, quoyque je ne sois pas en estat d'en profiter. Ce personnage eminent, à qui il a parlé de moy si favorablement doit avoir des sentimens pleins de generosité, puisqu'il pense à un etranger, par la seule raison de quelque merite, qu'on luy attribüe.

La mort de M. Pelisson a interrompu un commerce dont cet excellent homme estoit charmé à cause d'une ouverture que je luy avois donnée en passant des sentimens de quelques principaux Theologiens de la Confession d'Augsbourg, qui sont mes amis particuliers. Comme il croyoit avec raison; que cela pourroit servir d'acheminement à la paix de l'Eglise il le jugea si important, qu'il en parla au Roy son maistre d'une maniere efficace. Et sans sa mort je croy que la negotiation auroit eu quelque suite. Mons. Pelisson jugea qu'on y applaudiroit à Rome même, et en effect je crois que c'est tousjours beaucoup, quand on fait un pas, et quand on gagne sans qu'il en couste. C'est à peu prés comme dans le Concile de Florence les Grecs se reunirent avec Rome, non obstant qu'ils demeurerent en different sur quelques points, comme par exemple sur le divorce. Ainsi il y a eu des Theologiens qui ont monstré qu'en la pluspart des matieres les sentimens sont plus approchans qu'on ne pense, et que pour quelques peu de points, qui ne paroissent point conciliables encor, il y auroit cet expedient, qu'on se soumettroit à ce que l'Eglise en pourroit juger dans un Concile General. Car ceux qui sont sincerement dans cette disposition, d'écouter l'Eglise, ne sçauroient estre censés heretiques et ceux qui seroient prests à l'union hierarchique, ne seroient pas Schismatiques non plus. Ainsi l'union se pourroit faire même avant ce concile et la soumission au chef de l'Eglise precederoit l'accord entier des sentimens, ce qui doit paroistre d'autant moins estrange, qu'on sçait combien les Theologiens de France sont eloignés de plusieurs sentimens des Italiens et Espagnols en des matieres peutestre encor plus importantes, sans que cela empeche l'union; quoyque les uns ne reconnoissent point l'autorité entiere de quelques conciles, que les autres tiennent pour Oecumeniques; puisqu'ils gardent tous le centre de l'union Hierarchique, et qu'ils sont tous prests à se soumettre à ce que l'Eglise pourroit declarer un jour. J'avoue que les conjonctures ne paroissent gueres propres à telles negotiations. Cependant je crois qu'on ne doit rien negliger qui pourroit servir d'acheminement à un si grand bien et qu'on ne trouvera pas tousjours de ce costé cy des personnes d'autorité et de merite, disposés comme ceux que je connois. Ainsi je tiens qu'il seroit bon de profiter de leur bonne volonté autant qu'il seroit possible; et je ne desespererois pas d'obtenir des declarations en forme, qui seroient de consequence, si on y repondit de vostre costé, d'une maniere que leur bonne volonté semble meriter. Mais la chose est d'une nature à estre extremement menagée pour en tirer du fruit.