Series II Band 3 · No. 143.

LEIBNIZ AN MICHEL ANGELO FARDELLA

[September 1697.] [139.149.]

French

J'ay prié Monsieur l'Abbé Mauro de faire tous les remercimens imaginables à Monsieur le Comte Bertolli qui nous a favorisé d'une maniere si obligeante et je vous supplie Monsieur de continuer de le faire de la maniere la plus expressive. J'auray occasion de m'en louer publiquement un jour, et cependant je feray ces efforts pour marquer mon obligation. Peutestre qu'un jour j'auray l'occasion de faire encor un tour en Italie et je pourray profiter alors de ses bontés d'une maniere qui donne moins de peine à mes amis, puisqu'il est difficile que d'autres puissent assez entrer dans mes intentions. Cependant vous avés eu la bonté d'ouvrir le chemin dont je vous suis bien obligé des Diplomes que vous m'avés déja obtenus dont le plus considerable est celuy qui commence: ego Fulco Marchio filius domini Azonis tiré ex catastro vel catastico Monasterii Carcerum. Cependant comme ces copies ont demandé de la depense il faut donner ordre pour satisfaire et je vous supplie de m'en faire donner notice car il seroit injuste Monsieur que vous ayés non seulement pris de la peine mais encor fait de la depense. Nemini suum officium debet esse damnosum. A l'egard des diplomes que je desire le plus, ce sont sur tout ceux qui sont anterieurs à l'an 1300. Car ce qui s'est fait après regarde plustost Messieurs de Modene. Vous aurés la bonté Monsieur de me mander en confidence s'il faut faire quelque chose presentement pour conserver la bonne volonté de Monsieur le Comte Bertolli, à fin que j'en puisse jouir, venant moy même en Italie ce que j'espere de faire plustost qu'on n'a crû, à cause de la paix conclue. Car je pourrois m'en retourner par la France. Quand je viendray moy même en Italie, je tacheray de luy apporter quelque medaille pour temoigner ma reconnoissance et pour profiter d'avantage de ses bontés. Et cependant je vous supplie Monsieur de faire en sorte qu'il en soit persuadé et qu'il n'ait pas sujet d'estre malsatisfait. Je vous mande cecy en confidance, Monsieur, pour en apprendre vostre sentiment.

Je suis bien aise d'apprendre que mon petit papier de la Dynamique, ne vous a point deplû. Quand il vous plaira de m'envoyer vos doutes ou reflexions je seray bien aise de les recevoir et je tacheray de les éclaircir. Cependant je vous remercie fort de vos deux lettres qui sont écrites avec une eloquence male, et contiennent des pensées solides. Effectivement, si vous continués ainsi, vous serés l'Apostre de l'Italie pour les convertir en matiere de sciences où ils ont besoin de missionaires comme les Chinois en ont besoin pour la religion.

Vous aurés remarqué dans mon papier, que je crois que dans le fonds, les anciens et les scholastiques n'ont pas tort d'avoir crû quelque chose d'approchant de ce qu'on appelle Forme substantielle. Car en effect il y a une forme primitive en toute substance corporelle qu'il faut distinguer de sa masse ou machine, dont cette force se sert. Mais ils n'ont pas bien expliqué ny la nature de cette Entelechie ny son usage, et ils s'en sont servi mal àpropos pour expliquer les phenomenes particuliers de la nature. Je ne suis pas tout à fait de l'opinion des Cartesiens. Cependant je considere le Cartesianisme comme l'Antichambre de la veritable philosophie. Ainsi je seray bien aise de voir ce que vous aurés repondu à Monsieur Mattheo Giorgi.

Au reste je suis etc.