Series II Band 3 · No. 141.
LEIBNIZ AN HENRI BASNAGE DE BAUVAL
Wolfenbüttel, 31. August (10. September) 1697. [133.179.]
Extrait de ma reponse
Bien loin de payer ma remarque en monnoye dont le metal soit aigre, comme c'est l'ordinaire des sçavans (: mais des sçavans ordinaires :) vous me remerciés d'une maniere reelle, en me procurant enfin une reponse de Mons. Leers. Je luy envoyeray une liste des livres que je souhaitte après mon retour.
Le Pere du Londel a mis les Fastes à la mode. A l'exemple de ceux de Louys le Grand Monsieur Junker (: connu par sa dissertation de Ephemeridibus eruditorum :) en a fait de l'Empereur regnant, un autre du Roy de la Grande Bretagne. Et maintenant il nous est venu un si grand nombre de ces fastes que nous en sommes accablés. Par exemple de Brandebourg, de la maison Electorale de Saxe, de tous les Electeurs qui regnent presentement, du roy de Suede mort dernierement. On en donnera bien tost de la Maison de Bronsvic. On appelle tous ces ouvrages des Calendriers Historiques, où les années, et les mois et jours de chaque année auxquels quelque chose de remarquable est arrivé, sont marquées. Quand il ne s'agit pas de la vie d'une personne mais d'une maison, on se borne ordinairement à nostre siecle. On aura donc mieux fait d'en attendre la fin.
Si Monsieur Hugens est entré dans un grand detail à l'egard des habitans qu'on peut attribuer aux planetes, ce sera tant mieux. Un aussi grand esprit que le sien ne pouvoit rien dire qui ne merite quelque attention. Quand ce Cosmotheoros paroistra vous jugerés Monsieur, s'il sera àpropos de joindre mon Epigramme à vostre recension, puisque l'Epigramme parle de la reception que Messieurs les planetes et particulierement Saturne son favori luy ont faite, lors qu'il nous a quitté pour leur rendre visite.
Le Nodus praedestinationis que le Cardinal Sfondrati embarassoit plustost qu'il ne le resolvoit, me paroist tout resolu. Et si quelques intelligences ou habitans des autres planetes sont informés de nos disputes là dessus, ils auront sujet de rire de nos folies et de nos logomachies. Car il me paroist clair comme le jour que presque tous, au moins dans les trois religions autorisées dans nos quartiers, sont obligés de revenir à la même chose (quoyque en d'autres termes) si on les presse comme il faut.
Si Monsieur Cramer, informateur du prince Electoral de Brandebourg, Apologiste des Allemands contre le pere Bouhours, avoit vû les Chevraeana, il en auroit bien profité. Monsieur Chevreau connoist l'Allemagne et le Nord un peu mieux que des François qui se melent d'en juger sur un ouy dire et se font une idée des nations sur le modelle de quelque jeune etourdi qu'ils ont vû à Paris.
Je suis faché des chicanes qu'on employe contre Mons. Bayle dont j'estime infiniment le merite. J'aurois souhaité qu'on l'eut appellé à Cassel où le Bibliothecaire est mort. Mais on m'a repondu que des personnes du lieu considerées du Prince y pretendoient pour joindre cette charge à la leur, ce qui est favorable à cause de l'epargne quoyque ce ne soit peutestre pas le moyen de faire valoir la Bibliotheque. Je voudrois qu'on put accorder Mons. Bayle avec Monsieur Jurieu qui a aussi son merite. Ils y gagneroient tous deux. Ses pensées sur les Cometes sont un des livres favoris de Madame l'Electrice de Bronsvic. Il y remarque fort bien, que la religion de la maniere qu'on la prend vulgairement ne rend gueres les gens meilleurs.
Monsieur Tenzelius va donner un abregé en Allemand de l'incomparable Histoire de la Reforme d'Allemagne de Monsieur de Seckendorf, et il y joindra encor quelques bonnes choses.
Monsieur Weigelius Mathematicien de Jena propose un Accord des Calendriers et est allé à Vienne pour cela. Monsieur Reiher mathematicien de Kiel en propose un autre. Il semble que la fin prochaine du siecle contribue à ces sortes de pensées. Je voudrois qu'on negotiât à Riswick aussi heureusement qu'en Pologne où les Saxons ont damé le pion aux François. Mais il semble qu'ils auront leur revange aux negotiations de la paix generale etc.
Wolfenbutel 31 Aoust 1697.